Quand je n'étais pas très grande (disons entre 5 et 10 ans), je n'ai jamais cru au Père Noël, tout simplement parce que chez moi, le Pére Noël était vraiment un personnage des contes et puis comme ma mère me faisait choisir les cadeaux que j'étais censée offrir aux personnes de la famille, eh bien ce ne pouvait pas être le Père Noël qui les déposait dans la cheminée, cheminée dont nous n'avions nul besoin en Afrique. Par contre...

Je croyais que l'on pouvait attraper un oiseau en déposant quelques grains de sel sur sa queue, et je me suis promenée un certain temps avec une salière dans la poche, et sans pouvoir vérifier la chose car je n'ai jamais pu approcher un piaf d'assez près.

Je croyais quand mon beau-père m'a dit à l'heure du coucher : ce soir je t'emmène au Lion d'Or, que nous allions partir à une fête fabuleuse, avant de réaliser que c'était juste au lit on dort, et de déchanter. Evidemment cela n'a marché qu'une fois mais si j'en ai gardé une certaine défiance envers les promesses des adultes, il m'est resté un goût pour les jeux avec les mots et leurs sonorités, et ça c'était plutôt bien.

AL_mitsou.jpg Je croyais que les héros de mes livres existaient dans un monde parallèle et qu'un jour ils franchiraient la frontière qui nous séparait, que David Crockett m'emmènerait chez les Indiens, que je chasserais le castor avec le petit Roddy, et aussi que les animaux de la grande ferme en plastique avec lesquels je jouais pendant des heures voudraient bien un matin me raconter les aventures qu'ils vivaient la nuit pendant que je dormais.

Je croyais que je comprenais la langue des chats. J'avais de grandes conversations très amusantes avec Mitsou, mon premier greffier, un africain tigré. Quand même, ça continue. Mais avec Valentine Chacureuil, c'est de philosophie que l'on cause.

Je croyais que j'avais les dents du bonheur. Beh non, elles étaient juste dérangées parce que je suçais mon pouce, et j'ai dû porter des tas d'appareils qui ont plus ou moins amélioré la situation (quand je me suis retrouvée interne, enfermée entre quatre murs, c'était l'excuse en or pour avoir une permission de sortie quand les autres planchaient laborieusement à l'étude, et donc j'aimais bien le dentiste).

Je croyais que les mathématiques étaient des histoires très drôles avec des quarts et des moitiés de tarte aux pommes à croquer, des allumettes qui se couraient derrière à empiler en tas, des piquets de clôture à poser à un bout ou à l'autre du champ pour que le cheval n'aille pas conter fleurette aux vaches d'à côté. Cruelle désillusion, c'était en réalité tellement plus compliqué que c'est toujours resté une énigme. Mais, cela viendra, je comprendrai pourquoi et comment y = ax quelque chose au cube.

Je croyais que mon premier cartable en cuir était vivant car il était fait d'une peau de bête, je le cachais dans mon dos pour ne pas devoir l'accrocher par la tête aux porte-manteaux du couloir car je ne voulais pas qu'il souffre séparé de moi. J'ai été punie à maintes reprises, pas à dire dès le cours préparatoire mes relations avec le corps professoral ont démarré sous de mauvais auspices.

Je croyais quand je m'amusais à sauter en l'air, que je m'élevais dans le ciel et que j'y restais comme suspendue tant la sensation de liberté et la joie du mouvement me tournaient la tête.

Je croyais que je voulais être un garçon, qu'il suffisait d'avoir les cheveux courts, de ne porter que des jeans, de courir vite et de ne pas pleurer pour en être un. Je m'entraînais sérieusement et rien ne me faisait plus plaisir que lorsque des grandes personnes me prenaient (faisaient semblant de me prendre) pour un garçon.

Je croyais que mon père allait revenir à la maison, rien que pour moi, que je le connaîtrais enfin et que non il n'était pas un abominable loup-garou. Et que peut-être même si je n'étais pas un garçon comme mon frère je pourrais lui plaire. Et un beau jour je suis tombée en amour pour le fils du pâtissier du village, et j'ai découvert qu'être une fille n'était somme toute pas si mal. Même vraiment bien ! Mais j'avais 11 ans, je n'étais plus une petite.

(Finalement, j'ai toujours été allumée en ce qui concerne les animaux et les garçons ! Si cela m'a valu bien des tristesses, cela me rend aussi bien vivante).

Et vous, c'étaient quoi vos croyances enfantines ?

(Un billet qui rebondit sur un post de Dr. CaSo, qui écrit des choses, en particulier sur le temps qui passe, où souvent je me dis : ah non, zut, juste ce que j'aurais aimé dire ! Donc je m'inspire sans vergogne, et ce n'est sans doute pas fini !)