Parcelles d'étang
Par meerkat le dimanche 4 novembre 2007, 09:09 - Ballade de Sevi
Je me souviens, je me souviens...
Tant de fils de la vierge empêtrés dans ma cervelle idiote,
que je voudrais sagement coller dans mon cahier de textes.
A quoi bon ? Je ne pourrais plus bouger, prisonnière des lignes.
Que les souvenirs me terrassent pieds et mains,
qu'ils me jettent, bancroche, aux porches des néants.
J'ai un trou de plus quelque part dans mon corps,
qui fait eau dans le flot du temps qui passe.

Commentaires
Joli mot "bancroche", très imagé
Bonjour Catherine, fan de lexique ?
Je crois qu'on a le choix : tuer ses souvenirs en les figeant sur le papier et en les offrant parfois en pâture aux autres. ou les garder vivants au chaud au fond de soi, au risque qu'ils vous assaillent de temps en temps, au risque de la douleur
Je partage....bises
Merci pour ce texte... Je ne connaissais pas 'bancroche' non plus (serait-ce de là que vient le québecois "croche" ?)
L'âne onyme, des fois, j'aimerais bien que les souvenirs se figent, parfois ils se calment d'ailleurs, et parfois ils trépignent et c'est un peu pénible. D'un autre côté, ils font partie de moi et je ne souhaite pas les laisser en route. Ils s'entremêlent au présent.
Mamicha
Dieudeschats, finalement, on se trimballe tous nos souvenirs, on dirait. Tant mieux dans le fond, sinon on ne serait que des pages vides.
Bancroche vient de "banc" (bancal) et de l'ancien adjectif "croche" = crochu (croc), me dit Le Roberto. Ne sait si c'est allé jusqu'au Canada ?
Un trou... qui fait eau dans le flot du temps qui passe...
ça c'est génial ! J'adore !
Meerkat, laisse ces fils se balancer... Très beau ce texte.
Domestiquer ces souvenirs-là, ou tenter de le faire sur un page blanche, c'est vouloir "chevaucher tes démons"...Toi seule peux savoir quand tu y seras vraiment prête.
D'ici-là, ces toiles que tu nous montres sont d'une telle beauté...
C'est superbe et ca me touche profondémment Meerkat, mes souvenirs d'enfance ceux que j'aurais voulu garder au creux de ma mémoire bien au chaud s'en sont allés et ils ont laissé un grand vide ! Comment le remplir ?
Partager ses souvenirs est-ce s'en défaire pour toujours? J'ai eu cette très angoissante sensation parfois... et ce corps qui fait eau ... c'est une image très inattendue! Elle ne me parle pas d'une perte de substance mais du corps comme un esquif qui sombre et se remplit de... néant? Merci pour ces mots.
Naya, vraiment contente que tu sois sensible à cette phrase, toujours étonnant comment une association d'idées arrive, en fait on ne sait pas comment tout d'un coup un bout de phrase prend forme.
Fauvette, merci, oui la toile des souvenirs se balance, les fils s'échappent et se tissent, et c'est très bien comme ça, c'est ma balançoire du passé.
Lise, merci aussi, je ne dirais pas que mes souvenirs sont des démons intérieurs (les angoisses oui, mais elles c'est autre chose). Mes souvenirs sont surtout liés à ceux qui ne sont plus, à ce qui n'existe plus. C'est parfois très douloureux parce que c'est un sentiment de perte, mais c'est aussi d'une grande richesse. Parfois comme une prèsence qui m'accompagne. Un espoir aussi. Saudade, quoi !
Jipes, je suis très touchée de ce que tu dis. Rien ne remplace tout ce qui nous a aidé à nous bâtir et à vivre enfant. Mais il y a les rêves d'aujourd'hui et tu n'en manques pas, et des souvenirs, nous nous en fabriquons tous les jours.
Apprentie, partager des souvenirs, c'est tout simplement les faire vivre je crois. Parfois leur donner une autre dimension.
Ce que tu dis sur le corps qui sombre et se remplit de néant me fait cogiter, bien sûr je n'y avais pas pensé. A la réflexion, à partir de ton interprétation, je verrai plutôt ce corps comme le support d'un échange de flux temporel, entre passé et présent (oui parce que le futur, je ne sais pas m'y projeter). Bon, j'y pense encore, merci à toi.
Débarqué ici par erreur. Lu cette note. Magnifique.
Je reviendrai.
É.