Submergée sous le flot des chozaécrire professionnelles, je n'ai guère le temps de baguenauder sur les blogs que j'aime ni vraiment de commenter, et je n'ai pas le temps non plus de penser à tous ces billets si ceci et si cela que j'aimerais peut-être écrire.
L'autre soir, j'ai constaté qu'à 9 heures il faisait encore jour et presque doux. C'est agréable mais, le soir, je préfère la nuit. Le changement d'heure d'été ne me plaît pas au fond, je voudrais vivre au rythme du soleil et de la lune. Je me suis assise dix minutes par terre sur ma terrasse, parce que je n'ai pas de chaises dehors. Les oiseaux faisaient encore les fous, dans un concert de pépiements variés. Le merle était pour une fois immobile sur le mur, le cou dressé. Les mésanges s'affairaient dans les branches du néflier, je pense qu'elles croquent les bourgeons, le voisin sera furieux. C'est chez lui que les étourneaux ont élu domicile, ils s'abattent le soir dans ses bambous en menant un train d'enfer. Deux ramiers traversaient le ciel. Bonheur des instants suspendus. Intense et fugace. Et puis j'ai aperçu la première hirondelle de la saison pirouetter avec allégresse. C'est donc officiel, le printemps est arrivé chez moi. 
Par contre, du côté des greffiers, ce n'est pas le printemps. Je ne sais quelle mouche les a piqués mais ils sont infernaux.
D'abord, il y en a un(e) qui trouve très amusant d'envoyer par dessus la caisse à litière son jet de pipi, qui donc glisse sous la caisse et je m'en mets plein les mains quand je la nettoie. Mais pourquoi ai-je des chats qui préfèrent utiliser une caisse à l'intérieur plutôt que pratiquer un joyeux délestage en pleine nature ?
Valentine est de plus en plus fantasque sur les manières de table. Si je ne la sers pas à l'endroit précis qu'elle a choisi, c'est simple, elle me regarde d'un air choqué et tourne les talons, fouettant l'air de sa queue, comme si j'avais commis un impardonnable manquement aux règles. Le problème est qu'elle n'arrête pas de changer de place, je ne sais plus où j'en suis. Toujours en hauteur, par terre, non, c'est trop commun pour cette princesse va-nu-pieds. Un coup sur le buffet, un autre sur le fauteuil, ou alors sur mon bureau, et voilà qu'elle se met en tête de déguster son dîner sur la rambarde de l'escalier. Non, c'est non. Donc elle ne mange pas. Et part à la traque aux mulots qu'elle dévorera sans manières, n'importe où.
Félicité a glissé toute seule de la fenêtre du premier étage. Elle dormait tranquillement sur l'appui profitant d'un rayon de soleil et plouf, j'ai entendu des griffes crisser et elle n'était plus là. Je n'ai pas osé regarder en bas, je me suis précipitée paniquée à l'idée de la récupérer en morceaux, elle a quand même 16 ans. Elle était sur le gravillon de la terrasse, éberluée, la queue en goupillon, grondant et râlant après l'imbécile qui l'avait certainement poussée. Ouf, rien de cassé, juste une grosse peur.
La Commandante vitupère et harcèle les autres. C'est une greffière qui n'aime pas les chats, elle mise à part bien sûr. En même temps, elle ne peut s'empêcher de rechercher leur présence, sans doute pour le plaisir de mieux les détester. Elle se cache dans l'escalier pour leur envoyer des baffes et les agonit d'injures. En général, les trois autres n'en ont cure, mais se méfient quand même car ils la croient folle.
Gribouille joue les matamores, affrontant les chats étrangers qu'il soupçonne de vouloir annexer son territoire, et là il n'a sans doute pas tort. N'empêche qu'en dépit de sa stature de sumo (un sumo taillé en cube je précise, et dur comme de la pierre), il ne fait pas tout à fait le poids. Là, il s'est fait rétamer par le gros-et-grand-méchant-chat-roux-du-voisin. J'en ai ma claque de ces mâles bourrés de testostérone qui ne pensent qu'à guerroyer (et pourtant, zip les roupettes depuis qu'il s'est installé chez moi). Mais il a bien fallu que je l'emmène chez le véto, cette andouille est non seulement balafré de partout mais dans sa fuite, il s'est fait chopper par la patte arrière qui a été cruellement mordue en plusieurs endroits, donc enflée et douloureuse. Décidément, avec tous les frais médicaux que j'engage pour ses frasques, ce squatter me maintient sans pitié au charbon.
Comme le vétérinaire est un personnage important de ma vie (combien de fois, pleine d'angoisse, ai-je remis dans les mains de ce si gentil sorcier un animal mal en point qu'il a su guérir ou sauver sans oublier de me réconforter d'un sourire), j'en profite pour vous encourager à découvrir l'univers de Fourrure, un vétérinaire à la campagne. J'aime la façon dont il parle de son métier et des animaux.
Sinon, j'écoute et écoute Bleu Pétrole de Bashung. J'adore, il me met le cœur à l'envers et c'est bon. Et je savoure le surnom que m'a donné Oxygène, Meertig' (en Guyane, le tig' désigne les félins de la forêt, sans distinction).
Dessin ci-dessous de Tommi Ungerer évidemment.
