Les dents du bonheur
Par meerkat le jeudi 24 juillet 2008, 11:35 - Pays d'enfance
Quand je n'étais pas très grande (disons entre 5 et 10 ans), je n'ai jamais cru au Père Noël, tout simplement parce que chez moi, le Pére Noël était vraiment un personnage des contes et puis comme ma mère me faisait choisir les cadeaux que j'étais censée offrir aux personnes de la famille, eh bien ce ne pouvait pas être le Père Noël qui les déposait dans la cheminée, cheminée dont nous n'avions nul besoin en Afrique. Par contre...
Je croyais que l'on pouvait attraper un oiseau en déposant quelques grains de sel sur sa queue, et je me suis promenée un certain temps avec une salière dans la poche, et sans pouvoir vérifier la chose car je n'ai jamais pu approcher un piaf d'assez près.
Je croyais quand mon beau-père m'a dit à l'heure du coucher : ce soir je t'emmène au Lion d'Or, que nous allions partir à une fête fabuleuse, avant de réaliser que c'était juste au lit on dort, et de déchanter. Evidemment cela n'a marché qu'une fois mais si j'en ai gardé une certaine défiance envers les promesses des adultes, il m'est resté un goût pour les jeux avec les mots et leurs sonorités, et ça c'était plutôt bien.
Je croyais que les héros de mes livres existaient dans un monde parallèle et qu'un jour ils franchiraient la frontière qui nous séparait, que David Crockett m'emmènerait chez les Indiens, que je chasserais le castor avec le petit Roddy, et aussi que les animaux de la grande ferme en plastique avec lesquels je jouais pendant des heures voudraient bien un matin me raconter les aventures qu'ils vivaient la nuit pendant que je dormais.
Je croyais que je comprenais la langue des chats. J'avais de grandes conversations très amusantes avec Mitsou, mon premier greffier, un africain tigré. Quand même, ça continue. Mais avec Valentine Chacureuil, c'est de philosophie que l'on cause.
Je croyais que j'avais les dents du bonheur. Beh non, elles étaient juste dérangées parce que je suçais mon pouce, et j'ai dû porter des tas d'appareils qui ont plus ou moins amélioré la situation (quand je me suis retrouvée interne, enfermée entre quatre murs, c'était l'excuse en or pour avoir une permission de sortie quand les autres planchaient laborieusement à l'étude, et donc j'aimais bien le dentiste).
Je croyais que les mathématiques étaient des histoires très drôles avec des quarts et des moitiés de tarte aux pommes à croquer, des allumettes qui se couraient derrière à empiler en tas, des piquets de clôture à poser à un bout ou à l'autre du champ pour que le cheval n'aille pas conter fleurette aux vaches d'à côté. Cruelle désillusion, c'était en réalité tellement plus compliqué que c'est toujours resté une énigme. Mais, cela viendra, je comprendrai pourquoi et comment y = ax quelque chose au cube.
Je croyais que mon premier cartable en cuir était vivant car il était fait d'une peau de bête, je le cachais dans mon dos pour ne pas devoir l'accrocher par la tête aux porte-manteaux du couloir car je ne voulais pas qu'il souffre séparé de moi. J'ai été punie à maintes reprises, pas à dire dès le cours préparatoire mes relations avec le corps professoral ont démarré sous de mauvais auspices.
Je croyais quand je m'amusais à sauter en l'air, que je m'élevais dans le ciel et que j'y restais comme suspendue tant la sensation de liberté et la joie du mouvement me tournaient la tête.
Je croyais que je voulais être un garçon, qu'il suffisait d'avoir les cheveux courts, de ne porter que des jeans, de courir vite et de ne pas pleurer pour en être un. Je m'entraînais sérieusement et rien ne me faisait plus plaisir que lorsque des grandes personnes me prenaient (faisaient semblant de me prendre) pour un garçon.
Je croyais que mon père allait revenir à la maison, rien que pour moi, que je le connaîtrais enfin et que non il n'était pas un abominable loup-garou. Et que peut-être même si je n'étais pas un garçon comme mon frère je pourrais lui plaire. Et un beau jour je suis tombée en amour pour le fils du pâtissier du village, et j'ai découvert qu'être une fille n'était somme toute pas si mal. Même vraiment bien ! Mais j'avais 11 ans, je n'étais plus une petite.
(Finalement, j'ai toujours été allumée en ce qui concerne les animaux et les garçons ! Si cela m'a valu bien des tristesses, cela me rend aussi bien vivante).
Et vous, c'étaient quoi vos croyances enfantines ?
(Un billet qui rebondit sur un post de Dr. CaSo, qui écrit des choses, en particulier sur le temps qui passe, où souvent je me dis : ah non, zut, juste ce que j'aurais aimé dire ! Donc je m'inspire sans vergogne, et ce n'est sans doute pas fini !)

Commentaires
Le chat a une tête nettement moins réjouie que toi
Ce que je n'ai pas cru très longtemps : à l'existence du Père Noël car, enfin, comment pouvait-il passer par la cheminée de notre 2 pièces à Montmartre (années 50) alors que le tuyau n'était pas assez gros et débouchait sur un poêle à feu continu alimenté au charbon ? Je crois avoir raisonné très tôt, au grand dam des adultes.
Ce que j'ai cru très longtemps : que Dieu me regardait vivre et qu'il fallait que je fasse gaffe. Milieu catho que je ne renie pas avec une grand-mère adorable mais franchement bigote. Une sorte de télésurveillance qui m'a sûrement évité de faire de trop grosses bêtises et m'a amené à assumer celles que j'avais commises. Preuve d'une faille dans mon talent de raisonneur...
ddc, mauvaise langue, le chat a l'air mal réveillé, comme souvent, c'est tout !
Ce qui était étonnant car par ailleurs, il menait une vie complètement à sa guise. Mais qu'est-ce qu'on s'entendait bien.
Il était plus que doux et sympa. Je me souviens l'avoir habillé de vêtements de poupée et promené en landau.
mirovinben, vrai que ces histoires de Père Noël dans les cheminées ne tiennent pas vraiment debout. Moi non plus je n'y croyais pas (et pourtant je pouvais croire à beaucoup de choses), mais c'était une belle histoire.
Rapprochement osé du Père Noël et du Père Eternel que tu fais là !
Mais qu'est-ce que tu dis? je ne comprends pas. Ne mets pas de sel sur la queue d'un oiseau, il va se sentir profondément insulté... et puis les animaux parlent, ( j'en suis la preuve), c'est juste que la plupart des adultes ne veulent pas entendre ce qu'ils ont à dire.
Quelle imagination ! ça devait être chouette de jouer avec toi !
Moi j'avais déjà ma suspicion toute féline et je me défiais grandement des adultes. Par contre, je parle toujours la langue des chats. Mais qui a bien pu te faire croire à un moment que tu ne parlais pas la langue des chats ? Miaou !
Moukmouk, chut, bien sûr que les animaux parlent mais il ne faut pas ébruiter la chose, sinon ils ne seraient plus écoutés du tout.
Naya, ce qu'il y a de bien dans la langue des chats, c'est qu'elle est universelle, d'un bout à l'autre de la terre, on se comprend.
mraâou meaou mèw ?
Dis donc si nous nous étions connues gamines, nous ne serions plus descendues de nos pays imaginaires !
J'ai fait comme DDC, j'ai regardé les mots clés qui amènent ici. Et voilà que quelqu'un vient en demandant : est-ce que le Marsupilami existe ? Une question qui me plaît !!
(Moukmouk, je me souviens que tu aurais aimé un billet sur le Marsupilami, je vais m'y mettre)
Quelle jolie et adorable petite fille tu étais
Moi je croyais que les coqs pondaient des œufs-les œufs "coque",que les poules à Pâques pondaient des œufs en chocolat (on les cachait pour moi dans les nids...) et qu'on voulait me faire boire du sang de chiens
,le sirop Deschiens, du docteur Deschiens probablement,avait une couleur rougeâtre tout à fait inquiétante,j'en frissonne encore!!! 
Heureusement mes chats et mes chiens ne m'ont jamais menti
chamamy, l'œuf coq
mais le sirop des chiens, quelle horreur (je compatis, à la suite de je ne sais quoi, comme j'étais anémiée, je devais boire du jus de viande pressée ! mais vu que ça me rendait encore plus malade, le remède n'a pas fait long feu, beuark).
Toi aussi tu dormais avec les chats si je me souviens bien ! 
Je suis bien contente de t'avoir inspiré ce joli post :) Quant à parler avec les chats, tu n'es pas la seule a savoir en profiter ;)
ça alors ! moi aussi j'ai eu droit au jus de viande crue pour soigner mon anémie. Anémie dont on n'a jamais trouvé la cause, mais dont je persiste à croire qu'elle était en rapport avec la menace du vampire qui, aux dires de mes parents, habitait le grenier et viendrait me chercher si je refusais de filer doux...


Pour parvenir à me faire ingurgiter l'horrible breuvage, mes parents y rajoutaient du sucre ! encore plus écoeurant... beuuurk :(
Souvenir plus agréable, oh combien ! le chat qui venait en douce se faufiler sous mes couvertures pour passer la nuit au chaud.
Pour les croyances, je gobais tout ce qu'on me racontait, y'avait pas plus naïve que moi ! Mes meilleurs souvenirs sont cependant liés à la lecture d'un livre de contes, celui-là même, (sauf que la couverture est jaune d'or et non verte, je l'ai toujours).
Merveilleuses lectures à la suite desquelles je m'essayais à la magie en frictionnant la théière ou en haranguant la descente de lit pour la faire décoller.
Dr CaSo, mhr mhr mraou mraâou mraâou mhrn
Kinkapricorne, tu m'as bien fait rire ! Attention au trio des buveuses de sang quand elles se mettent en piste le samedi soir, les vampires sont leurs amis !
Les parents ont parfois des idées bizarres.
Valentine te fait dire qu'elle maîtrise parfaitement la formule magique du tapis volant, c'est comme cela qu'elle se déplace la nuit. Malheureusement, elle refuse absolument de la transmettre.
Quant à moi, je m'en vais de ce pas astiquer la théière en chantant quelques incantations. Avant, je vais réfléchir à mes trois voeux, pour ne pas être prise au dépourvu.
Ton livre de contes me tente. Pour ma part, je me souviens surtout de l'histoire de Poucette qui dormait dans une coquille de noix couverte d'un pétale de rose, et qu'un horrible crapaud voulait marier de force.
hmmmm le loup garou :)
Valentine> j'ai vu Gribouille dans le journal de Tom Cox ! The Little Cat Diaries ça s'appelle. Et même que c'est pour participer à un concours du chat le plus effrayant ! d'ailleurs Gribouille est tellement affreux qu'il se fait appeler Conan.

et, heuuu, tu peux me dire la formule pour faire voler ton tapis, je te jure que je ne la donnerai à personne d'autre.
Et une de plus ! J'ai détesté le sang rougeâtre du rôti, comme tant d'autres aliments que l'on tentait de me faire ingurgiter par tous les moyens. Et je croyais aux jnouns, très nombreux au Maroc, surtout à la campagne.
Kinka, meow !!
tu as vu juste, c'est presque ça !! Mais Gribouille est tout gris et il a de si beaux yeux verts que beaucoup lui est pardonné. Et puis demain, on lui enlève son faux-col et ses points, ça ira mieux (parce que moi je n'ai peur de rien, mais cette ahurie de Commandante fait une attaque chaque fois qu'elle le croise).
Pour la formule magique, faut voir. Combien de mulots en échange ?
Depuis que j'ai lu ton billet, je réfléchis pour retrouver des croyances enfantines. Je n'ai pour l'instant que le souvenir du bouton pour ouvrir la porte aux bébés, le nombril, que je croyais être la clef de la naissance.
Gondolfo, bienvenu
tu as des talents de métamorphose ? A la pleine lune ?
Oxygène
contente de ta visite au fil de tes voyages ! Huhu, le clan s'étoffe ! J'ai quitté le Maroc trop jeune pour entendre parler des jnouns, puis je vivais en ville, mais tu m'intrigues.
Valérie, tu savais donc que les bébés ne naissaient pas dans les choux ou les roses, et n'étaient pas livrés par les cigognes ?
Je le savais aussi vivant avec des animaux, mais je ne sais plus comment je me représentais la chose.En tout cas l'histoire de la petite graine me semblait hautement bizarre.
N'oublie pas que mon papa était un condisciple de Dolto
Il nous avait tout bien expliqué, mais j'ai dû n'entendre que ce qui me convenait 
Un superbe partage sur tes croyances enfantines. J'aime beaucoup ta façon de nous amener dans ton univers bien dompteuse d'animaux. Je t'aurais bien suivi avec la salière et aurait bien cru ton cartable vivant (à carresser dans le sens su poil), j'avais parlé de mes animaux imaginaires ici, si cela te tente http://iam-like-iam.blogspot.com/2008/02/animaux-froces-de-lenfance.html
VanessaV, bienvenue par ici, très contente du partage. Je suis allée faire un petit tour chez toi et ne vais pas tarder à y retourner, je m'y suis sentie vraiment bien, et j'aime ce que tu as écrit sur les animaux féroces de l'enfance. C'est une très belle idée, que je reprendrai volontiers, dés que l'inspiration arrive. J'espère que tu auras le goût de revenir ! Si tu as envie, un billet sur les félins.