Allo la Terre ?
Par meerkat le mardi 9 juin 2009, 16:56 - Ici et là
Le film Home distribué à grande échelle me laisse un vrai malaise. Je l'ai survolé d'un oeil rendu nauséeux par les travellings qui distordaient chaque plan, et d'une oreille écoeurée par le sirop qui l'enrobait.
C'est vrai, je ne suis pas très attirée par les photos de Yann Arthus-Bertrand qui exploite sans trêve son filon des vues du ciel et livre des images aussi somptueuses que lisses, aussi virtuoses qu'abstraites. Pourtant, à l'époque où il avait encore les pieds sur terre, j'aimais ses photos de lions, vivantes et drôles. Depuis la Terre vue du ciel, sa production s'est figée en consensuelles images de calendrier.
C'est sûr, le financement du projet par l'un des plus grands groupes du luxe et par un membre du showbizz, la distribution "planétaire" m'ont mise en garde. Le greenwashing a de beaux jours devant lui. François Pinault ne se gêne d'ailleurs pas pour présenter le film comme une "opération". Quand marketing et relations publiques se tiennent par la main...
Dans Home, je n'ai vu qu'une enfilade de somptueux décors de carton-pâte, un étalage des beautés intemporelles de la planète Terre, une mise en scène de la magnificence des réalisations humaines. Tout cela vu de bien haut, de bien loin, planant à mille lieux au-dessus des réalités concrètes de la vie, des problèmes quotidiens. Des images vidées de leur sens, de leur spécificité, exploitées pour produire de belles émotions esthétiques bien calibrées. Désincarnées. Publicitaires. Dont il ne restera pas grand chose. C'est mon ressenti, il se discute. Mais j'ai d'autant plus de mal à imaginer un réel effet de sensibilisation à l'écologie que le message de fond est culpabilisant. Qu'attendre d'un discours qui manie le bâton de la responsabilité individuelle et la carotte de la bonne conscience ?
Bon, même si l'idée ne m'emballe pas, je peux concevoir que ce type de film puisse après tout ouvrir le dialogue sur l'écologie. Il reste que le parti pris esthétisant m'insupporte et me rend le film détestable. Parce que la Terre idéalisée sous de splendides atours est transformée dans Home en une Terre de carte postale, filmée sous ses angles les plus sublimes et pittoresques à grande débauche d'argent et de kérozène, offerte comme un magnifique jouet à s'approprier tranquillement. J'ai du mal à circonscrire cette impression pénible, mais, par son procédé, je ne ressens pas du tout ce film comme un hommage à la beauté menacée de la nature mais profondément comme une injure aux souffrances et au pillage qu'elle endure.
Bien sûr, Yann Arthus-Bertrand n'est pas un documentariste. Les documentaristes qui font oeuvre de réflexion n'ont malheureusement pas une manne financière à leur disposition.
A lire : le billet L'écologie vue du ciel de André Gunthert
Pour sourire (ah, ça fait du bien!) : L'interview (fausse) de Yann Arthus-Bertrand, Je suis tombé de haut

Commentaires
Je fais depuis longtemps de l'urticaire à YAB. Donc, je n'ai pas vu Home.
Comme souvent, on peut se discuter, face à la starification, à la médiatisation de grands enjeux, si ce sont de simples effets de diffusion (si les thèmes écolos se diffusent partout, pourquoi la marketing y échapperait?) ou s'il s'agit d'entreprise de dévitalisation (si c'est inévitable, autant en présenter une version édulcorée pour échapper aux vraies questions)?
La question se pose pour, en vrac et de façon non limitative, la santé, la politique, la philosophie, l'art, la psychanalyse, le féminisme...
Il semble même Meerkat que des droits ont été réservés pour des objets et autres machins à vendre reprenant le logo Home. J'avais entendu cela il y a déjà quelques jours, d'où mon peu d'envie de regarder cette messe bien pensante. Je me suis plus amusée avec mes femmes désespérées.
J'ai regardé Home vendredi... Outre le fait que des essais d'émetteur (Champagnole) ont perturbé à de multiples reprises sa réception (signal TNT émis depuis Nuits-St-Georges) (y compris à des heures plutôt tardives, ce qui laisse penser que les techniciens bossent tard ou qu'ils quittent les lieux sans état d'âme), j'ai...
- apprécié la beauté des images,
- regretté que YAB rende belle même la pire pollution. Ce qui est troublant,
- pas du tout aimé sa façon de parler : on peut être bon photographe et piètre comédien.
- été troublé par un message dramatique (ça c'est normal, l'état des lieux le vaut bien) qui a laissé la place progressivement à un ton plutôt optimiste qui me paraît déplacé et vendeur de quelque chose... ultérieurement. Comme un retour sur investissement ?
Donc un film à l'image de la banquise dont il évoque la fonte accélérée : beau, glacé, glaçant...
Je n'ai vu qu'une partie du film (pas le début ni la fin), mais je n'ai pas trouvé ça tellement culpabilisant ? J'ai pas aimé ses travellings permanents qui me donnaient le mal de mer, et il aurait dû choisir quelqu'un d'autre pour lire le commentaire car sa voix n'était pas top. Par contre le contenu du commentaire était très intéressant, des infos clés propres à marquer et à faire réfléchir. Les images étaient "distantes" et parfois un peu trop abstraites, mais on voit mieux l'ampleur extrême des choses (les champs, les minières, etc.). Ca donne un autre point de vue que d'habitude, ça ne m'a pas déplu de prendre du recul pour voir tout ça dans sa globalité. Et c'est notamment grâce à ce côté esthétisant que ce film a eu autant d'audience (et donc l'opportunité de sensibiliser beaucoup de personnes).
Certes j'avais un petit malaise en pensant aux sponsors, aux hélicoptères, etc. mais d'un autre côté je savais que c'était une freemen pure et dure qui a écrit le scénario. Et si on éprouve forcément des difficultés à faire confiance à YAB ou à Pinault & co, à elle par contre on peut se fier sans réserve
Isabelle Delannoy : son blog
Pinault peut bien voir ça comme une opération marketing s'il veut, ce qui compte c'est l'impact que ce film aura sur ceux qui le visionneront. Pas sûr que la balance penche dans le sens qu'il croit !
anita, si le marketing ou la publicité parlent d'écologie c'est parce que l'écologie est dans l'air du temps, et que l'air du temps fait vendre. Il y a des cellules de veille, des métiers de "planning stratégique" pour récupérer et mouliner les tendances. Au final, c'est juste un petit coup de peinture verte pour habiller les produits qu'il est si vital pour la pub et les entreprises comme PPR de faire consommer. Sans rien changer.
C'est absolument une entreprise de dévitalisation, qui tronque, édulcore et travestit. Comme dans bien d'autres secteurs, tu as raison hélas !
Ceci dit, dans le marketing c'est sans doute plus clair, l'objectif "VENDRE" clignote allègrement. D'où l'intérêt de se tourner vers des actions apparemment plus "désintéressées" comme Home, ou vers le mécénat.
Valérie, certainement que les produits Home vont débarquer ! Mais tu vois, ça me gêne presque moins que les bénéfices immatériels que va récolter le groupe PPR. Car l'image des entreprises est le nerf de la guerre commerciale et là PPR ramasse le jackpot. A la fin du film défilait en générique le nom de toutes les entreprises du groupe.
mirovinben, comme toi, ce qui m'a gênée, c'est ce décalage beauté / destruction, pessimisme / optimisme. Qui rend le message quelque peu complexe et ambigu. Retour attendu sur investissement, c'est sûr. Beau, glacé et glaçant, c'est une bonne définition !
dieudeschats, moi aussi j'ai raté une partie aux 3/4, le monsieur a une voix soporifique ! En y repensant, je suis d'accord qu'il y a des données clés, mais la force des images est telle, la beauté tellement présente, que je suis quasi sûre que le message en sera écrasé ou tronqué. Je peux me tromper, mais je serai curieuse de connaître la rémanence du message dans le public d'ici à une quinzaine. Que la Terre est belle et qu'il faut y penser ?
En fait, ce que je rejette le plus c'est le point de vue esthétisant qui m'a hérissée. Je le ressens au final comme un manque de respect envers ce qui est pillé et ravagé. C'est ce parti pris et quand même l'argent de PPR derrière qui me font réagir.
Culpabilisant car j'ai plus perçu une mise en cause des individus, la destruction de l'environnement n'était pas clairement replacée dans un contexte économique. Bon, ce n'était pas un documentaire, et j'ai lu que dans le débat (pas vu), YAB a parlé de décroissance.
Ben de nouveau en phase avec toi je n'ai pas regardé ce fameux (fumeux ?) Home. Je m'intéresse certes à l'Ecologie mais sûrement plus aux actions concrètes qu'au discours lénifiants plein de poncifs
Meerkat, c'est certain que regarder ce film ne va pas décider la moitié des gens à soudain revendre leur bagnole et arrêter d'acheter des fraises en mars ! Mais j'espère que son impact sera tout de même plus grand qu'un simple "la terre est belle"... et j'espère qu'il ne sera pas "pensons à prendre nos vacances à l'autre bout du monde pour en profiter"
Pour le reste, je vais essayer de le regarder en entier pour pouvoir mieux me faire une idée.
Jipes, si tu ne l'as pas regardé, comment peux-tu critiquer le "discours" ? Le travail d'Isabelle (le scénario) vaut d'être jugé sur pièce et non sur des a priori.
Je n'ai pas vu ce film et ne le verrai pas mais par contre les images de machin et surtout la com qu'il fait autour de lui comme tout le monde je n'y ai pas échappé. Ce dont je peux témoigner c'est qu'on peut être sur le devant de la scène et faire passer son nom en arrière plan de son discours. Ce qui n'est pas le cas de ce monsieur. Et si ça ne suffit pas il me suffit de savoir que l'autre machin y est associé pour me faire dresser les poils sur l'echine. Parce que ce secod M. machin c'est un grand pollueur et qu'il lui suffirait de claquer des doigts et son fric, qu'il mette son influence au service de l'écologie pour que beaucoup de choses changent.
Hier, je pestais dans mon coin sur l'équation : écolo = bobo qui est très en vogue ces derniers temps.
Bien évidemment dans le but de disqualifier auprès du bon peuple toute action, voir même toute réflexion "écologique".
Et en même temps on assiste à la promotion du modèle écologie "Pinault" ou "Rollex"
Et celle vue par les constructeurs de 4x4 de luxe aussi !!! Bienvenue dans un monde d'harmonie etc.. AREVA, Edf et consorts
J'ai point vu Home, vu que sans télé, et j'irais pas le voir sur le net, na !
Je préfère lire Pierre Rabhi, ou Politis
Merci Meerkat de me permettre de pester auprès de toi
Mais je crois quand même que j'ai envie d'en remettre une couche chez moi.
Grosses bizz de l'Arpenteuse/Râleuse
dieudeschats, tiens je n'y avais pas pensé au catalogue de voyages.
Je ne me sens pas de revoir Home tout de suite (enfin peut-être que si, histoire de regarder à émotions reposées) mais je lirai bien volontiers le texte. Je n'en ai perçu que des flashes, entre le flot somptueux des images et la voix lénifiante. C'était sans doute le paramètre le plus important. Parce que l'emballage...
Pour le connaître un peu à travers ses écrits, je suis sûre que Jipes ne critiquait pas le texte du film en soi, mais l'opération de communication en général, ce genre de choses dont on se dit que l'on n'a pas grand chose à attendre vu ce que l'on sait des protagonistes. C'est peut-être un tort de ne pas aller plus avant, mais moi aussi j'ai regardé... je ne sais pas trop pourquoi.
Je réalise du coup que, jusqu'à ce que tu en parles, je n'avais pas pensé au travail sur le texte, je ne pense pas avoir vu quelque part le nom de Isabelle Delannoy. Ni une réflexion sur le parallèle texte / images. Ce sont les 3 Rois du Pétrole qui ont été mis en avant.
Jipes
Naya, tss tss voyons, tu dis ça parce que tu ne sais pas que monsieur machin n°2 a une carte Velib et qu'il la sort comme argument de sa bonne conscience écolo.
:
Je suis comme toi, lui particulièrement me hérisse le poil. Voilà ce qu'il a sorti au JT de France 2, avant la diffusion du film. Trop drôle
"Moi je crois que ce film montre aussi qu’on peut consommer autrement et que c’est de la responsabilité aussi des entreprises de trouver et d’apporter des solutions pour consommer autrement et se fabriquer un nouvel avenir.”
l'Arpenteuse, j'attends ta prose avec impatience.

Tu peux râler, parler, rêver ici tant que tu veux.
Puis, échange de bons procédés, tu m'as fait penser aussi à un billet de réminiscences musicales (florales aussi d'ailleurs).
Merci pour les liens. Tu sais que Pierre Rabhi est passé récemment à la télé dans un documentaire héhé... mais fort tard, je ne l'ai pas vu. Il a une expression de douceur que j'adore (oui, une tête bien faite à tous les sens du terme).
J'aime bien ce billet aussi, il y a une vidéo de La décroissance sur les Eco-Tartuffe. Peut-être que cela apportera de l'eau à ton moulin (qui n'en a sûrement pas besoin).
Va peut-être falloir que je me mette à bosser, moi, au lieu de courir le web à la recherche d'infos sur Home !
Sacré Meerkat, je vois que décidément nous avons les mêmes lectures
Là impossible de faire concurrence ! C'est le meilleur pour démonter les mécanismes de ces mafieux qui détruisent tout et se posent en donneurs de leçons.
Berk ! Je crois que je n'ai même plus envie d'essayer.
Beau week-end ma belle et grosssssses bizzzz
L'Arpenteuse, je connais peu Pierre Rabhi, je l'ai découvert il n'y a pas si longtemps par le blog Avant la Lettre. Mais j'ai là sur ma table Paroles de terre. Et le fil qui me relie à lui, c'est aussi l'Afrique, et je crois qu'il vit dans les Cévennes. Une histoire de terres aimées donc, de racines sans doute.
Si si, essaies de démonter un peu les choses ! Tu sais bien faire, et il y a du pain sur la planche. Et ça fait du bien !
Ouai ! sauf que j'en ai appris une bien bonne hier. Ma chère mère m'a avoué avoir décidé de voter écolo après avoir vu le film de Mr YAB
Or, ça fait des années que je peine à l'initier à un comportement "écologiquement" respectueux
Que pourrais-je dire après ça. Après tout, s'il est plus efficace que moi...
Bizz ma belle
L'Arpenteuse
Tu sais bien que la pub est étudiée sous tous les angles pour faire son petit effet.
Bouh, je suis bien placée pour le savoir... et pour savoir aussi que l'effet est éphémère. Et que je suis vraiment curieuse de savoir quel est le message qui reste dans les esprits du film de Mr YAB. Peut-être que je serai surprise !
Quant aux vertus du dialogue fille-mère...
Le soir du passage du film, je suis rentrée tard, l'esprit tout confus et encombré. Impossible de le regarder!
Je n'ai pas aimé la musique, j'ai trouvé que c'était trop pompeux pour être vraiment respectueux de la nature.
Pas tellement d'info complémentaire de ce que je lis tous les jours ici et là ( mais qui n'est finalement pas si connu du grand public...)
Par contre, j'ai du mal à rejeter totalement la démarche car je trouve que c'est un premier pas, même si s'arrêter là n'apporte rien de plus qu'un peu de bonne conscience à bas prix.
J'aspire à tellement mieux, tellement plus concret. mais que suis-je capable de faire ?
Des bises
Bé, j'ai été longue à la détente, je vois que tu avais repéré les petites mauvaises odeurs depuis longtemps! Bien d'accord nous sommes.. ;0)
planeth, j'ai lu ton billet, nous ne sommes pas toutes seules sur le coup...
mais je crois que vraiment je suis allergique aux images vues du ciel. Trop haut trop beau tout ça.