Outrelande

Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

jeudi 8 mai 2008

Recette pour île déserte

Personne ne voudra me croire mais aujourd'hui je me trouve projetée toute seule en pleine Méditerranée. Mais oui, dans les bois, rien ne bouge ou presque. On entend dire que toute la France est partie en sautant par dessus les ponts. Sur la Toile, aucune brise n'agite la ramure. Par contre, c'est plein soleil, ciel bleu et pépiements d'oiseaux. La mer, mais j'y suis !

la_mer

Et sur une île déserte en pleine mer, rien de mieux que de se régaler de pâtes aux cailloux !

Les ingrédients indispensables :
une plage de galets au soleil
des murmures de vagues et des cris de mouettes
un pêcheur calabrais ou à la rigueur sicilien (oui, quand même)
des galets recouverts d'une fine mousse d'algues et abritant des bébés-moules, des vongole et autres petits crabes, que le marin se charge de récolter, car lui seul les connaît
de l'huile d'olive bien riche, des spaghetti N°5, de l'ail

La recette simplissime :
dessabler soigneusement les cailloux
dans une grande poêle, faire revenir les cailloux dans l'huile d'olive et l'ail, l'huile se dote alors d'un parfum de crustacé tout à fait étonnant
après avoir retiré les galets noircis, jeter les spaghetti cuits al dente dans la poêle, les retourner dans l'huile deux ou trois fois sur le feu, ils se colorent légèrement de vert et prennent un goût extraordinaire de mer et de coquillage
se rapprocher mine de rien du pêcheur calabrais qui sourit en plissant les yeux
déguster des pâtes aux cailloux qui ont l'antique saveur des récits de marins

Recette : Joyeuses Pâtes de Macha Méril, un pur délice (j'ai un petit peu adapté la recette)
Photographie : La Mer de Chamamy (merci Cham' pour ton regard qui fait voguer près des oiseaux)

mardi 6 mai 2008

Sous le sable

Il y a longtemps déjà que je tourne cette citation dans ma tête. Je l'ai trouvée dans un des multiples cahiers d'écriture de mon compagnon. Oui, je lis ses cahiers et ses textes parfois, j'y entends toujours sa voix et je me laisse toujours subjuguer par son incroyable originalité. Je ne connais rien par contre de celui qui a écrit cette phrase, qui s'appelle Pierre Jacob et travaille sur la philosophie de l'esprit et des sciences cognitives. La phrase figure dans un ouvrage que je n'ai bien sûr pas lu. Je n'ai pas compris ce que serait la devise de Neurath à laquelle il est fait allusion. Je ne suis pas sûre de comprendre cette phrase mais je la trouve belle.

Il n'y a pas de fondement inébranlable sur lequel asseoir nos certitudes. Ceux qui s'intéressent à la fabrique du schème conceptuel constitué par nos meilleures théories scientifiques ne peuvent en examiner la toile que de l'intérieur. Comme le dit la fameuse devise de Neurath, nous ressemblons à des marins qui réparent perpétuellement leur bateau en pleine mer sans jamais pouvoir le mettre à sec parce qu'il n'y a pas de rivage.
Pierre Jacob in De Vienne à Cambridge

N'y est-il pas question de ce profond sentiment du dérisoire contre lequel il faudrait sans cesse lutter ? Et de cette idée que, tout compte fait, la seule chose que l'on puisse comprendre de l'expérience humaine c'est qu'elle est incompréhensible ? Nous ne savons pas ce que nous faisons. Le monde est un puzzle, dont nous n'avons aucune idée des pièces à assembler. Et après tout pourquoi pas, l'incertitude pousse à la réflexion, non ? A moins que moi je ne m'enfouisse sous le sable ?

Bien, ce n'est pas comme ça que je vais me mettre à ranger mes papiers, mon bureau, ma maison, ma vie. rl-)

samedi 3 mai 2008

Des métamorphoses

Parfois, quand je rentre tard chez moi ou que je pars tôt, je vois un renard traverser la petite route à l'endroit où la forêt jouxte les champs. Ces rencontres survenues seulement à trois reprises depuis que j'habite près des bois, portaient chacune le frémissement joyeux de l'imprévu. Une fois le renard a simplement traversé d'un bond faisant flotter la touffe blanche de son panache roux, une autre fois il a continué à trottiner d'un air dégagé allongeant ses pattes charbonneuses, la dernière fois il se tenait assis dans le champ fraîchement moissonné probablement à l'affût d'un mulot, et il a tourné la tête vers moi, étirant ses yeux obliques en un lent regard tranquille. Fascinants renards, créatures de toute beauté, surdoués de l'adaptation, à l'intelligence aigüe et à la mémoire d'éléphant.

Musardant sur les traces du goupil, me revient cet étrange classique de la littérature anglaise publié en 1922, La femme changée en renard de David Garnett.
Une jeune épouse adorée qui se transforme subitement en jolie renarde à fourrure rouge. Un mari gentleman éperdu qui tente de poursuivre la vie commune avant de donner la liberté à celle qu'il aime puis de devenir le parrain de ses renardeaux, continuant à l'aimer désespérément par delà la barrière des espèces. Et jusqu'à la folie, car gare aux chiens de chasse qui viendront semer la mort ! Un conte entre fantastique et merveilleux. A la fois grave et farfelu, tendre et cruel.

Cette histoire de métamorphose de la belle en bête, de la sainte en putain, du civilisé en sauvage, parle surtout pour moi de la part d'animalité cachée dans le désir, et de sa nécessaire acceptation. L'amour est fou, l'amour est aveugle, mais l'amour est tolérant qui peut s'éprendre des facettes les plus mystérieuses de l'autre. Qui, de l'homme ou de la femme, de l'homme ou de la bête indique ici à l'autre de quelle manière s'aimer ? Comment accepter de dévoiler à l'autre notre part cachée la plus intime ? Qu'est-ce que chacun acceptera de voir ou pas de l'autre, osera ou pas regarder ? C'est toute la question de l'amour.

Un petit aperçu, au moment où le mari amoureux comprend que, s'il l'aime, il doit libérer sa fauve épouse :

renard_enluminure « Quand il revint, une demi-heure plus tard, elle avait disparu de nouveau, mais il y avait près du mur un trou assez grand où elle était enterrée toute entière sauf la queue, et elle creusait désespérément.
Il courut au trou, y plongea son bras et lui cria de sortir ; elle n'obéit pas. Il la tira alors par le flanc, puis, comme sa main glissait, par les pattes de derrière. Dés qu'il l'eut sortie de là, elle se retourna brusquement, attrapa sa main et le mordit près de la jointure du pouce. Elle lâcha prise presque immédiatement.
Ils restèrent ainsi face à face pendant une minute, lui à genoux, elle devant lui, l'image même de la méchanceté et de la fureur sans repentir. Etant à genoux, Mr Trebick se trouvait presque à la hauteur de sa femme dont le museau touchait son visage. Les oreilles aplaties, les gencives découvertes, montrant ses dents si belles dans un silence hargneux, elle semblait le menacer de le mordre une seconde fois. Son dos était légèrement arqué, son poil hérissé et sa queue tombante. Mais c'étaient ses yeux surtout qui retenaient ceux de Mr Trebick, ses yeux dont les prunelles fendues le regardaient avec rage, avec un acharnement sauvage.

renard_enluminure2 De sa main le sang coulait très fort, mais il ne faisait attention ni à sa blessure, ni à la douleur ; toutes ses pensées étaient pour sa femme. "Eh ! bien ? Pourquoi êtes-vous tout à coup si féroce ? Si vous me trouvez toujours ainsi entre vous et la liberté, c'est parce que je vous aime. Est-ce un tel supplice que de vivre avec moi ?" Pas un muscle de Silvia ne bougea.
"Vous n'auriez pas fait cela, pauvre bête, si vous n'étiez pas malheureuse. Vous désirez votre liberté ? Je ne peux vous garder malgré vous ; je ne peux exiger votre fidélité à des serments prononcés au temps où vous étiez une femme. A quoi bon ? Vous avez même oublié qui je suis." Les larmes commencèrent alors à couler le long de ses joues, il sanglota, puis lui dit :
"Allez, je ne vous retiendrai pas. Pauvre bête, pauvre bête, je vous aime, je vous aime. Partez, si vous le désirez. Mais si vous vous souvenez de moi, revenez. Je ne vous retiendrai jamais contre votre gré. Allez, allez. Mais d'abord embrassez-moi."

renard_enluminure5 Il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur les crocs menaçants, mais bien qu'elle continuât à gronder, elle ne le mordit pas. Puis il se leva rapidement et alla à la porte du jardin ; elle donnait sur un petit pré , à la lisière d'un bois. Dès qu'il l'ouvrit, la renarde passa comme une flèche, traversa le pré comme une bouffée de fumée et en un instant disparut. »


Les histoires de métamorphose d'humain en animal et vice versa m'enchantent. Finalement, je ne suis pas sûre d'avoir renoncé à débusquer un crapaud qui se transformera en prince avec un baiser. Ni à me changer en Bête pour un Beau.
Sur les rives d'Outrelande néanmoins, pas de véritable métamorphose, je continue de parcourir les mêmes chemins. Ce sont les miens. Mais je vais consacrer une part plus belle à la dimension animale, aux relations à l'animal, à la représentation d'un monde qui nous est si largement inconnu et qui nous façonne. Et je vais approfondir la rubrique Lédésor, pour parler des personnages et des œuvres qui me touchent.

Davit Garnett était l'ami de Virginia et Leonard Woolf et appartenait au groupe de Bloomsbury. Le wiki m'apprend que, enfant, il portait un manteau en peau de lapin, ce qui lui valut le surnom de Bunny, sous lequel ses amis et ses proches le désignèrent tout le long de sa vie. Décidément, je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, mais au niveau des connexions, ça marche tout seul !!

Images : enluminures médiévales du Bestiaire

lundi 28 avril 2008

Lièvre d'Avril a dit...


lievre

Valentine Chacureuil et Meerkat sont aux champs.
Elles réfléchissent à quoi faire de ce foutu blog.
Valentine va sûrement en profiter pour rejoindre les LED.
Il faut dire qu'une nouvelle petiote est en cours d'amerrissage
Que l'on peut voir ici, en attendant que Nérichon la parraine en grande pompe.
Meerkat, on ne sait pas ce qu'elle fait.
A un de ces quatre ! g-)

Merci à Fabrice Cahez photographe des champs et des bois, de nature en somme.

jeudi 24 avril 2008

Sauvage innocence

Lorsque, enfant, je quittais le couvert de la brousse, mes pas me portaient toujours vers la termitière. Dans l'herbe haute, elle surgissait, cathédrale d'argile façonnée de salive et durcie sous le soleil comme une pierre rougeoyante, bien plus grande que moi. Le plus souvent je me tenais immobile à son pied, pressant mes mains posées contre ses flancs dont j'éprouvais les douces aspérités, écoutant la vie silencieuse qu'elle abritait. Telle une cour des miracles où mon esprit vagabondait, la termitière me parlait. Je rêvais les dédales où s'affairaient les ouvrières, les alvéoles des nurseries, les immenses garde-mangers débordant de graines, et au mitan le temple où la reine prodiguait des flottilles d'œufs.

Tant de passion à observer les petites bêtes, accroupie dans l'herbe, penchée au bord de l'eau, accrochée dans les branches. Tant de désir à les approcher et aussi parfois à les serrer d'un peu trop près. Il y eut dans mon enfance un temps de cruauté.

Je taquinais les soldats qui montaient la garde aux embouchures du royaume. Ils saisissaient avec fureur le brin d'herbe que je leur tendais et je les soulevais avant de les laisser retomber au sol, affolés, les éloignant de leur citadelle. Parfois je les piétinais, tandis qu'ils dressaient leurs dérisoires mandibules féroces. A la même période je dirigeais, dans le salon de la maison, l'hôpital des mouches. Mon frère les fournissait bien vivantes, je leur arrachais une aile ou quelques pattes et je les couchais bien bordées dans des petits lits de coton. Je me dévouais passionnément aux soins. Elles n'en réchappaient pas. J'organisais de temps à autre des combats de mantes religieuses en provoquant le face à face, elles s'y déchiquetaient. Il me hante encore ce souvenir d'avoir opéré un crapaud quand je me voulais vétérinaire. L'ayant endormi par je ne sais quelle substance volée dans l'armoire à pharmacie, j'avais fendu son doux ventre fauve avec un scalpel.

Un peu plus tard, dans la campagne provençale, sont venus les hannetons. A une époque, printemps ou été, ils pullulaient. J'enfermais ce lourd scarabée marron dans une grosse boite d'allumettes et je me dédiais à son éducation. Je l'emportais partout, escortée d'une odeur noire un peu collante. Un jour, le jugeant apprivoisé, je le relâchais, jouissant de ce vol bruyant et désordonné qui s'élevait péniblement. Et les lézards, dont la queue me restait entre les mains, mais que j'arrivais à enfermer dans une boîte en carton et qui, juste retour des choses, m'inquiétaient la nuit, se sauvant dans ma chambre.

Je participais au grand bal des luttes pour la vie, j'en observais les spectacles de mort. Aux araignées fondant sur leurs proies pour les poignarder et les paralyser avant de se mettre à en sucer la sève, j'ai offert des mouches moribondes. Je garde très vivace la longue séance de dévoration d'une souris par un serpent. Abasourdie, aplatie derrière un tronc d'arbre, j'ai regardé cette souris terrifiée et immobile se faire happer, le serpent la gober toute entière et baveuse, millimètre par millimètre, étirant de plus en plus les commissures de sa gueule pour l'engloutir. Et cette bosse, palpitante encore, qui glissait lentement le long de son cou.
Je me souviens aussi des bébés caïmans de la lagune d'Abidjan, minuscules et déjà prompts à dégainer des mâchoires plantées de dents pointues comme des dards. Mais eux, je ne me risquais pas à les approcher. Ni les fourmis rouges qui brûlaient la peau. Et je me tenais légèrement éloignée des colonnes de fourmis magnans qui dévoraient tout sur leur passage.

Mes expériences s'arrêtent là. Je ne cherchais pas à provoquer la souffrance, mais le reste d'un chagrin demeure. Une dette envers mes frères animaux. Je dois sans doute à ces accès sauvages d'enfance un profond respect de la nature et de la vie animale, une vraie tendresse pour les crapauds, êtres sages dont les yeux ont les couleurs du ciel avant la tornade. C'était sans doute aussi ma façon d'apprendre, d'être présente au monde et à moi-même. Comme un chat, je me voulais seule dans mon pays de brousse ou ma campagne. Il me fallait sentir mon sang couler dans mes veines, mon cœur bondir comme une carpe dans ma poitrine, mes cellules fourmiller de mille vibrations. Je devais éprouver la palpitation de ma vie, la puissance et la fragilité de mes propres forces.

dimanche 20 avril 2008

In my head


chat_oiseau

Parfois des idées me viennent, ça arrive.
Parfois, elles viennent d'un coup comme ça sans crier gare. Elles étaient là depuis un bout de temps.
Parfois elles sont vagues et même d'une telle inconsistance que je ne sais pas mettre un nom dessus. Une sorte de monstre du Loch Ness qui hanterait mes brumes cérébelleuses.
Tantôt elles me trottent dans la tête, tantôt elles se tiennent derrière, tantôt elles sont à l'arrêt. Pas comme des chiens mais comme des trains. Encore que...
Si souvent insaisissables.
C'est quand mes pensées passent au vestibule grammatical qu'alors je les apprête et les grime.
Que je leur colle faux nez, rouge à lèvres et perruques, que je les enjolive de couleurs et pacotilles, que je les habille de chausses, pantoufles et robes de soie, que je les affuble de sabres et goupillons, chiffres et lettres, tous lieux communs possibles et songes imaginables, plumes de paon et vents du sud.
Je sais, je sais, tout le monde n'est pas d'accord, le langage ne serait pas un vêtement de la pensée.
Mais si mes pensées allaient toutes nues, c'est sûr qu'elles feraient peur.

Tableau : Chat et Oiseau de Paul Klee - 1925

vendredi 18 avril 2008

Le nom du monde est forêt


naissance

Naissance - Photographie de Fabrice Cahez

Je suis un arbre sec. Mais ne vous y trompez pas. Je suis un arbre sec qui donne des fruits secs. Directement. Vous voyez l'intérêt, n'est-ce pas ? Je suis un mutant pour l'industrie agroalimentaire. Mais attention, je ne suis pas un abricotier qui donnerait des abricots secs ou une vigne qui donnerait des raisins de Corinthe, non, je fais de tout. Je donne tous les fruits secs possibles, les figues, les bananes séchées, les cacahuètes grillées... Il y a de savants botanistes qui cherchent à me miniaturiser pour que chacun ait sur sa table un arbre à fruits secs pour l'apéro.

Il faut vous dire qu'un arbre, c'est tous les arbres.
On peut les abattre, les couper, les brûler, les modifier, cela ne changera rien. Ils attendent. La patience de l'arbre dépasse l'entendement de l'homme.
Ils attendent le jour où ils renaîtront. Songeant aux avenirs d'éternité qui ne seront jamais les nôtres.


Merci à Fabrice Cahez photographe de nature, et à Ursula Le Guin pour le titre

jeudi 17 avril 2008

Forever Young


dylan

Une éclaircie dans le ciel de plomb. Les temps ne changent pas, non ils empirent, mais un jour ils devront bien changer.
Le jury du prix Pulitzer a distingué cette année Bob Dylan par une mention spéciale "pour son profond impact sur la musique populaire et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétique extraordinaire". Il est le premier artiste rock à recevoir cette récompense prestigieuse. Il rejoint les jazzmen John Coltrane et Thelonious Monk, le dessinateur de BD Art Spiegelman, le romancier Ray Bradbury.

Même si je m'en fous des médailles, je suis contente. Tant de chansons de Dylan qui se sont gravées dans ma mémoire et ma sensibilité, tant d'instants qui en ont été marqués et qui demeurent, bien vivants. Cette voix nasale, traînante. Ces mots tendres et durs. Ce personnage secret, dégingandé, les mains dans les poches, qui marche, une jeune femme aux cheveux longs accrochée à son bras. Si proche et si lointain.

Plutôt que de chercher un sens dans des détails de ma vie, on peut trouver des clefs dans mes textes. Je sais, on me considère comme un être volontairement énigmatique, ironique, sarcastique, allusif, ambigu, un taiseux, et pourtant, des clefs, j'en ai laissé. Les gens peuvent tout connaître de moi à travers mes chansons, à condition de savoir regarder, a raconté Dylan dans un entretien ici. Ce doit être cela. L'homme est dans ses chansons. Forever young. Ses chansons chantent le monde.

lundi 14 avril 2008

Humeurs des jours

Submergée sous le flot des chozaécrire professionnelles, je n'ai guère le temps de baguenauder sur les blogs que j'aime ni vraiment de commenter, et je n'ai pas le temps non plus de penser à tous ces billets si ceci et si cela que j'aimerais peut-être écrire.

L'autre soir, j'ai constaté qu'à 9 heures il faisait encore jour et presque doux. C'est agréable mais, le soir, je préfère la nuit. Le changement d'heure d'été ne me plaît pas au fond, je voudrais vivre au rythme du soleil et de la lune. Je me suis assise dix minutes par terre sur ma terrasse, parce que je n'ai pas de chaises dehors. Les oiseaux faisaient encore les fous, dans un concert de pépiements variés. Le merle était pour une fois immobile sur le mur, le cou dressé. Les mésanges s'affairaient dans les branches du néflier, je pense qu'elles croquent les bourgeons, le voisin sera furieux. C'est chez lui que les étourneaux ont élu domicile, ils s'abattent le soir dans ses bambous en menant un train d'enfer. Deux ramiers traversaient le ciel. Bonheur des instants suspendus. Intense et fugace. Et puis j'ai aperçu la première hirondelle de la saison pirouetter avec allégresse. C'est donc officiel, le printemps est arrivé chez moi. :-)

Par contre, du côté des greffiers, ce n'est pas le printemps. Je ne sais quelle mouche les a piqués mais ils sont infernaux. :(

D'abord, il y en a un(e) qui trouve très amusant d'envoyer par dessus la caisse à litière son jet de pipi, qui donc glisse sous la caisse et je m'en mets plein les mains quand je la nettoie. Mais pourquoi ai-je des chats qui préfèrent utiliser une caisse à l'intérieur plutôt que pratiquer un joyeux délestage en pleine nature ?

Valentine est de plus en plus fantasque sur les manières de table. Si je ne la sers pas à l'endroit précis qu'elle a choisi, c'est simple, elle me regarde d'un air choqué et tourne les talons, fouettant l'air de sa queue, comme si j'avais commis un impardonnable manquement aux règles. Le problème est qu'elle n'arrête pas de changer de place, je ne sais plus où j'en suis. Toujours en hauteur, par terre, non, c'est trop commun pour cette princesse va-nu-pieds. Un coup sur le buffet, un autre sur le fauteuil, ou alors sur mon bureau, et voilà qu'elle se met en tête de déguster son dîner sur la rambarde de l'escalier. Non, c'est non. Donc elle ne mange pas. Et part à la traque aux mulots qu'elle dévorera sans manières, n'importe où.

Félicité a glissé toute seule de la fenêtre du premier étage. Elle dormait tranquillement sur l'appui profitant d'un rayon de soleil et plouf, j'ai entendu des griffes crisser et elle n'était plus là. Je n'ai pas osé regarder en bas, je me suis précipitée paniquée à l'idée de la récupérer en morceaux, elle a quand même 16 ans. Elle était sur le gravillon de la terrasse, éberluée, la queue en goupillon, grondant et râlant après l'imbécile qui l'avait certainement poussée. Ouf, rien de cassé, juste une grosse peur.

La Commandante vitupère et harcèle les autres. C'est une greffière qui n'aime pas les chats, elle mise à part bien sûr. En même temps, elle ne peut s'empêcher de rechercher leur présence, sans doute pour le plaisir de mieux les détester. Elle se cache dans l'escalier pour leur envoyer des baffes et les agonit d'injures. En général, les trois autres n'en ont cure, mais se méfient quand même car ils la croient folle.

Gribouille joue les matamores, affrontant les chats étrangers qu'il soupçonne de vouloir annexer son territoire, et là il n'a sans doute pas tort. N'empêche qu'en dépit de sa stature de sumo (un sumo taillé en cube je précise, et dur comme de la pierre), il ne fait pas tout à fait le poids. Là, il s'est fait rétamer par le gros-et-grand-méchant-chat-roux-du-voisin. J'en ai ma claque de ces mâles bourrés de testostérone qui ne pensent qu'à guerroyer (et pourtant, zip les roupettes depuis qu'il s'est installé chez moi). Mais il a bien fallu que je l'emmène chez le véto, cette andouille est non seulement balafré de partout mais dans sa fuite, il s'est fait chopper par la patte arrière qui a été cruellement mordue en plusieurs endroits, donc enflée et douloureuse. Décidément, avec tous les frais médicaux que j'engage pour ses frasques, ce squatter me maintient sans pitié au charbon.

Comme le vétérinaire est un personnage important de ma vie (combien de fois, pleine d'angoisse, ai-je remis dans les mains de ce si gentil sorcier un animal mal en point qu'il a su guérir ou sauver sans oublier de me réconforter d'un sourire), j'en profite pour vous encourager à découvrir l'univers de Fourrure, un vétérinaire à la campagne. J'aime la façon dont il parle de son métier et des animaux.

Sinon, j'écoute et écoute Bleu Pétrole de Bashung. J'adore, il me met le cœur à l'envers et c'est bon. Et je savoure le surnom que m'a donné Oxygène, Meertig' (en Guyane, le tig' désigne les félins de la forêt, sans distinction).
Dessin ci-dessous de Tommi Ungerer évidemment.

chatgris

mercredi 9 avril 2008

Le jaspe vert des solitudes



matagot

Comme si chaque instant
Etait une rencontre inouïe
Où il fallait se livrer toute entière
Pour s'en pénétrer à tout jamais



Le Chat-Matagot, lutin-fauve excessivement féroce.
Illustration de Claudine et Roland Sabatier.
Tirée de La Grande Encyclopédie des Lutins de Pierre Dubois, elficologue de haut renom, ethnologue des mondes féériques.