Chantemerle
Par meerkat le dimanche 31 mai 2009, 14:19 - Echos des bois
Chantepleure
Chantecaille fleur des rues
Chantepie fleur des bois
Chanteloup fleur des eaux
Chantamour fleur des nuits
Chantemort fleur des pois
Pleurivresse fruit de l’aube
Pleurétreinte fruit des yeux
Pleuraccueil fruit des mains
Pleurémoi fruit des lèvres
Pleurez-moi fruit du temps.
Robert Desnos in Youki 1930 Poésie
Vendredi 17 heures. J'ai bouclé et rendu un copieux rapport assommant, posté une déclaration d'impôts laborieusement remplie, fait les courses, puis je me suis innocemment rendue chez le garagiste pour un petit taptaptap bizarre et finalement changer deux pneus déformés. En rentrant, j'ai alors senti venir sur moi cet état particulier d'apesanteur qui clôt une fin de chantier. Je suis épuisée, libérée et vacante.
Samedi fin d'après-midi. Je n'ai pas arrêté de dormir, c'est dans une fuite ensommeillée que mon esprit se rassemble. J'ai jardiné en fin de journée. Enlever les anciennes feuilles craquelées, ramasser la légère floraison rouillée de la glycine, déblayer sous les haies, arracher le lavatère qui n'a pas résisté à quelques fortes gelées de cet hiver, couper les têtes fanées des lilas. Je reprends goût à un jardin longtemps délaissé et qui ne m'en veut pas. Ce sont les jours heureux du foisonnement, les branches s'allongent démesurées, les tendres touches de vert ont foncé, déployant des vagues plus sombres où les fleurs roses du weigélia s'attendrissent. Je m'absorbe à imaginer le feuillage découpé d'un grand figuier qui serait planté contre la chaleur du mur. Valentine joue entre les fruitiers. Elle passe d'une course folle, queue ondulante en traine, à des bonds saisissants, dos arqué et pattes jointes en cœur, puis se jette à l'assaut d'un tronc. Toute entière dans la joie du mouvement, fragilité et détermination, la force d'une plume. Gribouille, le nez froncé, l'esprit tatillon, inspecte le bord des rigoles, tendant une patte soupçonneuse pour vérifier que je n'oublie rien. Félicité rêve, enroulée dans les fleurs de trèfle, je l'entends soupirer après les bribes de ses songes. J'égrène les pétales flétris des premières roses qui tâchent mes doigts d'une saveur anisée. Je déguste le silence qui habite le jardin, m'enveloppe d'un néant tissé de bruits invisibles et me rend la maison douce. Quelques chants d'oiseau par giclées, des pépiements pressés, un sifflement impérieux, de tendres rengorgements qui peu à peu s'éteignent. Je me suis sentie en paix, comme cela ne m'est plus arrivé depuis des mois. Le merle menteur qui bloquait ma gorge s'est dégagé. Chantamour. Pleurétreinte. Les sentiments déchirants s'envolent, c'est triste et reposant.
Dimanche matin. J'ai passé du temps près des pivoines. Elles sont à leur apogée. Juste quelques pieds mais tant de plaisir. Et tant d'indolente vigueur dans ces têtes rondes qui se penchent ébouriffées. Le jardin me tient dans ses bras.

Commentaires
Magnifique texte.
Ce texte est très beau, comme l'image que je me fais de ce jardin, des chats... Que les poèmes de Robert Desnos veillent sur vous tous, fleurs, bêtes et gens, passé et présent.
Oh oui, tu nous donnes envie de venir te rejoindre à l'ombre de tes fruitiers, s'allonger dans l'herbe et sentir quelques moustaches effleurer nos visages.
Ce billet si printanier et au cœur du jardin me parle beaucoup.
La nature et les plantes ont ce pouvoir de réconfort et de "paix" qu'elles seules savent nous procurer. Et c'est si bon !! Alors je te souhaite du très beau soleil pour en profiter encore et encore... et de te laisser porter par toutes ces bonnes choses.
Bonne soirée !
Catherine, oups !
C'est très gentil, même si je ne ressens pas les choses comme ça.
Ah mais zut, tu parlais du texte de Desnos ?
Samantdi, héhé, bientôt tu auras l'occasion de laisser glisser le printemps dans ton jardin à toi, pendant que Nini se tapira dans l'herbe comme une panthère.
Valérie, les moustaches sont aux aguets. Ce serait bien un jour d'organiser une fête.
Leeloolène, je pensais à toi dans ton jardin. Mais, je suis sur un mode plus contemplatif.
Déjà que hier soir j'avais mal au dos ! Tu as raison, rien de tel qu'avoir les mains dans la terre, arracher des herbes, planter, pour que l'esprit se vide et flotte. Du coup, j'ai un bon petit programme devant moi. Et puis il y a aussi la lasure des fenêtres, et c'est le même principe, évasion et douceur des pensées garanties !
Oh oui ! Si tu proposes une fête dans ce qui semble être un si bel endroit avec une si belle nature où l'on peut se perdre autour... j'espère en être :) Très bonne idée !
C'est un beau texte. Ici aussi les chats aiment jouer autour de moi quand je jardine, plaisante compagnie.
Leeloolène, ah oui que tu en serais ! Faudrait vraiment que j'y songe à une petite fête avec les lecteurs du blog. La nature par ici est belle, mais très différente de ce qui fait mes racines ou celles que j'ai reconstruites. Eh oui, ce n'est pas le Sud ni les côtés plus sauvages de ta région de cœur à toi telle que je l'ai perçue, ou de la mienne qui est l'Ardèche du Nord. Mais c'est autre chose.
la Mère Castor, en chaque chat un inspecteur des travaux finis ne dort que d'un oeil. Au jardin, il y a de quoi faire avant de s'effondrer dans une sieste réparatrice. Oui, moi aussi j'ai de beaux souvenirs de balades avec les chats sur des petits chemins. Ardéchois justement.
j'aime beaucoup ton texte, il est à l'unisson de ce que je ressens quand la maison de mon enfance s'endort doucement dans l'ombre de ses volets mi-clos au travers desquels passe un rayon de soleil qui capte des milliers de poussières en suspension dorée.
Manque plus qu'un hamac entre deux fruitiers, histoire de complètement se laisser gagner par l'indolence des pivoines et des greffiers...
A te lire je suis dans ton jardin, aux abords de la maison j'y vois la glycine et je sens les gouttières toutes décorées du végétal foisonnant un vrai poème avec la douceur des feuilles sous le pelage de Félicité. Un vrai bonheur qui respire une certaine douceur de vivre
Anthom, merci, tu me restitues le plaisir d'être dans une maison aux volets mi-clos quand la chaleur tape dehors (ce dont je parle avec Leeloolène ces derniers temps, en recherche des volets à claire-voie africains).
Je n'ai pas de volets, mais en ce moment dans la journée je tire mes double-rideaux en coton écru, je marche pieds-nus sur le carrelage, et hop je suis dans le Sud. Et ta poussière en suspension me parle de vieilles malles au grenier.
dieudeschats, en voilà une bonne idée, je t'attends ! Bien que les troncs me semblent un peu éloignés. Mais là, c'est pas repos ! Je me suis lancée dans l'arrachage des mousses du sol d'un petit préau. Avec un couteau à enduire, j'suis pas au bout !
Jipes, la douceur de vivre, j'espère que tu en profites aussi ! Elle semble m'être revenue avec l'envie de faire des choses, et j'apprécie.
J'essaye en tous cas
Humm tout cela semble tellement plein d'un calme et d'une paix intérieure que je t'envie et que je suis bien incapable d'éprouver en ce moment. Mon jardin est comme moi, tout en bagarre. heureusement que rosiers et glycines sont bien installés sinon les brûlantes orties et les jolies graminées les auraient vaincus depuis belle lurette.
Évidemment, Desnos, le jardin, les chats : Comment résister.
De toute manière : On dirait le Sud. Tu sais, celui de Nino :
C'est un endroit qui ressemble à la Louisiane A l'Italie Il y a du linge étendu sur la terrasse Et c'est joli
On dirait le Sud Le temps dure longtemps Et la vie sûrement Plus d'un million d'années Et toujours en été
D'ailleurs, le linge étendu, il est un peu plus bas sur ton blog
Bizz ma belle et à quand un atelier chant
Jipes
Naya, oui mais bon, c'était l'humeur du jour.
Enfin non, quand même, il y a comme un souffle de sérénité dans l'air, peut-être qu'il pourrait un peu apaiser tes bagarres ? Et puis l'envie de bouger revient, et je ne désespère pas que nous arrivions à monter une belle aventure. Et puis maintenant, héhé, j'ai un GPS !
L'Arpenteuse, vile tentatrice ! Une de mes chansons de coeur, ne parlons pas du chanteur. Compositeur d'ailleurs. J'ai des désirs d'escapades dans la grand Sud. Et presque (je dis presque) je pourrais chanter sous la douche.
Et vive les marguerites !
Meerkat je crois que quel que soit le lieu qu'il se situe au nord, sud, est ou ouest... c'est ce que l'on y créé qui en fait un lieu aimé ou non. Les gens qu'on y rencontre, les racines que l'on y plante, même pour un temps... Et on se l'approprie ou non. Cela rejoint un peu notre discussion sur la "maison"... mais je l'étendrai à des "terres" aussi. Personnellement il y a des endroits que je m'approprie immédiatement... même si j'y suis pour une très courte période... de passage... je m'y sens "chez moi" (Tahiti par ex dernièrement) et d'autres ou plusieurs années après, je ne ressens strictement rien (genre là où je vis depuis 5 ans).
Au fond, nous sommes vraiment des plantes vertes ! On s'épanouit ou pas...
En tout cas, fais nous signe pour la petite fête. Je suis toujours prête à prendre des trains pour traverser la France (ou pas d'ailleurs) puisque je ne sais pas trop où tu es !! S'il faut nous sommes voisines ;)
Diantre ! alors tu ne perds plus le nord ? Ben ça c'est une bonne nouvelle. Pour moi bien sûr mais avant tout pour toi c'es tmarrant l'aventure mais des fois bon... on s'en passe. J'aurai bientôt tout plein de temps on pourra en profiter.
Tu me donnerais envie d'avoir un jardin toi ! Quel beau texte, je le savoure. "Le jardin me tient dans ses bras" : c'est merveilleux tu sais ?
Et alors, vas-y chante : Sous la douche ou en nourrissant tes fauves - vu qu'ils ouvrent pas encore leurs boîtes de thon
Ca fait un bien fou, même quand il y a quelque couac qui s'y glisse.
Tu sais que tes greffière ont des noms de roses ? De ces roses anciennes bien dodues, qui ont du parfum et poussent comme du chiendent ? pour Gribouille je n'en jurerais mais sait-on jamais
Bizz de l'Arpenteuse qui cherche un nouveau nom
Leeloolène, pas vraiment voisines mais pas si loin en fait, et sur une belle diagonale quasi parfaite ! J'habite à 100 km à l'ouest de Paris, début de la Normandie.
Je repense souvent à cette discussion à propos de Villa Amalia, et aux endroits où je me suis sentie chez moi. L'environnement, les amis comptent énormément, mais il y a des lieux comme tu dis où un courant passe immédiatement, comme si on en faisait partie, où l'on se sent tout à fait à sa place.
Là où j'habite, ce n'est pas le cas. J'ai toujours l'impression que je viens de débarquer, que je ne suis pas d'ici ! Mais pas pour autant que je m'en vais chercher ailleurs. Bizarre.
Naya, je ne perds plus le Nord (bon enfin, c'est vite dit), je garde le Sud. Oui, j'espère bien que nous pourrons bientôt profiter d'un peu de temps pour nous.
Fauvette, c'est la période idéale au jardin, mais tu sais, je contemple et je ne fais pas vraiment grand chose. Faut que les plantes se débrouillent, en plus je m'en désintéresse aussi sec quand elles vont mal.
Je vais me mettre à songer à faire un quelque chose chez moi un de ces quatre, car nous ne sommes pas très loin.
L'Arpenteuse, tu n'as pas vu la tête de Gribouille quand je chante, moitié effaré, moitié consterné, si si, et zut, je m'en fiche.
Je cherche des rosiers inaltérables, parce que celles qui sont chez moi ne sont que que des chichiteuses, qui ont toujours une maladie quelque part. Je vais de ce pas regarder les roses anciennes, profitant de velléités jardinesques (j'ai des cosmos, du persil et de la coriandre à planter).
Un nouveau nom ? Que nous réserves-tu ?
). Bisous !
(le Sherlock Holmes en moi t'a déjà identifiée sous un autre nom menant à un blog top secret et crève de curiosité !
Le jardin, c'est comme le chant : Une activité qui ressource, alors profite bien de tes velléités
Chère Sherlock
J'ai ouvert un petit jardin clos pour essayer l'écriture automatique prônée par une grande dame de l'art-thérapie Julia Cameron.
Mais même là j'ai du mal à me débarrasser de l'oeil de Dieu
Pfff, j'en ai encore du travail à faire !
Par contre si tu as une idée de nouveau pseudo, je suis preneuse
Bizz chère jardinière
L'Arpenteuse
Je me suis toujours demandée, à propos des surréalistes, ce qu'était l'écriture automatique. Je crois que je n'ai jamais cherché à en savoir plus, pour préserver l'image magique d'une plume qui se mettait à courir toute seule sur le papier, dévidant de très belles phrases avec des sauts étranges. Mais là, tu me donnes envie d'y aller voir de plus près.
Quant au poème brrrrr, c'est fou, en le relisant, je me suis aperçue que je le connaissais presque par coeur, je me le récitais pour me faire peur enfant. Tu vois, juste une histoire de gosse !
Pour le pseudo, j'attends l'inspiration. Cependant, m'est venu d'emblée le nom d'une messagère qui porte un voile couleur d'arc-en-ciel et des sandales ailées.
Coure toute seule, coure toute seule
Moi aussi, ça me fait rêver mais je ne suis pas encore au point.
Par contre, je parierais bien que le Totor, il n'aurait pas beaucoup fallut le pousser pour qu'il s'y mette. Je me souviens d'un que j'avais mis sur mon ancien blog qui était de cette veine là. pas surprenant pour un gars qui faisait tourner les tables. Alors comme ça Caïn et sa tribu étaient aussi tes épouvantails
Et Océnao Nox ?
Comme quoi la poésie on tombe dedans très jeune !
Avec 20 ans de moins, Je ferais honneur au pseudo que tu propose, d'autant que c'est une belle fleur aussi, mais à mon âge, vaut mieux rester modeste. Même si m'estime encore belle plante
L'Arpenteuse, ah beh oui, Océano Nox m'a fait frémir dans ses funèbres emportements ! C'est comme ça que j'ai dû tomber ensuite dans la funeste marmite infernale de Lovecraft.
Dans un autre genre, mais je rapproche les envolées lyriques, il y avait les Vers Dorés de Nerval.
Bonne semaine, Belle plante
(le pseudo sonnait effectivement juvénile, mais l'âge se jette par dessus les moulins).
Je cherchais des images de linge qui claque au vent et je suis tombée sur votre image avec les pinces à linge et ... sur votre blog ... Je passe sur la pointe des pieds, mais je n'ai pu m'empêcher de lire votre texte (et puis, j'adore les pivoines ...) Quel plaisir ! La paix de votre jardin, les jeux de vos chats vont accompagner ma journée ... Merci !