A quoi rêvent les girafes ?
Par meerkat le lundi 11 mai 2009, 18:41 - Ballade de Sevi

Je ne sais pas danser une salsa langoureuse. Je ne sais pas ce qu'est le monde pour une girafe. Je ne sais pas si une girafe se pose une telle question. Je ne sais pas ce que c'est qu'être un garçon. Je ne sais pas ce qu'il y a dans l'univers. Je ne sais pas ce qui se passe au centre de la terre. Je ne sais pas ce qu'est la mort. Je ne sais pas ce que c'est qu'être chef. Je ne sais pas ce que c'est que de commander. Je ne sais pas planter le blé. Je ne sais pas comment s'alignent les mots. Je ne sais pas faire la roue sur les mains. Je ne sais pas tuer. Je ne sais pas pourquoi il y a eu Verdun ou Auschwitz. Je ne sais pas pardonner. Je ne sais pas faire le pain. Je ne sais pas jouer au poker. Je ne sais pas comment sont les égouts ni comment était Babylone. Je ne sais pas comment vivaient les Étrusques ou les Apaches. Je ne sais pas comment est l'Amazonie. Je ne sais pas ce que c'est que vivre avec un enfant. Je ne sais pas ce que c'est qu'avoir un père. Je ne sais pas ce qu'est la baie des Anges ni ce qu'est le Kilimandjaro. Je ne sais pas ce que c'est que chanter sous la douche. Je ne sais pas courir derrière mon ombre. Je ne sais pas si quelqu'un a passé sa vie à écrire. Je ne sais pas parler avec les lions. Je ne sais pas swinguer. Je ne sais pas jouer du saxo. Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas très bien ce que je fais là. Je ne sais pas surfer sur la mer. Je ne sais pas m'arrêter. Je ne sais pas m'arrêter d'aimer quand on ne m'aime plus. Je ne sais pas ferrer un cheval. Je ne sais pas changer une roue. Je ne sais pas dire peut-être. Je ne sais pas sauter en parachute. Je ne sais pas vivre sous terre. Je ne sais pas ce que je sais. Mais je sais qu'il y aura toujours et toujours quelque chose, quelqu'un à connaître.

Commentaires
Meerkat
le pain c'est faaaaaaaaaacile !
Mais ce qui me serre le coeur, c'est lorsque tu dis que tu ne sais pas ce qu'est avoir un père. Si j'avais le pouvoir de me transformer un instant, c'est cela que je choisirais, que tu puisses avoir une heure, une heure seulement, rien qu'une mais une heure durant un père tout à toi.
A te lire j'ai pensé sans savoir vraiment pourquoi à la chanson de Boris Vian, "J'voudrais pas crever":
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...
Merci pour ton beau texte!
Valérie, j'aimerais bien voir ça et vivre cette heure là.
Pour le pain, ne manque que le courage de s'y mettre. Entre toi et Dieudeschats, j'ai réuni le meilleur de la recette. Et ce sera plus facile qu'apprendre à changer une roue.
Anthom, merci de ce superbe texte. Me voilà impatiente de me replonger illico dans Vian. Connaître les chiens noirs du Mexique qui dorment sans rêver ! Oui, peut-être que mes je ne sais pas renvoient à je ne voudrais pas crever sans (dans l'idée bien sûr, parce que le style, euh...). Ce serait inspirant d'écrire un "je ne voudrais pas crever sans".
Que deviendrions nous sans les poètes ? j'ai le coeur tout gonflé quand je pense à certains, quand je lis certains textes. Et là, Vian, je suis ravie, tu ne peux pas savoir !
Bien triste complainte Meerkat, j'y sens tes regrets (j'aurais pût en lister presqu'autant) mais je préfère en retenir la conclusion: Ton désir de connaître l'autre et de découvrir de nouveaux horizons et ca c'est un bien joli credo
Jipes, non non, aucune tristesse ici
Tu me fais réfléchir que je peux être mélancolique et songer au passé, mais en général je n'ai pas beaucoup de regrets. Sur les actes du moins. Même si j'ai fait des mauvais choix ou refusé de les faire (ouhlà il y en a), tant pis, c'est fait !
En écrivant ce billet, j'avais dans l'idée d'évoquer la connaissance, de dire que je ne sais pas grand chose, et que je ne sais pas non plus évaluer ce que je sais. Mais aussi, tous ces sujets que j'évoque m'intéressent et je voudrais en savoir plus sur tous. Il y a toujours des choses à connaître, à comprendre, à approfondir et c'est la vie. Mais ça tu l'as perçu !
J'ai évidement des manques qui ne se combleront jamais, bien qu'ils m'aient en partie construite. Mais j'imagine bien faire un jour la roue sur les mains, et causer avec un lion !
Oups Jipes, en jetant un oeil à mon billet, parmi les sujets, il y en a qui ne m'intéressent en rien pour moi, même si j'aimerais bien comprendre ce qu'il y a derrière et pourquoi/ comment on y vient. Comme être chef par exemple !
(j'écoute Lhasa
)
On est toujours en manque de connaissances mais en voyant ca du bon côté ca permet de se réjouir au fait d'en apprendre toujours plus ! Je te comprends ca peut paraître frustrant (comme lorsque je pénetre dans une librairie) mais bon il faut accepter ses propres limites et en faire des forces
Lhasa c'est terriblemnet addictif non
un peu comme toi... mais je sais que si on tend les bras, le bonheur vient souvent se mettre dedans... même si les bonheurs se payent souvent de larmes, je sais que ça vaut la peine.
tu ne sais pas, mais sais-tu tout ce que tu sais, tu sais parler chats, tu sais écrire intensément, tu sais ce qu'est l'amitié, tu sais ce qu'est l'amour, tu sais reconnaitre les gens biens, tu sais te souvenir, tu sais écouter le silence, tu sais sentir le désespoir, tu sais(depuis peu) faire des crénaux, tu sais être là et c'est si important.
Jipes, pour contrer l'addiction, j'alterne Lhasa et Elvis Perkins. Mais je crois que cela se renforce mutuellement !
Moukmouk, un peu comme toi moi aussi, mais n'oublie pas que le chocolat c'est du bonheur tout chaud qui se paie seulement de rires et de tendresse. Et à bientôt de ce côté-ci de la mare aux canards.
lolilola, pfuhhh, tu triches
les créneaux je ne sais pas faire ceux qui sont à droite, et à gauche il me faut une graaannde place.
Je sais, Je sais, Je sais C'était le début, c'était le printemps Mais quand j'ai eu mes 18 ans J'ai dit je sais ça y est, cette fois je sais
Et aujourd'hui, les jours où je me retourne Je regarde la Terre où j'ai quand même fait les cent pas Et je ne sais toujours pas comment elle tourne... .... Toute ma jeunesse, j'ai voulu dire je sais Seulement, plus je cherchais moins je savais Y a 60 coups qui vont sonner à l'horloge Je suis encore à ma fenêtre Je regarde et je m'interroge
Maintenant je sais Je sais qu'on ne sait jamais La vie, l'amour, l'argent, les amis et les roses On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses C'est tout ce que je sais mais ça je le sais J Gabin
Et c'est bien ça qui est fabuleux, non ...? Découvrir, apprendre, s'émerveiller..., aujourd'hui, demain, tout le temps.
"Je ne sais pas ce que je sais. Mais je sais qu'il y aura toujours et toujours quelque chose, quelqu'un à connaître."
Voilà des phrases où je te reconnais bien chère Meerkat, dans toute ta force et ta générosité.
Ce que je sais, c'est que quelle que soit ta météo personnelle, côté soleil, où côté nuages, c'est toujours du bonheur à lire. Et c'est bien meilleur que tous les chocolats du monde
Bizz la belle
Tinou, c'est vrai il y a cette chanson par Gabin, avec ses airs de gros chat débonnaire et malicieux ! Le goût d'apprendre, les découvertes, les choses qui tournent tout autrement que prévu, c'est fabuleux. C'est l'étincelle de la vie. Et pouvoir dire : ah non, je ne sais pas, c'est fabuleux aussi, mais ça, ce n'est pas gagné dans le travail où l'on doit bien souvent avoir l'air d'avoir tout compris.
L'Arpenteuse, ah tu es sûre qu'un bon chocolat onctueux accompagné d'une crêpe ne te dirait pas ? En regardant la pluie tomber dans le jardin ?
Et puis c'est malin, maintenant tu m'as donné envie de m'intéresser au chant.
Belles journées de week-end à toi.
Merci pour ce que tu as écrit de si joli sous ma coccinelle
Ton texte si émouvant, même si le thème est sensiblement différent, me rappelle une chanson de JJ Goldman dont les mots et la musique me touchent à chaque fois : "A nos actes manqués"...
Et comme je me sens très nostalgique à cette heure où je t'écris...
Que voilà une belle liste de choses à faire. Pour commencer tu n'as plus qu'à sortir dehors pour chanter sous la douche. a la limite tu peux prendre un parapluie et sauter dans les flaques.
Y'a aussi une longue liste de choses que tu sais faire et ça ferait un très beau billet.
En tous cas tu sais écrire de fort belle manière et nous toucher en plein coeur. Pan! De la part de Meerkat, une jolie dose de poésie et d'émotion...
Il y a une chose que j'ai remarquée, dans ma vie: plus on en apprend sur la vie et le monde, et plus on se rend compte qu'on ne sait vraiment pas grand'chose! Donc ça veut dire que le fait même que tu SACHES que tu ne sais pas tout ça signifie que tu en sais déjà BEAUCOUP :)
Anna, j'aime tes photos, pour leur angle tendre et inattendu sur les petites bestioles qui vivent incognito à côtés de nous, et parce qu'elles me replongent avec un grand bonheur dans le regard de l'enfance.
Dans mon texte, je me rends compte que l'on peut ressentir le regret, mais là tout de suite, je me dirais presque que tout reste possible.
Naya, oui, voilà, c'est ça ! Des choses à faire et à inventer. On apprend à parler le lion ?
Des flaques ? Non, juste des petites mares pour les grenouilles !
Oxygène, pas de coup de fusil ici, des bisous plutôt !
Dr CaSo, tu fais une dialecticienne hors pair, toi !
Je ne saurai jamais tout…Je ne sais pas changé une roue non plus, ce n’est pas faute d’avoir essayé…Voilà…à force les petites jambes de la girafe qui grandissent, se disent qu’elles ont un rêve de feuillage à leur hauteur à égaler, mais aussi que de la prestance de leur cou elles peuvent se pencher sur celui ou celle qui veut l’accompagner…
:-)
:-)
Ce que je rêverais, c'est d'être dans un rêve de girafe. Un rêve de savane, jaune et brun. Je serais une sorte de singe courant, grimaçant. Je ferais des chatouilles aux éléphants, des farces aux gazelles. Et des festins de termites. Mais qui sait à quoi rêvent les girafes ?
Aslé,
il me semble que je savais quelque chose de très étrange sur les girafes, peut-être sur la manière dont elles doivent se plier pour boire... mais je l'ai oublié ! Alors, je vais te suivre dans les hauts feuillages pour y accrocher plutôt un doux rêve.
L'âne-colobe, eheh, ce serait un bel animal élégant avec sa barbe blanche et sa longue crinière.
Aslé et L'âne, en lisant vos commentaires, en pensant aux girafes, et en feuilletant le livre sous ma main (je peux faire trois choses à la fois) je suis tombée sur un poème de verre et de girafe qui se termine dans un rêve !
Dans mon verre à vin que fais-tu petite girafe ?
Girafe à vin
Girafe à brise
Girafe à saveur de lait et de feuilles vertes
Dans quel désert es-tu perdue ?
Oui, c'est le désert que je bois dans mon verre
un désert aride et plus mort que des ossements
un désert sans vie, sans air, sans astres
Un vrai désert de fin du monde
Comment as-tu pu te perdre dans ce lieu loin de tout abîme et de toutes frontières
Girafe girafe petite girafe à vin
Mais quelle fortune t'a conduite sous ma plume ?
Car je ferai de ce désert
une ardente oasis
une campagne pleine du murmure des sources et de celui des arbres
un lieu de gazon et de fleurs
De fruits juteux écartelés et saignant un sang parfumé
Je le fertiliserai ce désert
De toutes les fleurs de mon immense amour pour la vie.
Dans mon verre de Robert Desnos in Mines de rien
Être Kirikou pour se pendre au cou de la girafe et profiter du spectacle
des bises presqu'estivales
Lise
Lise, ce que j'aimerais, c'est m'allonger sous une girafe pour voir d'en bas ses longues jambes et son ventre blanc, et puis me retourner et m'aplatir quand elle fera le grand écart avec ses pattes avant pour boire.
Aujourd'hui, c'est bises mouillées ! Bises de grenouilles et d'escargots !