Le film Home distribué à grande échelle me laisse un vrai malaise. Je l'ai survolé d'un oeil rendu nauséeux par les travellings qui distordaient chaque plan, et d'une oreille écoeurée par le sirop qui l'enrobait.
C'est vrai, je ne suis pas très attirée par les photos de Yann Arthus-Bertrand qui exploite sans trêve son filon des vues du ciel et livre des images aussi somptueuses que lisses, aussi virtuoses qu'abstraites. Pourtant, à l'époque où il avait encore les pieds sur terre, j'aimais ses photos de lions, vivantes et drôles. Depuis la Terre vue du ciel, sa production s'est figée en consensuelles images de calendrier.
C'est sûr, le financement du projet par l'un des plus grands groupes du luxe et par un membre du showbizz, la distribution "planétaire" m'ont mise en garde. Le greenwashing a de beaux jours devant lui. François Pinault ne se gêne d'ailleurs pas pour présenter le film comme une "opération". Quand marketing et relations publiques se tiennent par la main...
Dans Home, je n'ai vu qu'une enfilade de somptueux décors de carton-pâte, un étalage des beautés intemporelles de la planète Terre, une mise en scène de la magnificence des réalisations humaines. Tout cela vu de bien haut, de bien loin, planant à mille lieux au-dessus des réalités concrètes de la vie, des problèmes quotidiens. Des images vidées de leur sens, de leur spécificité, exploitées pour produire de belles émotions esthétiques bien calibrées. Désincarnées. Publicitaires. Dont il ne restera pas grand chose. C'est mon ressenti, il se discute. Mais j'ai d'autant plus de mal à imaginer un réel effet de sensibilisation à l'écologie que le message de fond est culpabilisant. Qu'attendre d'un discours qui manie le bâton de la responsabilité individuelle et la carotte de la bonne conscience ?
Bon, même si l'idée ne m'emballe pas, je peux concevoir que ce type de film puisse après tout ouvrir le dialogue sur l'écologie. Il reste que le parti pris esthétisant m'insupporte et me rend le film détestable. Parce que la Terre idéalisée sous de splendides atours est transformée dans Home en une Terre de carte postale, filmée sous ses angles les plus sublimes et pittoresques à grande débauche d'argent et de kérozène, offerte comme un magnifique jouet à s'approprier tranquillement. J'ai du mal à circonscrire cette impression pénible, mais, par son procédé, je ne ressens pas du tout ce film comme un hommage à la beauté menacée de la nature mais profondément comme une injure aux souffrances et au pillage qu'elle endure.
Bien sûr, Yann Arthus-Bertrand n'est pas un documentariste. Les documentaristes qui font oeuvre de réflexion n'ont malheureusement pas une manne financière à leur disposition.
A lire : le billet L'écologie vue du ciel de André Gunthert
Pour sourire (ah, ça fait du bien!) : L'interview (fausse) de Yann Arthus-Bertrand, Je suis tombé de haut
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