Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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Paysages intérieurs

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dimanche 24 janvier 2010

Un lapin passe au galop


floyd5.jpg

Puisque les écrevisses marchent à reculons, le présent pour elles est toujours un passé qui s'éloigne avec douceur tandis que l'avenir s'éclôt à tout instant comme une intacte surprise. Ah ! quel charme de vie.

Les Écrevisses de Norge
Le sac à Malices in Poésies 1923-1988 chez Poésie/Gallimard


Le dessin ? Non ce n'est pas une écrevisse. J'aurais pu, j'en ai admiré une fort belle, toute éclairée de bleu ou bien de rose. Mais un lapin m'a fait les yeux doux. Et je ne résiste pas à un lapin ni au joyeux coup de patte de l'artiste qui l'a croqué. J'aime vagabonder avec les lapins, ces compagnons des clairs de lune de l'imaginaire, qui gambadent la nuit comme les chats, en de furtifs jeux d'ombre et lumière.

Illustration de Madeleine Floyd, son site est .

samedi 16 janvier 2010

Terres incertaines


eldrigevicius.jpg

Lorsque je descends en moi, je ne trouve pas de moi
Ce que je trouve, ce sont les autres
Tantôt l'un, tantôt l'autre, tantôt les foules
Et les mots que je leur adresse, et les discours qu'ils me tiennent
Descendre en moi, c'est trouver le monde
Le monde installé dans ce que je croyais être mon for intérieur
Est-ce que cela voudrait dire que je ne m'appartiens pas ?


Illustration : The Land of the Hundred and Fifth Secret, de Stasys Eldrigevicius, graphiste, illustrateur et peintre (via Polish Poster Gallery)
Le site de Stasys Eldrigevicius

samedi 9 janvier 2010

D'un noeud

Ce que j'aimerais tant un jour serait que, devant un problème concret du quotidien, petit ou grand, avec ou pas son cortège de tracasseries diverses à résoudre voire de soucis financiers à encaisser, un amoureux me dise :

''Ne t'inquiète pas, j'en fais mon affaire, ça, je m'en occupe !''

Et bien sûr, passe à l'acte. Cela m'est si peu arrivé dans ma vie sentimentale que je garde le souvenir de chacune de ces fois où j'ai su ou bien voulu me reposer sur un homme, m'abandonner à une prise en charge matérielle, même toute petite petite, même un coup de scie sauteuse sur une planche à poser dans un placard.

Mortecouille,[1] qu'est-ce qui en moi m'incline à décourager ce type d'aide ? Parce qu'il est bien entendu que l'homme qui a partagé mon existence et ceux qui l'ont simplement traversée ont vite été fort enchantés de ne pas avoir à mettre les mains dans le cambouis de la vie courante. Puisque je m'en débrouille si bien toute seule.
Pourquoi est-ce que j'offre à un homme la possibilité de se retirer du jeu des embûches du quotidien en ne lui réclamant pas assistance quand ce serait utile ? Alors que je me sens aussi indéterminée et fragile que l'oiseau sur la branche, aussi peu intéressée qu'une moule par un quelconque pouvoir domestique, qu'est-ce qui me pousse à vouloir "faire" toute seule, à prétendre n'avoir besoin de personne dès lors que je suis affectivement liée ?

Cette indépendance matérielle revendiquée ne serait-elle en fait que le masque d'une dépendance amoureuse refusée ou si mal assumée ?

Parce que les coups de main, dès qu'ils se placent dans le contexte amical, que je les demande ou pas, mes amis et amies savent me les donner, et non seulement ils me soulagent grandement, mais j'accepte avec émotion une attention dont je suis plus qu'heureuse.

En écho à un ancien billet de Leeloolène à propos des remparts que nous bâtissons autour de nous et contre lesquels nous nous cognons sans répit Ou des nœuds que nous avons à cœur de bien serrer et qui nous entravent.



Notes

[1] copyright Dr. CaSo, une expression qui me plaît trop

jeudi 24 septembre 2009

J'aime les fragments


anhui

Huangshan Mountains, Anhui, China, de Michael Kenna


J'étais au sommet du plateau, à cet endroit précis où la ligne de la terre rejoint le ciel dans la lumière déchirante de l'automne. A la croisée d'un impossible commencement, j'écoutais en moi quelque chose qui cogne. Coups feutrés qui tâtonnent et s'évanouissent. Je me sentais si loin de tout, si complétement étrangère. J'essayais de m'envoler couchée sur le paysage. Eprouvant de chaque particule de mon corps les couleurs, les formes, les branches mortes, les feuilles rousses, la ligne incertaine de la route, où parfois cheminent lentement un tracteur, une motocyclette miniature sur laquelle je voudrais être pour regarder l'autre face du monde. Cette impossible folie d'y être et de n'y être pas, d'être ici et là-bas. Les yeux croisés sur les cris des busards. Les oreilles envahies par le bourdonnement des herbes, les milles friselis de l'air rayé de tant d'efforts minuscules. L'étranglement soudain du cœur. Je veux me perdre dans l'instant. Enfiler les secondes comme des perles étincelantes dans le crissement de l'éternité.

Le site du photographe Michael Kenna ici

vendredi 21 août 2009

Accrocs du temps


maison_dhiver

Parfois je passe des barrières de feu
Des fleuves m'emportent que je ne sais pas nommer
Je ne peux rien saisir, l'air se dérobe à chaque mot
Ma mémoire évadée court loin de ma tête
Dans l'espace, dans l'étendue, dans les objets, dans les rues
Dans ce train qui passe au kilomètre onze alors que les premiers flocons de neige s'agrippent au sol, aux buissons, aux maisons
Lentement ma vie se désenlace de l'étreinte des souvenirs


Maison d'hiver de Stanislao Lepri
(huile sur toile)

Edit du 1er septembre : loupiotte a donné vie à mon train fantôme et l'a empli des mots et trésors que j'aurais aimé y trouver, à lire en vagabondant sur ce rail

vendredi 7 août 2009

Au clair de la lune


rhino

... mon ami Pierrot, prête moi ta plume pour écrire un mot...

Certains lancent des cris de chat sous le sable pour taquiner le bruit du vent
Ils inscrivent sans le savoir l'inépuisable trace des poèmes
D'autres ébranlent des armées d'esclaves pour bâtir de mortels livres de pierre
Ils les appellent les Pyramides, les Cathédrales, Angkor Vat, Palenque, ou Athénes
Je me réveille la nuit, je griffonne à la lueur des premiers jours
Et les écrits s'émiettent
Je cours la campagne, je rattache le rêve à la réalité
Et le rêve s'en va
Je dors, la tête pleine d'images fracassantes
Et les images sont fracassées
Quelque part, un soleil gris s'élève qui brûle tout sur son passage

Le rhinocéros et son reflet de Stanislao Lepri
(sépia et encre noire sur papier, 1980)

lundi 6 juillet 2009

Le long de ton cou

Je reniflerai ton odeur. Je presserai doucement mon corps contre le tien pour le tatouer à ton encre olfactive. Je broderai des contes au parfum sensoriel de ma mémoire de toi.

Dans ton cou, j'aimerais caresser l'odeur de ta peau. Je frotterai mes doigts à la rouille poussiéreuse des greniers de l'été. Je les enduirai du parfum onctueux de la poudre neuve et de l'huile froide, je les alourdirai de la résine poisseuse des pommes de pin. Je laverai mes paumes à ta fraîcheur. Puis je partirai dans un lointain voyage. Je sentirai la moiteur d'une savane nigérienne sous les trombes d'un orage. Je suivrai le sillage ambré d'un port grec au soleil couchant de juillet. Tu aurais une odeur de soleil et d'eau pure. Et tandis que mes doigts s'apaiseraient contre la douceur givrée de ton ventre, je pourrai lécher sur tes lèvres une senteur anisée d'ouzo.

Dans ton cou, j'aimerais boire l'odeur de ton sexe. M'assouvir de ses puissants fumets. Fronçant le nez comme un chat, je laisserai ces arômes nicher sous mon palais, de la pointe de la langue je saurai un à un les défaire puis les recomposer en vibrants assemblages. J'éprouverai les palpitations savoureuses de leurs barbares exhalaisons, les exquis frémissements de leurs fringants accords. Je sentirai s'épandre leurs clairs volutes. Tu aurais une odeur perlée de citron et de chèvrefeuille. J'en agripperai les émanations au creux de moi, jouissant du fondant tiède et de l'acide âpreté.

Dans ton cou, j'aimerais être ton odeur animale. J'épouserai la saveur liquide de sel glissant que dessine dans l'air le bond du poisson chat. Le souffle musqué de la chauve-souris sur l'aile croquante des papillons de nuit. Le râle mâtiné d'herbes fraichement mâchées que murmure le lièvre harponnant tendrement la hase. Je te mordrai un peu. Je sentirai tout ton corps, tes muscles, tes os, ta peau. Tu aurais une odeur de forêt et de vent. Je viendrai à toi. Ce serait comme si un vol de ramiers noirs m'emportait au profond pays des aurores boréales.

rouille
Une magnifique douceur pèserait sur nous. Dans les odeurs de ton cou, je te garderai bien serré. Il serait temps de nous endormir. J'irai fermer la porte. Je jetterai la clé. Je ne te laisserai plus partir.

Photographie "Une étude en rouille" de Anita
Merci Anita.

jeudi 25 juin 2009

Je suis plonk

C'est très gentil de vous enquérir de ce que je deviens, mais je ne deviens tout simplement rien. Effectivement je ne suis pas descendue des nuages. Je brasse du vent, je plume des émotions, j'étouffe dans l'oeuf des rumeurs poisseuses, je tricote de la brume joyeuse. Et je me réjouis toujours en compagnie d'Henri Michaux. Sous son aile immense, j'entremêle les sales lamelles des sentiments. Les couches se superposent ou s'infiltrent. Une larme de rires et une goutte de pleurs, un pied de nez et un coup de dent, une pincée de tendresse et une ligne d'amertume, un pli d'amour et une feuille d'indifférence. Dur dehors et doux dedans dit-il. Mais pour moi je crois bien que c'est largement le contraire.

Je suis gong

Dans le chant de ma colère, il y a un œuf,
Et dans cet œuf il y a ma mère, mon père et mes enfants,
Et dans ce tout il y a joie et tristesse mêlées, et vie.
Grosses tempêtes qui m'avez secouru,
Beau soleil qui m'as contrecarré,
Il y a haine en moi, forte et de date ancienne,
Et pour la beauté on verra plus tard.
Je ne suis, en effet, devenu dur que par lamelles;
Si l'on savait comme je suis resté moelleux au fond.
Je suis gong et ouate et chant neigeux,
Je le dis et j'en suis sûr.

Henri Michaux in Mes propriétés
La nuit remue - Poésie / Gallimard

lundi 16 mars 2009

Porte-bonheur

Je fais un petit billet avec mon commentaire écrit ce matin (huhu, rien ne se perd).

Coucou à vous, merci de vos passages et de vos pensées. J'ai une telle montagne de papelards à écrire que je ne peux plus écrire ici. D'un autre côté, je n'ai rien à dire, alors ça tombe plutôt bien. :-p

Mon esprit vide et troué part en quenouille, si si ça se peut ! P'têtre que ça reviendra, que le désir reviendra, sûrement même, que cette sensation d'inutile s'estompera, et surtout que des idées me viendront en tête, un vent mauvais a tout emporté et tout emmêlé. Fatigue dans la tête, manque au cœur, travail et tout(x) ça par-dessus. Besoin de m'asseoir au bord de la mer, là-bas dans le Sud ou bien de vagabonder dans la forêt où je me dis que les primevères sauvages sont en train d'envahir les talus sans moi. Juste m'en donner le temps.

Mais sinon, je ne voulais pas du tout faire un billet de jérémiades. Parce que je sais que l'énergie refera signe.
(en plus, l'expérience me souffle qu'il suffit de crier : blog pause ! pour que hop, ça reparte)

A bientôt. Oui oui, à bientôt, pas envie de lâcher !

renardeau

Porte-bonheur de Fabrice Cahez

Portez-vous bien. Je vous embrasse et Valentine Chacureuil vous envoie des ronronnades printanières.

Faute de pouvoir pour l'instant courir les bois, je flâne chez le photographe animalier Fabrice Cahez, ici. Et là-bas, je sens que je continue de vivre car tout simplement je vibre et je m'émerveille.

dimanche 25 janvier 2009

Grrrrrrrraouh

Zut, la tempête n'est pas passée là où j'aurais voulu. A chaque annonce de grande violence météorologique, j'ai quelques espoirs. Trois personnes me sont en travers de la gorge (tousse, tousse, tousse), enfin un peu plus mais disons que cela représente trois foyers. J'ai cessé de projeter leur mort dans les pires souffrances (oui, je suis une rancunière féroce quand je me sens salopement trahie mais je me calme). Quand même, de temps en temps je souhaite qu'une bonne tuile leur tombe sur la tête, pas un accident physique ni une cruelle maladie, non, mais une bonne tuile. Par exemple, que le toit de leur maison soit arraché par une tornade extrêmement localisée pile sur la maison de chacun. Évidemment, quelques jours avant, ce serait bien que les égouts de toute la ville se soient déversés chez eux en inondant le rez-de chaussée, qu'ils aient été obligés de mettre pieds et mains dans les immondices pour nettoyer. Après, j'hésite un peu entre les affecter d'une gastro foudroyante ou d'une grippe exténuante, alors peut-être la gastro et une fois bien lessivés, hop la grippe. Ha, ça me fait plaisir, franchement ça me soulage.
C'est comme ça, mais le pardon ne passera pas par moi. 8-)