Le vagabond des rêves
Par meerkat le dimanche 11 mai 2008, 14:47 - Ballade de Sevi

Je l'ai rencontré un soir, silencieux et intense, croisement de loup et de cigale, croissants de lune dans les yeux.
Il était poseur d'interrogations, comme il y a des poseurs de traverses et des poseurs de lignes.
Il était convaincu qu'il était innombrable, comme autrefois la meute. La multitude ne l'avait pas quitté. Tous les humbles fantômes, toutes les langues de la terre pouvaient parler en lui. Il aimait conjuguer le monde à tous les verbes et à tous les temps.
Il était à l'écoute des instants. Le chasseur qui s'était éveillé en lui était de ceux qui ne veulent pas tuer mais saisir la vie, il laissait la vie courir au fil du temps qui passe.
Il était guetteur d'apparences. Passant au revers des choses, il se glissait sur des versants inexplorés, cherchant à éclairer la vie et les hommes sous des jours toujours nouveaux. Il était rassembleur de paroles, accordeur de sens et de sonorités.
Il allait, jamais au pas, dévorant des kilomètres d'éternité. Il parcourait les rues et les nuits et, de ces milliers de détails pêchés au hasard de sa quête, il faisait une œuvre qu'il ne savait nommer. Il utilisait bien pour ce faire du papier, de l'encre, des mots, des phrases, des objets, mais cela n'avait rien à voir avec ce que l'on peut en écrire. Ecrire c'est coucher sur le papier, la vie ne se couchait pas.
Il parlait peu, mais volontiers pour ne rien dire, il s'amusait de donner à voir des vessies pour des lanternes, d'attiser le feu sous les braises.
Il se demandait toujours comment on avait inventé l'écriture, quelle main incertaine avait tracé les premiers traits. Il se disait que la chevauchée des pattes de loups courant dans la steppe avait dessiné les débuts du chemin des mots.
Il aurait sans doute aimé écrire sur les murs d'une ville et regarder les hommes suivre la ligne d'écriture, passant d'une rue à l'autre. Ecrire sur la terre et regarder les hommes lire, marchant la tête penchée.
Il s'émerveillait toujours des jeux. Qu'ils soient de langage ou d'amour, les jeux le faisaient rire aux larmes. Rires et larmes. Comme la vie. Comme sa vie.
Il a changé de monde. Une aventure sans réplique. Son cœur immense a empli son corps.
Il avait tout compris de moi. Je commence seulement à mieux le comprendre.
Illustration : Aladdin de Thomas Mackenzie, via le merveilleux site Spirit of the Ages (merci à l'Arpenteuse)

Commentaires
Je te lis...
Le côté attachant de ce loup vagabond ressort bien dans ce portrait tracé par une plume très inspirée, trempée dans l'encre inaltérable du souvenir. La vie y est si palpable qu'on aimerait lui emboîter le pas et faire un bout de chemin avec lui sur les sentiers de la connaissance. Peut-être qu'un jour viendra où ce portrait sera la première page d'un livre à la mémoire de cet être exceptionnel. Même si la vie ne se couche pas, le rêve, quant à lui, ne demande qu'à s'allonger, voire à se prolonger...
Valérie, que tu me lises, j'en suis très touchée, vraiment, car je pense que ce n'est pas forcément un billet facile.
Kinkapricorne, merci de ton regard, j'en suis aussi très touchée. Un loup qui écrivait et qui était plus qu'attachant oui, oui. Bien que... très très très compliqué aussi. La fragilité et les doutes d'un artiste au jour le jour eh beh... pas toujours facile.
En tout cas, je suis heureuse que les souvenirs restent si présents et que non seulement les liens demeurent mais se tissent d'une autre manière. Il y a comme un approfondissement, que le recul rend curieusement possible. Comme un approfondissement plus authentique, car il n'y a plus les grincements de la vie quotidienne. J'ai vraiment l'impression de mieux saisir ce qui comptait pour lui. Mais c'est aussi que je me plonge dans ses écrits, ce que je ne faisais pas. De là à écrire un livre, sûrement pas !
Enfin bref, j'essaie de me dire que tant qu'il y a de la vie, il faudrait toujours se montrer plus ouvert à l'autre et aux autres. Pas toujours bien évident pour une lynxxe.
Eh, je cherche killme (yeah), je m inquiète beaucoup (yeah bab') car je ne l ai pas vu depuis longtemps (baby yeah baby), il est peut être resté coincé (yeah) dans sa chaise (roll over baby) à cause de ses rhumatismes (baby) :)
Si tu aimes , les illustrations de Virginia Frances Sterrett devraient te plaire. Les miniatures persanes aussi sans doute, le musée de Téhéran en présente toute une exposition sur son site. Pour ma part j'ai toujours aimé .
est l'histoire que je préfère (à mon avis ce conte comporte beaucoup d'éléments d'alchimie spirituelle en rapport avec le processus d'individuation).
Un passant qui eut, tout juste, le temps de vivre, et dont la foule garde la trace, sans même s'en apercevoir. Ceux qui ont aimé un de ces passant là savent sentir le froid d'un monde où ils n'auraient pas été, mais peinent à dire le monde où ils ne sont plus. Je t'embrasse.
Nom, tiens, une chanson qui trolle !
Kinkapricorne tu as vu juste bien sûr, j'aime beaucoup les illustrations de Virginia Frances et encore plus celles d'Aladin (je ne connaissais ni les unes ni les autres). Mais pas toujours les miniatures persanes; Grâce à l'Arpenteuse, j'ai découvert tous ces illustrateurs et les enluminures du Bestiaire, et j'ai passé de longs moments à savourer tout cela ce week-end. Va falloir que je relise Aladin et le fameux Sésame.
Anita, je t'embrasse aussi. Le monde garde de belles couleurs, même s'il faut parfois un peu de temps pour en ressentir la chaleur.
Cassim, le frère d'Ali Baba, s'il avait consommé du sésame avant de se laisser enfermer dans la caverne des voleurs aurait dû se souvenir de la célèbre formule qui lui avait permis d'y entrer. Cette graine contient de la lécithine utile au bon fonctionnement de la mémoire. Elle aurait aidé Cassim à se souvenir de la formule pour ressortir de la caverne et lui aurait peut-être aussi sauvé la vie puisque, en Inde, les graines de sésame sont considérées comme un symbole d'immortalité.
Si tu aimes les contes pour les grandes filles qui aiment rêver, il y a aussi Frédéric Clément, poète illustrateur zinzin et délicat :
Le collier : Epuisé mais se trouve dans toute médiathèque qui se respecte
Ou sa version d'un des contes des 1001 nuits
On le visite ici ou là
Ah, si j'avais eu une fille, c'est dans ses livres qu'elle aurait appris à lire, pas dans l'Ancien Testament, et qui sais, par réaction elle se serait fait nonette, enfin...
plutôt comme ça
Pff, la honte sur ma tête
Bizzz
Trop émue pour faire autre chose que me taire ces derniers jours devant ce portrait plein d'amour. Je t'embrasse
Kinka et l'Arpenteuse, merci de toutes ces échappées... le beau Cassim
et tous les défilés des coeurs
... je rêve un peu et c'est bien bien agréable. L'Arpenteuse, je préfère et de loin ta première nonette, et rien que les couvertures des livres sont une invitation au voyage. Pfiou, merdum quand je vois la pile de machins à bosser que j'ai sur mon bureau.
Lise, je suis heureuse de faire un peu partager. Ce que je disais à Kinkapricorne, le temps apaise et c'est bien de sentir que l'on porte toujours en soi les personnes que l'on a aimées, et qui même s'éclairent et s'approfondissent.
Des bises à vous les filles et merci d'être là !
Beau week-end.
Meerkat, ton mail m'a fait plaisir, je le garde bien au chaud et j'y réponds bientôt.
Faut rigoler, pour empêcher le ciel de tomber.
Bon courage pour la pile de chozaékrir et bon ouikinde, je t'embrasse.
Kinkakichauffe


Bon samedi à toi !
Mais ne compte pas me convertir aux cornemuses en dépit de mes origines !