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La "poule aux mille perles", art populaire de Tanzanie


La légende raconte que la pintade naquit un jour de l'amour et du chagrin. Il y a bien bien longtemps, Méléagre, fils du roi de Calydon, se fourvoya pour l'amour de l'intrépide chasseresse Atalante et s'en vint à tuer ses deux oncles. Sous l'emprise de la douleur, sa mère brisa alors le charme qui liait la vie de Méléagre et celui-ci mourut. Ses sœurs tant aimées, les Méléagrides, terrassées par le chagrin, le pleuraient si violemment que la déesse Artémis transforma ces inconsolables en oiselles, leurs larmes vinrent s'incruster sur leurs plumes, une insatiable capacité à se lamenter leur fut léguée. Dépositaires à jamais de la mémoire fraternelle, les pintades, méléagrides en grec, étaient nées.

C'est pourquoi, si l'on regarde bien leur plumage noir bleuté, on peut voir dans la constellation des gouttes immaculées qui le pare, les larmes autrefois versées. Certains préfèrent imaginer des perles précieuses, car la pintade est aussi oiseau porte-bonheur. Oiseau de paradis, oiseau sacré. Ses traces se lisent jusque dans l'écriture des tombeaux égyptiens, ses empreintes se relèvent au creux des mosaïques byzantines, ses barbillons rouge et noir ornent les peintures du Quattrocento, son image dessine le nom du peuple des Nubiens...

Cet oiseau mythique est vieux comme le monde, la pintade vient de la terre d'Afrique qui a vu naître les premiers hommes, elle est arrivée chez nous avec les navigateurs lusitaniens partis à la recherche d'une route vers les Indes.

Liée à Artémis, déesse de la vie sauvage, la pintade est d'une farouche indépendance. La pintade est une guerrière, une indocile, qui ne s'est jamais vraiment adaptée à la vie en basse-cour. On ne l'enferme pas dans un poulailler, elle prend la clé des champs pour courir la campagne, hanter les buissons. Elle reste profondément l'Oiseau négre, la pintade marronne qui cavalait sur les chemins de la liberté auprès des esclaves en fuite, un symbole de la lutte contre l'esclavage. Une messagère d'un autre monde, d'un ailleurs toujours possible.


Merci à L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques, de Jean-Marie Lamblard.