Outrelande

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mercredi 25 juin 2008

Gelives chimères

KATMEER
Egarée du bulbe


A tous les coins d'étagère
de 10 à 18 heures
certains jours
de la semaine
y compris
le samedi
et le dimanche
Zioup ?
Shéglenedsultap !

zioup

Dessin de Nikita Mandryka

samedi 14 juin 2008

Oublier


chat_oiseau

Au fait, ce serait quoi au juste l'oubli ?
Je me demande si je n'en fais pas trop pour oublier l'oubli.
Je me demande si je ne me fais pas une idée colossale de l'oubli.
Car l'oubli peut être passager et léger comme un nuage.

Dessin de Tomi Ungerer

mercredi 11 juin 2008

La soledad

Bien souvent, Pierrot le Fou de Godard continue de se projeter derrière l'écran de mes yeux.
Film d'amour et de détresse. Escapade à deux saturée de soleil, d'ombres et de couleurs posées à grands coups de pinceau. Au bleu du ciel et de la mer s'allie le rouge du sang et de la dynamite, à la douceur des échappées bucoliques répond la violence des armes, au bonheur à deux s'oppose le désordre du monde en guerre et puis le piège du doute.
Sur une intrigue de roman noir, avec son héros romantique et sa femme manipulatrice, Pierrot le Fou c'est l'impossibilité de l'amour fou.

Pierrot, qui ne s'appelle pas Pierrot mais Ferdinand, tombe amoureux de Marianne. Pour elle et pour ressentir son désir de liberté, il quitte tout et ils partent vers le Sud. Une grande partie du film raconte une vie en marge, sur une plage qui leur tient lieu d'île déserte. Déambulations joyeuses sous la voute des pins, jeux amoureux au creux du sable, gracieuse robe rouge virevoltante, "j'ai une toute petite ligne de chance" chante Anna Karina... "c'est fou ce que j'aime ta ligne de hanches" s'amuse Belmondo.
Se rejoue aussi ce moment intense où les deux amants se retrouvent à Toulon, "pourquoi tu ne crois jamais que je t'aime ? je t'aime à ma manière" dit Marianne, tendant à Ferdinand le carnet de notes qu'il a abandonné sur la plage où elle a griffonné pour lui un poème. Il lit... J'entends la voix de Belmondo.
Il lit la fin d'un poème de Prévert, Lanterne magique de Picasso..., des mots qui disent le monde et l'amour aussi...

pierrot_le_fou

Les idées pétrifiées devant la merveilleuse indifférence d’un monde passionné
D’un monde retrouvé
D’un monde indiscutable et inexpliqué
D’un monde sans savoir-vivre mais plein de joie de vivre
D’un monde sobre et ivre
D’un monde triste et gai
Tendre et cruel
Réel et surréel
Terrifiant et marrant
Nocturne et diurne
Solite et insolite
Beau comme tout.

Marianne lui dit : tu es "solite et insolite". Existe-t-il plus superbe déclaration ? Insolite tu es différent de moi, et solite tu es mon semblable. Solite et insolite, je te reconnais dans ton infinie complexité, je t'aime dans ce que tu as d'irréductible.

Mais l'incompréhension ne tardera pas à pointer le nez, "tu me parles avec des mots et moi, je te regarde avec des sentiments" reproche Marianne, "tu n’as jamais d’idée ! rien que des sentiments" rétorque Ferdinand. Ferdinand verra son couple lui échapper, son rêve se détruire sans vraiment réagir. Ce passionné qui voudrait un peu de beauté "dans un monde d'abrutis" est aussi un homme à la dérive, perdu parmi les autres, en marge de sa propre vie et comme étranger à lui-même, qui songe "je voudrais être unique, j’ai l’impression d’être plusieurs". Le déchirement se résoudra quand, après s'être barbouillé le visage de peinture bleue, il s'entourera de dynamite rouge et jaune, et explosera face à "la mer allée avec le soleil" de Rimbaud. Projeté dans l'éternité de l'amour.

Pierrot le Fou était sans doute la lettre d’adieu du cinéaste à la comédienne qu'il avait tant aimée, le constat d’un amour absolu impossible à vivre ici-bas.
Godard dit ne plus aimer beaucoup ce film. Moi, il continue de me transpercer. Il est si présent en moi que je ne l'ai jamais revu.

, le poème de Prévert. Ici, la promenade dans la pinède, émouvante pour moi au-delà du raisonnable. C'est peut-être idiot mais l'enfance et le jeu dans l'amour me font toujours frissonner. Je me dis que cela reviendra bientôt. Sûrement.

mardi 10 juin 2008

Boxing cats

Non, les mistigris n'ont pas totalement pris le pouvoir. Je les surveille de près.

boxing_cats

Mais ils tiennent à dire que Gilsoub et Jathénaïs ont donné le top départ de la neuvième session de Chic ! des clics ! jeu-concours de photographies. Sur une idée de Denis qui a choisi comme thème "Mouvement". Ca se passe ici.
Vous pensez bien que certains ont sauté là dessus avec empressement. Jouer ils adorent (c'est vrai, ils ne savent pas qu'il n'y a rien à gagner !).

Voici donc la contribution féline des squatters à moustaches d'Outrelande.

samedi 7 juin 2008

Lynxxe



la_lynxxe
Mon daemon m'a dépistée. Ses traces vont dans les miennes. Il m'a effleurée de ses griffes en laissant coulisser son regard et m'a conquise d'un froncement de museau. Par bonheur, il est muet, sauf quand il est amoureux. Mais ses amours sont brèves. Ce farouche n'attend rien de moi. Seulement des jeux dans les yeux. Au moins nous comprenons nous d'un clin d'œil. Lynxxe. Là-bas, ailleurs, à l'entrelacs des vies et des chemins.

Un peu de mon âme, mon double animal. Cet Autre que je reconnais en moi, dont je ne cesse de vouloir m'approcher. Lui qui donne lieu et forme à cette jungle ombreuse et vide de l'extime qui hante. Alliés enfin, nous marchons heureux.

Pensées spéciales pour toi Naya, qui m'a fait découvrir A la croisée des mondes de Philip Pullman et rencontrer les daemons.
Crois-moi, Lynxxe va nous éclairer de ses vivants fanaux. Aucun brouillard ne lui résiste.


jeudi 5 juin 2008

Foutrac à brac

J'ai des doutes. Je suis revenue d'escapade, mais je ne suis pas vraiment là. Dans ma tête, cela patine sérieusement. Je saute d'un sujet à un autre, je m'emmêle les pinceaux, mes tentatives d'organisation des chozaécrire sont sabordées par les exigences de la machine du travail qui sans cesse se reportent, s'annulent, se remplacent, s'avancent. Je crois que je n'arrive plus à suivre.

Tous ces rapports d'étude que j'écris sont comme une meute qui m'entoure. Ils causent. Ils ne tiennent pas en place, ils vont, ils viennent, ils font des gestes. Ils s'arrêtent quelques instants devant moi et puis ils repartent dans leurs monologues de dingues. Ils sont affamés. Ils réclament des idées nouvelles, il leur faut de l'inédit, du saignant. Et souvent aussi, ils me demandent de reprendre des mots, des phrases. Oui, de les reprendre, de les remporter : tu en as mis trop, il y en a trop, tu vois bien, tout ne tient pas dans la page. Là-bas, ils n'en voulaient pas tant. Tu sais très bien qu'il faut leur faciliter la lecture, ils te payent pour ne pas se fatiguer. Mais oui, c'est vrai.

Je reviens avec une hache, un scalpel, une perceuse, un marteau, une brouette... Bon, qu'est-ce que vous voulez que j'enlève ?
Attendez, poussez-vous, oui, ce mot là effectivement, il faut faire quelque chose... Remarquez, je ne me croyais pas capable de faire des mots pareils, dans mon métier, on n'hésite pas, on n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il faut de l'impactant, du conceptuel, des mots qui brillent de tous leurs feux, des encensoirs qui se balancent. Mais ceux là en principe ont droit de cité. Ce sont les autres, les modestes, que l'on traque. Oh et puis ceux qui sèment le doute, ceux là non, ils n'en veulent pas. Ah mais c'est blanc ou c'est noir, la controverse et la nuance franchement débrouille toi parce que c'est trop compliqué. Enlève ! Tu fais : positif, négatif et ça suffira bien ! Ah bon ? Vraiment ? Mais vraiment, celui-là, je le fais sauter ? Oh et celui-là, non ? Et là un coup d'encaustique ?
Ouf, ils me fatiguent. Je perds la tête, mes idées s'embrouillent ou se font la malle.

Je cause de ces soucis avec ma greffière Valentine. Pauvre de moi. Cette bestiole a les idées tout à fait en place et sa logique, bien que spéciale, est implacable. y-)

Moi : c'est quoi, d'après toi, la suite dans les idées ?
Valentine : une maladie, sans doute.
Moi : comment ça ?
Valentine : une sorte de colique, quoi.
Moi : mais je ne t'ai pas parlé d'idées sans suite...
Valentine : attends, une suite, ce n'est pas un truc dans les hôtels, ça ?
Moi : qu'est-ce que ça vient faire là ?
Valentine : c'est bien ce que je te dis : c'est sans suite.
Moi : dis donc, là, c'est moi qui ai dit sans suite...
Valentine : eh oui, tu as de la suite dans des idées sans suite. Pourquoi pas après tout...

C'est décidé, je m'en vais coller Valentine au grenier pour la nuit avec les rapports ! Qui sait si elle ne les dompte pas pendant que je dors ? Parce que moi, franchement, je ne suis plus bonne à rien.

vendredi 23 mai 2008

Pour un rêve...


palmier

Cueille, cueille la rose et ne t'occupe pas de ton destin
cueille cueille la rose et la feuille de palmier et relève
les paupières de la jeune fille pour qu'elle te regarde
ETERNELLEMENT

Robert Desnos - Extrait de Pour un rêve de jour

Un rêve de jour. Un rêve de nuit. Partie vers l'ailleurs pour des moments bleus. Je vous dis à très bientôt et vous laisse en compagnie de Ani DiFranco que j'aime tant. Avec des baisers d'avance pour celui qui me l'a fait découvrir.
(et merci à Nérichon qui a installé le zinzin qui joue de la musique)

mardi 20 mai 2008

Chacrétaire cherche petit boulot




Chez Dr. CaSo, on partage. Beaucoup. Des éclats de rire, des instants de vie, des râleries qui font du bien, des câlins de chats et des recettes à se lécher les doigts. Et des photos. Depuis quelques semaines Dr. CaSo, propose un thème et encourage tous ceux qui le désirent à l'illustrer par une photo ensuite postée sur son blog.

, c’est "photographiez-moi un truc qu’on peut partager".
Ici, il y en a une qui s'est immédiatement sentie concernée par la thématique. Pour une fois, ce n'est pas Valentine Chacureuil qui à force de batifoler dehors a raté la proposition. C'est Félicité, qui veut partager ses talents de chacrétaire. Ne le répétez pas, mais elle cherche simplement à étendre son champ d'influence en s'invitant chez des blogueurs, parce que le travail... (d'accord, je n'ai rien dit).

la_secretaire

Demoiselle Greffière en pré-retraite, néanmoins fort bien de sa personne
Muse inspirée et inspirante d'écrivaillons en panne d'idées
Experte en dérangement de papiers et tripatouillage de clavier
Cherche travaux de secrétariat en temps partagé
Macophiles uniquement

(tss, l'a jamais vu un PC de sa vie, tu parles d'une secrétaire ! a rétorqué ce poison de Valentine, qu'il ne faut bien sûr pas écouter)

La maison Outrelande étudiera avec soin toute proposition alléchante (avisse : elle a bon appétit la Secrétaire).

lundi 19 mai 2008

Les conquérants de tendresse

Lorsque nous avons emménagé près des bois, la maison qui était longtemps restée ouverte aux quatre vents était occupée. Une dizaine de couples d'hirondelles avaient investi le rez-de chaussée pour bâtir des nids en béton armé et les remplir de marmaille. Ca faisait du monde en comité d'accueil, avec concert de pépiements joyeux et production de fientes noires décapantes. Les chauve-souris étaient elles dans le grenier et, la première nuit, elles sont sorties en bande et se sont mises à tournoyer dans la chambre à la recherche d'une sortie pour partir en chasse. Etre tirés du sommeil dans un lieu non apprivoisé par des glissements d'ailes inconnues accompagnés des sauts de carpe du chat est une expérience assez étrange. Qui n'invite pas au renouvellement. Une fenêtre est donc restée ouverte un bon mois, histoire que les reines de la nuit veuillent bien se dénicher un nouvel hébergement et que les couvées d'hirondelles soient à peu près élevées.

Enfin et surtout, il y avait le matou Bronson. Qui s'est d'abord appelé Prospero jusqu'à ce que, dans le perçant regard bridé, la belle tête un peu mafflue et la démarche chaloupée, l'évidente similitude avec l'acteur américain nous saute aux yeux. Mâle dans toute sa splendeur, il n'avait d'ailleurs que faire d'un nom, mais il a bien voulu le porter pour nous faire plaisir. Je n'ai jamais su d'où il venait. Avec sa tranquille assurance, je le soupçonnais de faire chat chez le maire ou le curé, mais il n'y a pas de curé dans le village. Il avait décidé de faire de la maison son port d'attache, vagabondant et guerroyant sur le vaste territoire qu'il avait annexé, rentrant couvert de griffures, pour manger comme quatre, ronronner et dormir. Accessoirement fréquenter le vétérinaire pour panser ses blessures. Grand seigneur, il veillait tendrement sur Félicité ayant compris que sa gentillesse envers ma beauté de greffière était son billet de séjour et prenait à cœur l'éducation de ce lutin de Marius en lui distribuant quelques bonnes taloches. Un jour, il ne s'est plus montré. Je pense toujours à lui et parfois je l'attends encore. Sans espoir. La vie libre est cruelle aux greffiers bien qu'elle leur soit si belle.
En relisant Colette, je me suis dit que Le matou habillait comme un gant ce grand amoureux batailleur, qui rêvait si profondément.

le_matou

« Je suis le matou. Je mène la vie inquiète de ceux que l'amour créa pour son dur service. Je suis solitaire et condamné à conquérir sans cesse, et sanguinaire par nécessité. Je me bats comme je mange, avec un appétit méthodique, et tel qu’un athlète entraîné, qui vainc sans hâte et sans fureur.
C'est le matin que je rentre chez vous. Je tombe avec l’aube, et bleu comme elle, du haut de ces arbres nus, où tout à l’heure je ressemblais à un nid dans le brouillard. Ou bien, je glisse sur le toit incliné, jusqu’au balcon de bois; je me pose au bord de votre fenêtre entrouverte, comme un bouquet d'hiver ; respirez sur moi toute la nuit de décembre et son parfum de cimetière frais ! Tout à l'heure, quand je dormirai, ma chaleur et la fièvre exhaleront l'odeur des buis amers, du sang séché, le musc fauve...
Car je saigne, sous la charpie soyeuse de ma toison. Il y a une plaie cuisante à ma gorge, et je ne lèche même pas la peau fendue de ma patte. Je ne veux que dormir, dormir, dormir, serrer mes paupières sur mes beaux yeux d’oiseau nocturne, dormir n’importe où, tombé sur le flanc comme un chemineau, dormir inerte, grumeleux de terre, hérissé de brindilles et de feuilles sèches, comme un faune repu....
Je dors, je dors... Une secousse électrique me dresse parfois, - je gronde sourdement comme un tonnerre lointain, - puis je retombe....Même à l'heure où je m'éveille tout à fait, vers la fin du jour, je semble absent et traversé de rêves ; j’ai l’oeil vers la fenêtre, l’oreille vers la porte...
Hâtivement lavé, raidi de courbatures, je franchis le seuil, tous les soirs à la même heure, et je m'éloigne, tête basse, moins en élu qu'en banni ... Je m'éloigne, balancé comme une pesante chenille, entre les flaques frissonnantes, en couchant mes oreilles sous le vent. Je m'en vais, insensible à la neige. Je m'arrête un instant, non que j'hésite, mais j’écoute les rumeurs secrètes de mon empire, je consulte l'air obscur, j’y lance, solennels, espacés, lamentables, les miaulements du matou qui erre et qui défie. Puis, comme si le son de ma voix m'eût soudain rendu frénétique, je bondis... On m'aperçoit un instant sur le faîte d'un mur, on me devine là-haut, rebroussé, indistinct et flottant comme un lambeau de nuée - et puis on ne me voit plus...
Les nuits d’amour sont longues ... Je demeure a mon poste, dispos, ponctuel et morose. Ma petite épouse délaissée dort dans sa maison. Elle est douce et bleue, et me ressemble trop. Ecoute-t-elle, du fond de son lit parfumé, les cris qui montent vers moi ? Entend-elle, rugi au plus fort d'un combat par un mâle blessé, mon nom de bête, mon nom ignoré des hommes ?
Oui, cette nuit d'amour se fait longue. Je me sens triste et plus seul qu’un dieu... Un souhait innocent de lumière, de chaleur, de repos traverse ma veille laborieuse... Qu’elle est lente à pâlir, l'aube qui rassure les oiseaux et disperse le sabbat des chattes en délire ! Il y a beaucoup d'années déjà que je règne, que j'aime et que je tue... Il y a très longtemps que je suis beau... Je rêve, en boule, sur le mur glacé de rosée ... J’ai peur de paraître vieux.

Colette
Le matou, in La paix chez les bêtes

J'aime les chats qui m'ont attendue quelque part, et mon imagination brode avec plaisir ceux qui viendront à nouveau un jour, comme une ronde qui ne s'interrompt pas. Il en est des hommes comme des chats. J'ai ce désir ou cet orgueil de vouloir être choisie par quelqu'un qui pourrait rester sans attaches, et d'être aimée tranquillement et passionnément.

vendredi 16 mai 2008

Imagine Jamila

O Jamila
pourquoi
pourquoi n'es-tu plus
JAMaIs LA

Un graff vu hier à Paris. Sur un mur gris qui n'en revenait pas. J'entends qu'ils se sont aimés au plus près du sang qui bat. Un nom comme un visage arraché aux souvenirs qui passent.