L'oiseau africain
Par meerkat le dimanche 7 juin 2009, 14:30 - Terre animale

La légende raconte que la pintade naquit un jour de l'amour et du chagrin. Il y a bien bien longtemps, Méléagre, fils du roi de Calydon, se fourvoya pour l'amour de l'intrépide chasseresse Atalante et s'en vint à tuer ses deux oncles. Sous l'emprise de la douleur, sa mère brisa alors le charme qui liait la vie de Méléagre et celui-ci mourut. Ses sœurs tant aimées, les Méléagrides, terrassées par le chagrin, le pleuraient si violemment que la déesse Artémis transforma ces inconsolables en oiselles, leurs larmes vinrent s'incruster sur leurs plumes, une insatiable capacité à se lamenter leur fut léguée. Dépositaires à jamais de la mémoire fraternelle, les pintades, méléagrides en grec, étaient nées.
C'est pourquoi, si l'on regarde bien leur plumage noir bleuté, on peut voir dans la constellation des gouttes immaculées qui le pare, les larmes autrefois versées. Certains préfèrent imaginer des perles précieuses, car la pintade est aussi oiseau porte-bonheur. Oiseau de paradis, oiseau sacré. Ses traces se lisent jusque dans l'écriture des tombeaux égyptiens, ses empreintes se relèvent au creux des mosaïques byzantines, ses barbillons rouge et noir ornent les peintures du Quattrocento, son image dessine le nom du peuple des Nubiens...
Cet oiseau mythique est vieux comme le monde, la pintade vient de la terre d'Afrique qui a vu naître les premiers hommes, elle est arrivée chez nous avec les navigateurs lusitaniens partis à la recherche d'une route vers les Indes.
Liée à Artémis, déesse de la vie sauvage, la pintade est d'une farouche indépendance. La pintade est une guerrière, une indocile, qui ne s'est jamais vraiment adaptée à la vie en basse-cour. On ne l'enferme pas dans un poulailler, elle prend la clé des champs pour courir la campagne, hanter les buissons. Elle reste profondément l'Oiseau négre, la pintade marronne qui cavalait sur les chemins de la liberté auprès des esclaves en fuite, un symbole de la lutte contre l'esclavage. Une messagère d'un autre monde, d'un ailleurs toujours possible.
Merci à L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques, de Jean-Marie Lamblard.

Commentaires
Et bien !!! Le monde est vraiment petit
Est-ce que tu connais le blog archipel-mediterranée de... Jean-Marie Lamblard 
Celui-là je l'ai connu quand je cherchais des informations sur les tours du silence, où faute de chats les défunts nourrissent les vautours. Mais pas les pintades.
Évidemment, ce type de recyclage ne se pratique plus de nos jours
Merci de m'avoir remémoré cette bonne adresse, et pour tes belles pintades africaines
Bizz pluvieuses
C'est vraiment un super récit digne de mes lectures d'adolescent sur les Contes et Légendes de l'Antiquité. Je ne verrais plus les Pintades sous le même jour désormais
Elle me plait bien cette pintade et traiter une femme de pintade est donc plutôt un signe de respect !
l'Arpenteuse
J'adore les proximités inattendues qui se découvrent.
Oui, je connais mais depuis peu le blog de Jean-Marie Lamblard, via mon intérêt pour les pintades auxquelles il a consacré un livre érudit (l'image vient d'ailleurs de chez lui).
Effectivement, on lit chez lui de très étonnantes histoires de vautours,j'ai commencé à lire un texte sur le vautour blanc des Pyrénées. Et je vais dare-dare regarder les tours du silence ! Suis toute contente que ces sujets t'intéressent !
Jipes, tu me fais un grand plaisir. Il y a plusieurs années que j'ai découvert cette légende des larmes sur le plumage des pintades, et depuis elle me trotte dans la tête, et je regarde les pintades d'un autre oeil. Alors, si tu apprécies, je suis ravie.
Valérie, oui, un grand compliment !
(en fait ce sont les jacassements de la pintadequi sont pénibles, l'oiseau est lui assez exceptionnel, et jamais vraiment tout à fait domestiqué).
J'ai jamais aimé le mot pintade. Ca sonne lourd. Par contre méléagrides c'est beaucoup plus joli et ça leur va tellement mieux. C'est décidé, je ne dis plus pintade.
"en fait ce sont les jacassements de la pintade qui sont pénibles, l'oiseau est lui assez exceptionnel, et jamais vraiment tout à fait domestiqué" Meerkat, tu donnes du grain à moudre, non à la pintade, mais aux machos
Valérie> c'est pareil pour les bécasses, oiseaux très intelligents :)
Naya
bonne idée !
dieudeschats
c'est que tu n'as jamais entendu répépier les pintades ?