Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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mercredi 9 septembre 2009

Arrête ton char, Ben-Hur


chat_tricot

Cause toujours tu m'intéresses
Il n'y a pas de quoi en faire une pendule
Les chiens en lèvent la queue
Je m'en tamponne le coquillard
Je m'en fous comme de l'an quarante
Je m'assoies dessus
Je m'en lave les mains

Je n'éternuerai pas dans mes bras
Je ne me moucherai pas dans mon coude
Je ne tousserai pas sur le dos de la cuillère

Laissons pisser le mérinos

Image Cat drawing de Kliban

mardi 9 juin 2009

Allo la Terre ?

Le film Home distribué à grande échelle me laisse un vrai malaise. Je l'ai survolé d'un oeil rendu nauséeux par les travellings qui distordaient chaque plan, et d'une oreille écoeurée par le sirop qui l'enrobait.

C'est vrai, je ne suis pas très attirée par les photos de Yann Arthus-Bertrand qui exploite sans trêve son filon des vues du ciel et livre des images aussi somptueuses que lisses, aussi virtuoses qu'abstraites. Pourtant, à l'époque où il avait encore les pieds sur terre, j'aimais ses photos de lions, vivantes et drôles. Depuis la Terre vue du ciel, sa production s'est figée en consensuelles images de calendrier.

C'est sûr, le financement du projet par l'un des plus grands groupes du luxe et par un membre du showbizz, la distribution "planétaire" m'ont mise en garde. Le greenwashing a de beaux jours devant lui. François Pinault ne se gêne d'ailleurs pas pour présenter le film comme une "opération". Quand marketing et relations publiques se tiennent par la main...

Dans Home, je n'ai vu qu'une enfilade de somptueux décors de carton-pâte, un étalage des beautés intemporelles de la planète Terre, une mise en scène de la magnificence des réalisations humaines. Tout cela vu de bien haut, de bien loin, planant à mille lieux au-dessus des réalités concrètes de la vie, des problèmes quotidiens. Des images vidées de leur sens, de leur spécificité, exploitées pour produire de belles émotions esthétiques bien calibrées. Désincarnées. Publicitaires. Dont il ne restera pas grand chose. C'est mon ressenti, il se discute. Mais j'ai d'autant plus de mal à imaginer un réel effet de sensibilisation à l'écologie que le message de fond est culpabilisant. Qu'attendre d'un discours qui manie le bâton de la responsabilité individuelle et la carotte de la bonne conscience ?

Bon, même si l'idée ne m'emballe pas, je peux concevoir que ce type de film puisse après tout ouvrir le dialogue sur l'écologie. Il reste que le parti pris esthétisant m'insupporte et me rend le film détestable. Parce que la Terre idéalisée sous de splendides atours est transformée dans Home en une Terre de carte postale, filmée sous ses angles les plus sublimes et pittoresques à grande débauche d'argent et de kérozène, offerte comme un magnifique jouet à s'approprier tranquillement. J'ai du mal à circonscrire cette impression pénible, mais, par son procédé, je ne ressens pas du tout ce film comme un hommage à la beauté menacée de la nature mais profondément comme une injure aux souffrances et au pillage qu'elle endure.

Bien sûr, Yann Arthus-Bertrand n'est pas un documentariste. Les documentaristes qui font oeuvre de réflexion n'ont malheureusement pas une manne financière à leur disposition.

A lire : le billet L'écologie vue du ciel de André Gunthert
Pour sourire (ah, ça fait du bien!) : L'interview (fausse) de Yann Arthus-Bertrand, Je suis tombé de haut

vendredi 10 avril 2009

Huhu !

La loi Hadopi a été rejetée hier par l'Assemblée Nationale ! :-)

15 pour et 20 (ou 21 ?) contre. :-p

Bon, évidemment, sur 577 députés... on ne peut pas dire que le sujet mobilise ceux qui ont aussi pour fonction de voter les lois, et puis elle va ressortir du chapeau dans quelques mois, le texte n'est pas bloqué mais retardé.
Mais là, faut pas bouder son plaisir. Suis ravie ! C'est une très bonne nouvelle, et c'est une bonne baffe pour Sarko qui s'était personnellement engagé pour ses petits copains des majors.

Plus d'infos chez Maitre Eolas ici, et à la Quadrature du Net .

lundi 12 janvier 2009

La piste aux étoiles

La coutume serait d'espérer en de grandes envolées mais, par les temps qui courent, je m'en tiendrai à vous souhaiter de beaux atterrissages, tout colorés d'humour et de gaieté, tout emplis de douceur et de rage.

oiseau_bleu

Ronald Searle


Merci à vous tous de vos passages et de vos pensées. Des réponses sont certainement prévues en haut lieu, dès que ma greffe favorite consent à prendre la plume. La ménagerie d'outrelande s'affaire en silence, l'esprit aussi animé qu'un merle unijambiste.

samedi 6 décembre 2008

もののけ姫



mononoke

Vous y comprenez quelque chose, vous, à tout ça, le monde, la vie, enfin ce foutu bordel qu'est le monde ?
J'ose à peine dire que je n'y comprends rien.
Mais ce n'est pas tenable.
Pas seulement à cause des belles lurettes qui, ou bien ont compris qu'il n'y avait rien à comprendre, ou bien ont tout compris et ont réponse à tout.
Mais à cause de tous ces esprits forts, perchés hilares dans les feuillages indiscernables, présidant aux destinées impénétrables des feuillées où se meurt la misère du monde.
Je crois bien que le problème de tous les esprits forts c'est qu'ils ont les couilles prises dans un étau.
Et c'est bien ça qui les fait se démener bruyamment, éjecter brutalement.
N'empêche que j'aimerais bien serrer la vis encore un sacré tour.
Histoire de s'en débarrasser un bon coup.

Image : Princesse Mononoke - film d'animation japonais de Hayao Miyazaki

vendredi 17 octobre 2008

Ministère Intérieur contre Hamé - La Rumeur

Nous artistes, intellectuels, et citoyens, nous déclarons solidaires du groupe de rap La Rumeur, poursuivi avec acharnement et malgré deux relaxes, depuis cinq ans par le ministère de l’Intérieur pour avoir publié un texte mettant en cause les violences policières depuis plusieurs décennies en France.
Nous le faisons au nom du principe fondamental de la liberté d’expression. Mais aussi parce que nous estimons qu’il est urgent que s’ouvre enfin un débat sans tabou sur les pages sombres de l’histoire de la police française.
La justice doit reconnaître qu’il n’est pas diffamatoire de revenir sur les massacres d’octobre 1961, de Charonne, ou les bavures commises depuis les années 80.

C'est une longue, longue et révulsante affaire, dont je ne vais pas refaire le générique.
Mais redire que la plainte pour diffamation publique envers la police nationale, déposée en 2002 par le ministère de l'Intérieur alors dirigé par Nicolas Sarkozy, visait cette phrase, écrite par le leader de La Rumeur dans le fanzine accompagnant la sortie de l'Ombre sur la mesure, l'un des albums fondateurs du rap français : Les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. Comme Hamé l'a expliqué à la barre, celle-ci fait référence aux victimes du 17 octobre 1961, où la police parisienne du préfet Papon est accusée d'avoir tué des manifestants algériens, en passant par le décès emblématique de Malik Oussékine en 1986 jusqu'à des bavures plus récentes :

Et redire aussi l'acharnement avec lequel Hamé est poursuivi depuis 5 ans. Relaxé une première fois en 2004, à nouveau attaqué, jugé et relaxé en 2006. Jugement favorable cassé en 2007 par la Cour de cassation. Hamé se pourvoit devant la Cour d'appel de Versailles qui prononce le 23 septembre 2008 une nouvelle relaxe en sa faveur. Trois jours plus tard, l'Etat se pourvoie à nouveau en cassation. Un second pourvoi suite à une cassation en matière de presse, a dit l'avocat de Hamé, je ne suis même pas sûr qu’il y en ait déjà eu un depuis l’écriture de la loi de 1881.

La Rumeur est un groupe de rap engagé contre le racisme et les injustices sociales. Le premier à poser un regard véritablement historique et politique sur sa propre situation de fils d’immigrés.

Le site de La Rumeur
Un article du Monde Diplomatique
Un article de Acontresens

jeudi 16 octobre 2008

Sifflons un bon coup

J'ai habité toute petite rue Rouget de Lisle à Casablanca. Ma grand-mère a vécu à la Belle de Mai à Marseille et y a rencontré mon grand-père. Ma mère est née à Marseille. Les enfants se font de drôles d'idées des choses et s'amusent à des rapprochements, je me racontais donc avec une certaine fierté que le compositeur de l'hymne national faisait partie de ma famille. Je croyais que l'on était tous frères, tous proches. Pourtant La Marseillaise m'a toujours glacée. Peut-être bien que c'était un chant révolutionnaire au départ, mais j'ai toujours peiné à me reconnaître dans ces accents guerriers sanguinolents (beurk, cette chasse au sang "impur" pour abreuver les sillons). Peut-être bien aussi que je n'aime pas les hymnes nationaux. Mais c'est une autre histoire.

Ne voilà-t-il pas que huit Français sur dix sont choqués parce que La Marseillaise est sifflée pendant un match de foot ! Que tout le corps politique s'agite, interdisant à tour de bras, prêt à embastiller le moindre voyou qui oserait contester La Marseillaise ! Que nos bonnes vieilles valeurs patriotiques sont en péril ! Que les media se démènent pour en faire leurs gros titres ! Mais nos zélés dirigeants n'ont-ils pas plutôt à s'occuper d'une gigantesque crise économique ? Mais non, voyons, ils ne cherchent pas à faire diversion ni à ressouder le bon peuple autour des idéaux bien de chez nous. A force de brasser dans le vent des milliards et des milliards de monnaie virtuelle ils ont fini de dilapider le peu d'intelligence qui leur restait.

Avec les quatre greffiers aux trompettes, je mets mes deux doigts dans la bouche et je siffle Allons zenfants de la patrie, je siffle à tue-tête. Ah ça fait du bien ! A travers ce symbole de mon pays, je siffle la France qui me révulse, je siffle la France qui a créé un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, je siffle la France qui juge au faciès, je conspue la France qui fait la chasse aux hommes.

lundi 14 juillet 2008

Les maîtres du monde

Vous les avez vus ceux qui se croient les maîtres du monde ?
Ces gens-là se prennent pour le bon dieu, ils savent comment tout se passe, ils sont tellement intelligents, ils n'ont de leçons à recevoir de personne, ils ont tout compris.
Ils connaissent la vie. Ils la connaissent sous tous ses aspects. Ils ont tout vu, tout connu.
Ils peuvent se mettre à la place de tout le monde, rien ne les arrête. Ils n'hésitent pas à parler en mon nom, en notre nom !
Ils ont commencé petits mais maintenant qu'ils sont gros et même très gros, ils n'ont pas varié.
Ils sont bien portants, bien astiqués. Ils ont des visages bien reposés, des chairs fermes, des regards assurés.
Ils parlent bien, ils ont un langage châtié, ils ne jurent pas, ils sont polis... oui enfin il y a quelques exceptions.
Ils ont des objectifs chiffrés et ventilés à respecter, ils excluent, ils cassent, ils mutilent, ils ont leur conscience pour eux et ce n'est pas elle qui va les empêcher de dormir.
Mais en vrai, ils n'ont pas d'âme. Ils ne s'en cachent pas, ils le disent carrément : je n'ai pas d'états d'âme.
Alors le monde leur filera entre les doigts. Ils n'ont rien compris à rien.

herisson_norstein

Car le monde appartient aux simples d'esprit, le monde appartient à ceux qui ont les mains dans les poches et l'âme en bandoulière.
C'est toute la différence entre être au monde et être les maîtres du monde.

Image de Youri Norstein, tirée du film d'animation "Le hérisson dans le brouillard"

vendredi 18 avril 2008

Le nom du monde est forêt


naissance

Naissance - Photographie de Fabrice Cahez

Je suis un arbre sec. Mais ne vous y trompez pas. Je suis un arbre sec qui donne des fruits secs. Directement. Vous voyez l'intérêt, n'est-ce pas ? Je suis un mutant pour l'industrie agroalimentaire. Mais attention, je ne suis pas un abricotier qui donnerait des abricots secs ou une vigne qui donnerait des raisins de Corinthe, non, je fais de tout. Je donne tous les fruits secs possibles, les figues, les bananes séchées, les cacahuètes grillées... Il y a de savants botanistes qui cherchent à me miniaturiser pour que chacun ait sur sa table un arbre à fruits secs pour l'apéro.

Il faut vous dire qu'un arbre, c'est tous les arbres.
On peut les abattre, les couper, les brûler, les modifier, cela ne changera rien. Ils attendent. La patience de l'arbre dépasse l'entendement de l'homme.
Ils attendent le jour où ils renaîtront. Songeant aux avenirs d'éternité qui ne seront jamais les nôtres.


Merci à Fabrice Cahez photographe de nature, et à Ursula Le Guin pour le titre

samedi 5 avril 2008

Tourne manège

Je me croyais bien futée.
Je pensais que je pouvais interpeller les autres.
Leur demander pourquoi
Ils tournaient en rond comme des chevaux de bois sur des aires de battage.
Comme si moi-même je n'appartenais pas à cette maudite confrérie équine.
Comme si je n'étais pas un de ces derviches tourneurs
Qui creusent l'ornière où ils s'amenuisent à mort.
Il faut me le mettre une bonne fois pour toute dans la tête.
Le monde des hommes est une machine sur laquelle il n'y a pas de marche arrière.