C'est comme un vide
Par meerkat le dimanche 22 février 2009, 10:01 - Bibliorêves
Il souffle un vent terrible
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible. (…)
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi et impuissance,
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons.
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide.
(…)
J’ai besoin de pleurer sur le pain de luxe, de la domination, et de l’amour, sur le pain de gloire qui est dehors,
J’ai besoin de regarder par le carreau de la fenêtre,
Qui est vide comme moi, qui ne prend rien du tout.
J’ai dit pleurer : non, c’est un forage à froid, qui fore, fore, inlassablement,
Comme sur une solive de hêtre deux cents générations de vers qui se sont légué cet héritage : « Fore... Fore. »
C’est à gauche, mais je ne dis pas que c’est le cœur.
Je dis trou, je ne dis pas plus, c’est de la rage et je ne peux rien.
J’ai sept ou huit sens. Un d’eux : celui du manque.
Je le touche et le palpe comme on palpe du bois.
Mais ce serait plutôt une grande forêt, de celles-là qu’on ne trouve plus en Europe depuis longtemps.
Et c’est ma vie, ma vie par le vide.
S’il disparaît, ce vide, je me cherche, je m’affole et c’est encore pis.
Je me suis bâti sur une colonne absente.
(…)
Je suis né troué (extrait)
Henri Michaux in Ecuador
Mais où est donc l'Amazone ? L'Amazone que l'on ne verra jamais dans ce si long voyage ? Où sont les mondes de mon imaginaire que je morde dans leur béance ?

Commentaires
C'est incroyable! Tu me fais vraiment découvrir Michaux, qui jusqu'à présent ne comptait vraiment pas parmi mes auteurs de prédilection! Du coup, je crois que dès demain je vais faire un tour chez mon libraire...car honte à moi,prof de Lettres, je n'ai pas la moindre page de lui à la maison!!!Ce poème que tu cites m'a parlé plus que je ne le saurais dire...en particulier ce passage: Merci encore pour ce billet!
C'est ce manque, ce manque qui crée tout ce que nous sommes. J'en suis persuadé, on ne peut se construire que sur du vide.
Le plein est terminé, immobile, repu... Fini. C'est le vide qui crée cette aspiration, cette spirale qui nous fait vivre, qui nous met en déséquilibre... Pour avancer encore un pas.
Le vide aspire le vent de chaos d'où sortiront les infinis miroitements de la vie.
Merci pour ce magnifique Michaux.
Anthom, je suis ravie ! Je suis en redécouverte de Henri Michaux, mais il est vrai que l'on ne peut faire le tour d'une telle diversité d'inspiration. Évidemment ses poèmes lyriques me touchent beaucoup. je viens de relire Qu'il repose en révolte pfiou, son requiem peut-être !
Et le poème Iniji.
Magnifique. Il touche à vif.
L'Ane vagabond, merci pour l'extase du pet !
Et puis pour cette idée que du vide nait la vie. C'est le coup de se construire sur une colonne absente qui me frappe aussi.
J'ai retrouvé un petit extrait d'une conversation de Michaux avec René Bertelé (qui a écrit une étude dans un vieux vieux numéro de Poètes d'aujourd'hui) :
Tous ceux qui ont fait de grandes choses les ont faites pour sortir d'une difficulté, d'un cul de sac.
Merci pour le Michaux.
N'y a-t-il pas près de chez toi de terribles amazones, une forêt d'herbe sauvage où des fourmis affrontent bravement des monstres énormes à 8 pattes, des serpents sans fin, et d'énormes dinosaures caparaçonnés qui bondissent en crissant?
J'ai adoré l'Âge héroïque de Michaux. On peut en faire autant de lectures que l'on veut.
Moukmouk, ah je suis contente que tu aimes le Michaux, bon je m'en doutais un peu.
mais c'est la vraie Amazone que je voudrais poursuivre dans mes rêves.
Dis donc, tu veux me jeter en pâture aux monstres du jardin ou du bois ? Me faut un ours là pour les affronter !
Oxygène, un grand merci du lien. Je découvre.
Merci pour la découverte cela me parle mais partiellement seulement...Ceci dit le "Sens du manque" ca c'est très vrai
Jeune, j'aimais Michaux d'un amour intimidé et arrogant. Je l'aimais avec le désir de me l'approprier, ce qui n'est pas une mauvaise façon d'aimer les poètes à vingt ans.
Il aurait fallu ne pas en rester là, mais va savoir... je crois que j'eus honte, plus tard, de l'avoir mal aimé et je ne l'ai pas réouvert. Tu me donnes envie de le faire. Il me semble que je suis capable, maintenant, de l'écouter au lieu d'avoir envie de le dévorer. Merci à toi.
Comment pourrions nous vivre en étant repus,pleins? Il nous faut du vide pour désirer...espérer...
Jipes, comme une sorte de sens supplémentaire, hélas, mais qui permet aussi de maintenir la présence finalement.
Anita, la dévoration me tente bien souvent... mais Michaux ne se laisse pas faire, il est trop habité.
tu peux t'y colleter en confiance.
Il l'emparouille te l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ;
Il le pratèle et le libuque et lui baruffle les ouillais ;
Chamamy, ce que tu dis et l'Ane aussi, je crois bien que je n'y avais jamais vraiment pensé
en tout cas pas comme ça, eh bien c'est vraiment réconfortant. Je vais dire à mon vide qu'il va voir ce qu'il va voir !
Dis donc, tu sais quoi ? On est en phase. Ma signature de forum en ce moment c'est une citation de Michaux: "Ne désespérez jamais, faites infuser d'avantage"
Infusons et secouons, il en sortira toujours du bon !
Merci pour Michaux, chère Meerkat, pour moi c'est aussi un souvenir d'adolescence, mais tu me donnes envie d'y aller faire un tour
Tu m'as appâtée avec l'annonce d'un printemps qui s'annonce, maintenant il va falloir le prouver
En attendant, bizz à toi et mes salutations à ta troupe féline
merci pour cette découverte, ça m'a claqué au visage, j'aime! et le commentaire de "l'âne qui ne drot que d'un oeil" est à garder au creux de sa poche aussi, en plus il me rassure, je croyais être anormale... ;0)
je me suis permis de citer l'"âne vagabond" chez moi, j'espère qu'il ne m'en voudra pas! ;0)
L'Arpenteuse, as-tu trouvé le printemps ? regarde le là qui t'attend. Dans ce curieux jardin, il virevolte un peu partout. Tiens, je t'accompagne en balade.
planeth, l'Ane a des sabots perspicaces dont jaillissent des mots qui mènent vers d'autres chemins. Et malicieux comme tout âne qui se respecte, je crois que la façon dont tu l'as cité l'amusera. En tout cas, moi ça m'a fait rire (je ne parle pas de ton texte). Et puis, les pensées qui donnent des belles idées sont faites pour se balader, elles sont légères comme des bulles.
Yes, j'ai trouvé un pré-printemps qui a bien chauffé mes vieux os. Et les petits zoziaux tout fous, et les bourgeons qui pointent le bout de leurs nez, et plus tard la lune qui faisait un brin de danse avec Vénus
Tu as bien fait de m'envoyer à la campagne, la vraie et merci pour le curieux jardin !
Bizzz
Je voulais faire un commentaire mystico-philosophique mais je me suis pris l'élastique dans la figure. Donc je dis vive le printemps ! Et je vais regarder les bourgeons s'ouvrir...
Juste un étonnant poème! Je suis en extase! Ne jamais rien lu de plus beau!
Je m'ennuie de toi de tes mots...
Oui, moi aussi je m'ennuie de toi.
Et c'est le cas de dire que c'est un vide
Bizzz chère sauvageonne
On parle un peu trop de Madame Michu, fauchée. Monsieur Michaux, troué, la remplace avantageusement.
Surtout que (j'espère ne pas abuser en commentant une seconde fois) Michaux a eu cette parole : "La civilisation boutiquière s'obstinait. On disait qu'elle craquait. Mais tout en craquant elle s'obstinait.". Toute ressemblance avec la crise actuelle etc.
coucou
Coucou à vous, merci de vos passages et de vos pensées.
J'ai une telle montagne de papelards à écrire que je ne peux plus écrire ici. D'un autre côté, je n'ai rien à dire, alors ça tombe plutôt bien.
Mon esprit vide et troué part en quenouille, si si ça se peut ! P'têtre que ça reviendra, que le désir reviendra, sûrement même, que cette sensation d'inutile s'estompera, et surtout que des idées me viendront en tête, le vent mauvais a tout emporté.
mikado, bienvenu(e).
A bientôt. Oui oui, à bientôt, pas envie de lâcher !
L'Arpenteuse, Tinou et Moukmouk, j'ai des petits mails pour vous sous le coude... Y'a pluka...
Youpi ! des nouvelles ! Non, non, le vent mauvais n'emporte pas tout..., il peut tout au plus déposer une bonne couche de sable..., mais un vent bienveillant va se lever et nettoyer tout ça. C'est certain ! Bon courage pour ta montagne. A bientôt. Bises
Tinou, merci pour les promesses de vent frais et vif qui va décrocher les toiles d'araignée et chasser le sable. Puis s'il pouvait embarquer quelques papelards... Des bises à toi aussi.