Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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dimanche 10 janvier 2010

Un fer à souder please !

Je descends me faire un petit café et horreur, j'entends une cascade en furie. Un oeil à la chaudière, non elle ne semble pas se liquéfier sur place, un oeil au lave-linge, bon la lessive est finie. Je me précipite sous le préau attenant à la maison. Damned, un geyser s'échappe d'un tuyau sortant de la maison, dûment enveloppé mais néanmoins irrémédiablement fendu. Vite, se ruer dans le jardin, soulever la plaque de béton qui pèse trois tonnes, me mettre à plat ventre, enlever les protections, couper l'eau (non, il n'y a pas de bidule pour couper l'eau dans la maison, cela aurait été trop simple, nous n'avons jamais pu repérer l'arrivée d'eau dans la maison !). Evidemment c'est dimanche. Inquiétudes. Est-ce un tuyau relié à la chaudière qui se trouve juste derrière, de l'autre côté du mur ? Semble que oui et il continue de couler faiblement. Est-ce que la chaudière se vide ? Possible. Je tourne un loquet posé sur ce tuyau mystère. D'accord il ne coule plus. J'en suis là. J'attends. Pour l'instant il fait chaud et j'espère que la chaudière va continuer à ronronner tranquille. Mais il n'y a plus d'eau dans la maison. Ce n'est pas la première fois. J'ai déjà eu droit à diverses combinaisons dont de l'eau mais ni électricité ni chauffage. A tout prendre je préfère le cas d'aujourd'hui. Puis je pourrais éventuellement remettre en marche le circuit d'eau qui alimente le jardin et avoir de l'eau à l'extérieur ?

Si quelqu'un pouvait me parachuter un fer à souder, ce serait bien. Ah, et aussi une galette à la frangipane. Parce que les routes sont toujours bloquées par la neige et mercredi j'ai oublié celle que j'avais achetée dans la remorque du garagiste. Oui, parce que ma voiture a une cosse de travers du côté du boitier d'injection. Pas grand chose mais elle m'a traitreusement abandonnée d'un seul coup en pleine route. Je suis donc sans voiture. Sans galette. Sans chocolat. Et sans eau.
Et dire que j'étais en train de préparer un beau billet à la gloire de ma maison et à la fiabilité de ses équipements...

PS de Valentine Chacureuil : et puis quelques boîtes de thon siouplaît, la zumaine dit qu'on va tous devoir manger des brocolis maintenant, au secours !


Edit du 11 janvier à 17 heures : Ca y est ! Dépannée ! Tuyau changé (mais c'est que pour souder, il faut tout un équipement, pas juste un chalumeau), eau à tous les robinets (un privilège que j'apprécie je crois à sa mesure ). J'ai fait la vaisselle avec délectation. Chaudière ronronnante. Voiture réparée et récupérée, demain je ravitaille (et une galette, une !). Merci à "mon" plombier et à "mon" garagiste (des costauds super gentils en plus). Et merci à vous tous de votre soutien.

jeudi 7 janvier 2010

Hardi la puce !


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Jamais vu autant de neige depuis que j'habite à la campagne. Tout le jardin et les alentours sont revêtus d'une épaisse pelisse immaculée, scintillante au soleil. Ce matin, en allant ravitailler les oiseaux, la neige montait à mes genoux. Un beau faisan squattait la mangeoire au sol et s'est à peine éloigné tant il peinait à faire sa trace dans la poudreuse. Valentine s'est laissée surprendre, engloutie jusqu'aux oreilles en s'élançant sur son territoire blanc. Le silence est ouaté, personne ne s'aventure sur le chemin. Les cheminées fument. On se sent bien !

PS - Ne peux rien faire, la neige a bloqué le portail, le chemin n'est pas praticable et de toutes façons ma voiture est chez le garagiste, il ne va sûrement pas me la ramener. Rendez-vous reportés. Vacances ! Chouette !

mardi 5 janvier 2010

Par les couloirs bruissants du sommeil

Mi-éveillée mi-endormie, habitée de souvenirs, la nuit parfois j'entends. Couchée en chien de fusil, le ventre creux et le dos rond, la couverture tirée sur mes joues, je pelotonne contre moi la greffe Félicité. Une poignée de sable dans les yeux et nous montons toutes deux sur le navire des songes, bercées de ce ronronnement puissant qui est le talisman de nos nuits.

Dans les brumes du pays des rêves, de l'autre côté de la réalité, m'attendent de sonores visiteurs, aux humeurs incertaines.

Et déjà, ces brefs entrechoquements au rez-de-chaussée, n'est-ce pas un diablotin affairé à crocheter la porte d'entrée ? Ai-je bien pensé à donner le tour de clé salvateur pour protéger mes nuits ? Même à la porte ouvrant sur le préau ? Mais le cliquetis se dissout, absorbé par la profondeur cotonneuse de la chambre et je sombre dans la dérive du sommeil.

A cet instant précis où je glisse dans un songe, Patrick Bruel se met à chanter. Je me dresse, cramponnée aux draps. Pas de doute, un effroyable dragon aux yeux fixes cherche à m'épouvanter, m'annonçant ses meurtrières intentions en beuglant à se casser la voix. Le voilà qui grimpe lourdement l'escalier, il traverse le couloir et se dirige vers ma chambre. Quand il passe le seuil, tétanisée, je le vois s'évanouir dans l'ombre, la chanson s'était automatiquement enclenchée à l'heure fatidique de minuit, aucune créature au regard froid ne lèvera ce soir un couteau sur moi. Lentement, pour me rassurer, je touche de mes doigts mon visage et mes épaules.

Et je jaillis cœur battant, tirée de ma léthargie par les grondements du greffier Gribouille venu se poster à l'extrême bord du lit, poil hérissé, cou tendu, regard fixé vers la fenêtre baignée de lune. Il m'alerte. Je saisis qu'un monstre vorace vient de faire irruption dans la maison et rôde juste en-dessous, dans la cuisine. Tendue comme un arc, assise immobile au creux du lit, je tente de percer la chape du silence mais aucun clappement de langue ne se laisse entendre. Rien ne bouge, la vie s'immobilise. Sans doute s'agit-il seulement du gros chat des voisins qui déambule au fond du jardin, soucieux d'étendre son territoire.

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A présent, le claquement vif de la première chatière immédiatement suivi par le second, puis le déferlement d'une galopade effrénée dans l'escalier me font sursauter, ce n'est que Valentine échappée au tigre hantant le jardin qui se réfugie comme un boulet de canon dans la maison. Certaines nuits, les sons deviennent plus stridents, des feulements rauques et des sifflements grondants s'enchaînent en mélopée. Là, c'est Gribouille qui empoigne jusqu'à la sortie un étrange visiteur étourdi.

Plus tard, une autre nuit, une bouteille roule sur le carrelage et explose en mille éclats vibrants. Je pars en quête, nulle brisure de verre nulle part. Les greffiers endormis ouvrent un oeil soupçonneux. Placés aux premières loges, ils n'ont rien entendu et ne se privent pas de me faire remarquer que mes oreilles battent la campagne.

Et ce cri anxieux qui fend l'air et se répercute, renvoyé par les échos, lugubre et gémissant. Quelque mince fantôme pleurant la perte d'un abri ou la chouette envolée poussant un sombre hululement de chasse ?

Puis parfois c'est toi. Tu t'assois tout près et tu te penches vers moi. Je reconnais ton odeur, je respire d'un même souffle, tu caresses mon front de ce geste qui ébouriffe un peu la frange sur mes yeux, tes doigts s'attardent sous la pommette. Ta main est toujours aussi tendre. Tu me parles, j'assemble la douce sonorité de tes mots comme de frémissants petits cailloux sur le chemin qui nous réunit. Mes paupières trop lourdes, mon corps de plomb me clouent dans la torpeur du songe, je sais que tu es là, je lutte mais je dors. Je dors et au matin tu as disparu. Mon Prince qui m'appelle à rejoindre le Pays du Sommeil, je ne t'entends plus, je me réveille.

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Illustrations : Winsor McCay - Little Nemo in Slumberland

jeudi 17 décembre 2009

Sous la neige



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L'une pense qu'elle va sans doute s'aventurer...


gribouille_a_la_fenetre

... L'autre estime plus prudent d'observer bien au chaud


Les deux dernières dorment du sommeil du juste. Moi je me prélasse. Huhu, peux pas sortir. Le chemin qui me ramène vers la civilisation croule sous la neige. Grand calme sous le ciel plombé. Seuls les oiseaux s'agitent autour des mangeoires et mettent les becquées doubles. Tiens, si je faisais des crêpes ?

samedi 21 novembre 2009

Cuisine d'entrechats



A la maison des bois, la zizanie rôde ce jour. Valentine Chacureuil veut absolument que nous participions au concours organisé par ses potesses canadiennes. Dûment mandatée et accréditée par les Coquines, Dr. CaSo s'est vue en effet obligée de proposer ici un jeu de haute volée : le principe est certes apparemment aisé puisqu'il suffirait juste d'envoyer sa recette préférée, celle que vous faites souvent parce qu’elle est facile à faire et qu’on vous en redemande, accompagnée d'une photo... mais il en va hélas tout autrement de la réalisation...

D'une part il a fallu nous rendre à une cruelle évidence, à savoir que nous n'avons plus de coquillettes dans le placard pour préparer notre fabuleuse recette de Coquillettes au Beurre Gratinées, d'autre part force est de constater que notre APN est inapte à magnifier une préparation culinaire issue de mes blanches mains et pastrouillée par une patte poilue.
Et allons donc le torchon brûle entre ma greffière et moi, cette voyoute déplorant, du fait de toutes ces incompétences cumulées, de laisser filer le merveilleux cadeau pôlnordesque promis à l'heureux gagnant que désignera un tirage au sort. Elle en personne bien entendu, car la diablesse ne doute de rien.

Aussi, avons-nous décidé de laisser libre cours à notre inspiration. Qu'on se le dise dans les chaumières à félins, la recette ci-dessous est un sacré must !

chat mediterranee

Chat de la Méditerranée de Balthus

Recette délice pour greffier bienheureux

pêcher dans le congélateur un filet de poisson, du colin sinon du merlan
poser délicatement sur un ravier, couvrir et mettre au micro-ondes
faire cuire 2,5 minutes de chaque côté
placer le filet cuit à point dans une (jolie) coupelle, le sectionner de quelques rapides et légers coups de fourchette
disposer élégamment les morceaux (le chat est un artiste dans l'âme)
ajouter une petite cuillerée de yaourt nature
parsemer de paillettes de levure de bière
décorer d'un zeste d'olive verte
servir tiède et attendre les compliments

PS : Comment ça, nous ne pourrions pas jouer pour de vrai ? Ce serait de la triche ? Mais pas du tout, Valentine pour une fois n'a pas mis la patte au ballon que je sache !

samedi 31 octobre 2009

La vie ferait un doux bruit d'ailes

Je me rends bien compte que la chose politique m'est devenue tellement insupportable que je ne peux en parler, c'est comme une chape écrasante d'injustices, de laideurs, de compromissions qui ploie mes épaules et scelle mes pensées. Il n'y a pas que cela. Les conditions de travail sont difficiles. Mes contrats se traitent au plus serré alors que les délais raccourcissent encore, mes prix se négocient à la baisse alors que les marges des actionnaires galopent. Il faut plier le dos. Je ne suis qu'un petit pion parmi d'autres, pas la plus mal lotie et finalement bien contente de n'être inféodée à aucune structure, même si certains me font entendre que nous autres freelance seront rejetés dans les culs de basse-fosse de la précarisation. Je ne suis pas encore prête à me laisser passer par dessus bord ! Que la peste ravage le capitalisme financier et que périssent dans la pire des misères tous ces salopards qui se sont bâtis des fortunes incommensurables en broyant chaque salarié sous le joug inhumain d'une infernale productivité, en licenciant à tour de bras, en saignant à blanc les entreprises rachetées avec l'argent qu'ils n'ont pas déboursé et qui a fructifié à leur unique profit.

Alors c'est vrai, je me réfugie dans l'intime, même si à mes oreilles tintent la fureur et la tristesse.

Faire un bouquet de toutes ces choses douces et le garder près de moi.

rose Des roses s'ouvrent encore dans le petit massif contre la maison. Je ne connais pas leur nom, les pétales orangés rosissent puis se nacrent en froufroutant légèrement, l'odeur est délicatement poudrée. Je ne cueille jamais les roses, et d'ailleurs aucune des fleurs, j'aime les voir s'épanouir et habiter le jardin, l'habillant des disparates couleurs de la vie.



gribou Le regard vert de Gribouille se pose sur moi, tendre et attentif. Je me réjouis de le savoir si heureux à la maison des bois. Il ne s'éloigne jamais de ses abords, ravi d'avoir enfin un toit. Je l'observe, attendrie, profiter des lieux de confort avec une science toute féline : assoupi dans la corbeille près de la baie vitrée sous les rayons de l'après-midi, allongé sur le coussin de l'appui de fenêtre au-dessus du radiateur, pattes avant et museau enfouis au plus près de l'enivrante chaleur, vautré sur le dos contre les gravillons de la terrasse pour un voluptueux massage quand le soleil tape à midi.



nuit Le soir qui tombe bruit des imperceptibles gazouillis précédant l'endormissement du jardin. La chute virevoltante d'une feuille de vigne effleurant la façade, le gratouillis de petites pattes inconnues agrippant le toit au-dessus de mon bureau, le murmure des pépiements filtrant des dortoirs criblant la haie, le claquement du merle regagnant son abri, dernier couché de la tribu ailée. Et le si léger grésillement de la lampe s'allumant au-dessus de la porte d'entrée.

Je vais écouter une entraînante ballade de Elvis Perkins, gorgée d'harmonica. Puis je sortirai vagabonder dans la nuit. Je voudrais que quelqu'un m'enroule une écharpe autour du cou et me dise : ne prends pas froid et sois prudente sur la route, il y a du brouillard.

dimanche 11 octobre 2009

Ma déesse Lare

Lorsque nous sommes tombés sous le charme de la maison des bois, celle-ci était loin d'être terminée. Sa restauration s'était arrêtée en chemin, il n'y avait aucun sanitaire, salles de bains et cuisine étaient absolument vides, à l'étage le sol en ciment (qui plus est poudreux et pas très plan) attendait désespérément son plancher, la cave était inondée, le jardin ressemblait à un terrain de football (hélas encore), en l'absence de vitrage sur la baie, les murs avaient été exposés au vent, à la pluie, au froid, aussi aux hirondelles qui avaient tapissé les poutres du séjour d'une flopée de nids en terre dure.

Mais il y avait ces très grandes pièces inondées de lumière, les terres cuites anciennes dont les tons d'ocre rosé me rappelaient la Provence, où des empreintes de pattes de chat et d'oiseau figuraient d'heureux présages, l'arc splendide d'une poutre dans la chambre, la vue dégagée vers les champs, le tilleul, l'absolu du silence... et détail qui a toute son importance, l'abondance de murs impeccablement alignés pour héberger les innombrables livres.

Bonheur suprême, le chauffage central était installé, les radiateurs semblaient bien un peu vieillots, mais la chaudière - absente pour être préservée du chapardage selon les dires du vendeur -, était certifiée neuve, de haute technicité, munie de sondes extraordinaires qui devaient nous assurer de substantielles économies et une qualité inégalée de chauffage, adaptée aux plus infimes variations extérieures et intérieures. Innocents que nous étions, la tête accaparée par les travaux et surtout par les redoutables problèmes légaux qui se sont abattus sur notre achat (que la peste étouffe le vendeur et son notaire, que l'enfer les avale vivants). Quand la chaudière a été livrée, elles nous a certes parue un peu cabossée et le plombier mandaté par le vendeur complétement à côté de la plaque. Mais il était trop tard et de toutes façons hors de question d'intégrer une nouvelle dépense dans notre budget.

Un livre ne suffirait pas pour raconter les méfaits de cette bourrique de chaudière. Nous avons emménagé en août. Le premier hiver survenu très tôt a été glacial. Outre le gel d'une canalisation fantôme qui nous a privés d'eau pendant 15 jours, nous avons claqué des dents dans la maison tout en dépensant des sommes astronomiques pour y faire grimper la température. Il paraît qu'il fallait d'abord réchauffer les plâtres avant d'avoir chaud nous-mêmes. On caillait, je passais mes soirées enveloppée dans un duvet. Ployant sous d'alarmantes nouvelles car des chauffagistes appelés à la rescousse arpentaient la maison en hochant une tête soucieuse : la chaudière n'était pas assez puissante pour la superficie des lieux, il fallait changer telle pièce ou telle autre, la sonde extérieure était mal placée, le vase d'expansion était trop petit, des stalactites n'allaient pas tarder à se former autour de l'encadrement de la baie (si, si, on me l'a dit), le thermostat intérieur était incomplet, les radiateurs étaient inaptes au service et bons à changer (faut dire que l'un d'eux était monté à l'envers). Bref, jamais nous ne serions correctement chauffés et, pendant ce temps là, la cuve se vidait à toute allure... qu'il fallait remplir, encore et encore. Tandis que la tuyauterie encastrée on ne sait comment cognait funestement dans les murs. Je me réfrigérais d'angoisse.

Elle m'en a fait baver cette saleté. Peu à peu et grâce à un talentueux chauffagiste, un artisan d'expérience d'une touchante douceur, qui a su lui parler entre quatre yeux, qui a peaufiné les réglages de ses doigts de fée tout en nous évitant la moindre dépense superflue, la carne a consenti à fournir un relatif confort. Elle restait néanmoins sujette aux incartades, avait de fréquentes vapeurs, emmêlait ses circuits, cédait aux appels de sirène du calcaire qui l'entartrait. Je ne sais plus combien de fois elle est tombée en panne, ces moments attristants où je pénétrais le soir dans une maison froide sous l'œil courroucé des greffiers. Alors j'ai muté experte et obsédée. Je me suis mise à écouter tourner la chaudière, le moindre bruit suspect m'alertait même en pleine nuit, j'avais appris à décoder ses sautes d'humeur, au moindre gargouillement je reconnaissais un problème. J'étais devenue très branchée chauffage, lancée dans les réglages, surveillant les niveaux, anticipant les crises. J'avais surtout reporté sur les défaillances de la chaudière la douleur de la perte qui m'habitait quand je me suis retrouvée seule dans la maison. Ses pannes m'anéantissaient, décuplant la brûlure du manque. Bref, elle me pourrissait la vie, et je n'avais pas vraiment chaud non plus.

Un jour, j'ai pu la changer. J'ai vue cette fée Carabosse me quitter et partir en morceaux avec quand même un petit pincement au coeur.

Depuis quatre ans, je vis une idylle avec ma nouvelle chaudière, une beauté sobre d'un blanc immaculé. Ma confiance en elle est totale et elle m'obéit au doigt et à l'oeil. Réglée comme une horloge sans en faire tout un plat, elle combine les températures extérieure et intérieure pour m'offrir la plus douce des chaleurs en ronronnant comme un chat. A condensation, elle est relativement économique et contrôle en partie ses émanations. C'est la reine de la maison, à laquelle je ne manque pas d'adresser quelques hommages de temps à autre en récompense de ses bienfaits et de ma tranquillité, tandis que les greffiers la vénèrent et s'appliquent tour à tour à lui tenir compagnie. C'est simple, j'aime ma chaudière d'amour (et ce qui ne gâte rien, le chauffagiste est tout à fait charmant, je peux juste regretter qu'il n'ait à intervenir qu'une fois l'an pour le contrôle !)

En rebond sur un billet de mirovinben, ici, qui a ravivé mes souvenirs.

mardi 6 octobre 2009

Un jour, un potiron

Il était un potiron qui en avait dans la citrouille. Sans coup de baguette, il est devenu acrobate.

petit_potiron

Petit potiron deviendra grand

potiron

Il grossit, tranquillement posé sur ses fesses

potiron

Et un beau jour s'élance à la conquête des airs


dimanche 4 octobre 2009

Promenons-nous dans les bois

J'avais un tel besoin de voir la mer que j'ai filé d'un coup l'autre matin, cap sur Dieppe. Je retourne encore à Varengeville, ce coin de campagne normande qui tombe dans la mer, toujours attirée par les jeux changeants de la lumière, l'à-pic des falaises, la beauté elfique des chemins bordés de hauts talus herbus, la quiétude des maisons de pierres derrière l'opulence des jardins ou le foisonnement des hortensias, la sérénité du cimetière marin où repose Georges Braque en surplomb du gouffre bleu.

Et le bois des Moutiers dont je crois bien être amoureuse. Il y a un siècle cette grande valleuse ouverte sur la mer était un pré où paissaient les vaches. La passion d'un homme a fait surgir des pâtures un site hors du commun, bâtissant une maison de toute beauté dans le plus pur style Art and Crafts, alignant en harmonie avec l'architecture quelques rigoureux jardins anglais aux mixed-borders échevelées, et surtout plantant en un bois extraordinaire des milliers d'arbres et arbustes, des essences rares, parfois inconnues en ces terres : magnolias de Chine, azalées de Turquie, rhododendrons de l’Himalaya, et aussi cèdres de l'Atlas, hêtres, pins, bambous, hortensias... Profitant du sol acide et au fil du temps, de vivants monstres bénéfiques ont pris leur essor, atteignant des dimensions exceptionnelles. Je garde précieusement cette vision des rhododendrons devenus arbres, immense et éclatante barrière de plus de quinze mètres de haut. C'est bien ce bois au charme intense qui m'entraîne vers Varengeville. Je m'y promène, le coeur battant et apaisé, éprouvant au détour de chaque clairière l'émotion sans cesse renouvelée de la découverte, ne sachant plus où je suis, probablement transportée sur les luxuriantes pentes de quelque lointain Eldorado, à la fois oublieuse du monde et si profondément attachée à la nature, perdue et retrouvée.

Grande première, je mets quelques photos, mais j'ai entre autres raté le bois (je fais les photos sans rien voir ou presque puisque l'écran numérique noircit à la lumière, je ne sais pas retoucher, puis pas moyen de m'habituer à ne pas pouvoir coller mon oeil dans l'objectif ni régler moi-même la netteté, suis un dinosaure de la photo... un de ces quatre, je m'équipe). Quelques photos plus inspirées ici et .


mer_bleue

La mer bleue de bleu à Varengeville sur Mer


plage

Une plage de Varengeville sous les falaises


vaches

Les vaches normandes (ouvrez l'oeil) bien en-dessous du cimetière marin


bois

L'approche du bois des Moutiers


bois

Un petit aperçu du bois des Moutiers


bois

Un autre aperçu du bois des Moutiers


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Les gunneras géants du bois des Moutiers


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Une immense feuille de gunnera, j'adore cette plante


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De somptueux massifs d'hortensias surgissant dans le bois


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Une fleur mauve d'hortensia (et une toute verte à côté)



Créé à partir de 1898 par Guillaume Mallet, qui a fait appel à l'architecte Edwin Lutyens et à la paysagiste Gertrude Jekyll, toujours entretenu par la famille Mallet qui en est le seul mécène, le Bois des Moutiers est aujourd'hui en difficulté financière. Il a malheureusement été mis en vente et rien ne dit qu'il continuera à être ouvert au public comme les Mallet l'ont toujours fait. A quand un classement par les Affaires Culturelles pour ce lieu magique et unique ?

samedi 12 septembre 2009

Le tigre


Il y a quelques instants, j'étais tranquillement fort occupée à ne rien faire quand ma greffe Valentine Chacureuil me tombe sur le râble, le poil ébouriffé et le regard courroucé.

- Ca ne peut plus durer comme ça, qu'elle me dit, j'en ai ma claque de risquer ma vie à chaque instant quand je me promène dans mon jardin.
- Hmmh ? Pourtant les hirondelles, tes ennemies jurées qui te tombent dessus en piqué quand tu les embêtes, sont parties que je lui rétorque.
- Nan, tu n'y es pas du tout, râle-t-elle, forcément tu ne sais rien faire de tes dix doigts, tu ne sais même pas que mes entrées privatives se coincent et que si je suis poursuivie par un tigre, crac, je me casserai le nez dessus, je ne pourrai pas me réfugier dans ma maison, le tigre me trucidera, là, contre ta chattière de malheur.

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Diable, l'heure était grave si un tigre pouvait effroyablement occire Valentine par ma faute ! Par chance, confronté à une question de vie ou de mort, mon génie du bricolage consent à s'éveiller. J'ai donc saisi mes tournevis. Dévissage des chattières et extraction des portes de la maison. Ouverture en deux, beuark, l'intérieur est plein de choses louches mais apparemment inertes, bien qu'il y ait aussi des cocons suspects. Lessivage. Démontage des portes battantes, remise en place des caoutchoucs. Auscultation. Vérification admirative du mécanisme, un système simple et ingénieux. Réajustage de l'ensemble. Zut, où ai-je rangé les vis ? Ah bien sûr, elles sont restées par terre. Revissage sur les portes. Fonctionnement impeccable. Je suis fière de mes talents.
La greffière en chef, impériale, consent à effectuer un essai et daigne accorder son feu vert.

Nous sommes heureuses de vous annoncer que désormais, à la maison des bois, les tigres se casseront les dents sur les chattières.

Illustration de Walton Ford