Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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samedi 30 janvier 2010

Bonheur du soir

Sur le chemin de la forêt un Anima à grandes oreilles a déposé une merveille. On ne peut plus alléchée, je me précipite au rayon littérature latino-américaine de la bibliothèque de la maison. Zut, de Luis Sepúlveda n'a été engrangé qu'un seul ouvrage, je ne sais comment cela est possible mais il me faudra pallier ce manque. Évidemment je regarde la petite troupe solidaire qui se presse sur ce même rayonnage. Je suis déjà en lecture avec Alejo Carpentier. Tiens, Cent ans de solitude, quel bonheur ce livre, vraiment je devrais le relire. Ah mais là, c'est Julio Cortázar. Hop, Les armes secrètes passe sur le haut de ma pile à lire. Puis je tire Cronopes et Fameux, je feuillète, je tombe sur un discours qui pour le coup me fait sourire jusqu'aux oreilles.

Tout d'abord, le quatrième de couverture de Cronopes et Fameux :

Savez-vous lire l'heure en effeuillant un artichaut ? Tuer les fourmis à Rome ? Monter un escalier en connaissance de cause ? Poser correctement un tigre ? Vous faut-il des instructions pour pleurer ? Pour avoir peur comme il faut ? Vous arrive-t-il de jeter les timbres-poste que vous trouvez laids ? De tremper un toast dans vos larmes naturelles ? Avez-vous parfois envie de dessiner sur le dos d'une tortue une hirondelle ?
Si vous répondez " oui " à six de ces questions vous êtes un Cronope, un de ces êtres qui font, depuis quinze ans, carrière en Amérique latine : on dit -on écrit même dans la presse- que Monsieur X ou Y est ou n'est pas un Cronope authentique. Cela suffit pour que le lecteur sache à qui il a affaire.
Dans le cas contraire, vous risquez d'être un de ces Fameux qui conservent leurs souvenirs enveloppés dans un drap noir : pour votre tranquillité, mieux vaut s'abstenir de lire ce livre.


Et puis le texte, intitulé Discours de l'ours :

C'est moi l'ours des tuyauteries de l'immeuble, des tuyaux de l'eau chaude, du chauffage, de l'air frais, je vais par les tuyaux d'étage en étage, je suis l'ours qui va par les tuyaux.
je crois qu'on m'apprécie car mon poil nettoie impeccablement les conduits, je cours dans les tuyaux sans répit et sans trêve et rien ne me plaît tant que de passer d'étage en étage en glissant le long des tuyaux. Parfois, je sors une patte par un robinet et la jeune fille du troisième crie qu'elle s'est brûlée, ou je grogne à la hauteur du fourneau du deuxième et la cuisinière Wilhelmine se plaint qu'il tire mal. La nuit, je vais en silence, je vais sur la pointe des pattes, je sors mon nez sur le toit pour voir si la lune danse là-haut, puis je me laisse glisser dans la cheminée, comme le vent, jusqu'aux chaudières du sous-sol. Et l'été, je nage la nuit dans le réservoir piqueté d'étoiles, je me lave le museau, d'abord avec une patte, puis avec l'autre, puis avec les deux à la fois ce qui me remplit d'une joie extrême.
Après quoi, je dégringole par tous les tuyaux de la maison en grognant d'aise et les maris-et-femmes s'agitent dans leurs lits et pestent contre la plomberie défectueuse. Il y en a même qui allument et notent sur un petit papier : penser à se plaindre au gérant. Je cherche le robinet qui est resté ouvert à quelque étage -il y en a toujours un- je mets le nez dehors et je regarde l'obscurité des chambres où vivent ces êtres qui ne peuvent se promener dans les tuyaux et j'ai un peu pitié d'eux à les voir si grands et si maladroits, à les entendre ronfler et rêver à voix haute, ils sont si seuls. Lorsque le matin ils se lavent la figure, je leur caresse les joues, je leur lèche le nez, et je m'en vais, vaguement assuré de leur avoir fait un peu de bien.

Julio Cortázar, Discours de l'ours, in Cronopes et Fameux, NRF/Gallimard



La bibliothèque est certainement la plus forte présence dans la maison des bois. Elle a sa vie, ses espaces, ses habitudes maniaques, ses grains de folie. Je la connais assez mal, n'en ayant pas percé tous les mystères et d'ailleurs ne le souhaitant pas. Je soupçonne quelques livres de s'amuser à voyager la nuit, en quête de bonne compagnie, certains d'ailleurs s'oublient par terre. Tandis que d'autres, étroitement accolés, refuseraient absolument de se quitter. Nos relations sont fluctuantes, cette bibliothèque je ne l'aime pas toujours, surtout quand elle m'oppose une façade butée et refuse de donner suite à mes recherches. Bien des fois tous ses livres me pèsent et je me promets de les rôtir dans un grand feu. Souvent sa puissance me réconforte, elle est si chaleureuse quand elle est de bonne humeur. Mais chaque fois que, furetant auprès d'elle, je suis attirée par un livre que je ne savais pas être là, ou que je trouve précisément le livre que je désirais, je sens, au plus profond de ma poitrine, mon cœur se bouleverser. Le lien avec Sevi se retisse immédiatement. A chaque fois, je suis émerveillée de la justesse de ses choix, de l'étendue de ses curiosités. De la somptuosité éclectique de celle qui demeure sa bibliothèque et qui reflète si bien ce qu'il était.

Ainsi, entre la vitalité heureuse de mon souvenir et la gaieté farfelue de ma lecture, je passe ce soir une soirée délicieuse.

Avant d'aller dormir, je glisserai ce discours à ma chaudière, je sais qu'elle en ronronnera de plaisir et qu'elle passera le mot à la tuyauterie, j'espère bien que demain matin, un ours me posera sur le nez un bisou tout mouillé.

mardi 15 décembre 2009

Moon dream


You saw the whole of the moon

samedi 12 décembre 2009

Visage pâle et nom d'animal

Oui la nuit je passe les murailles
Et j'entends le vent des Cornouailles
Et pourtant je la suis vaille que vaille
L'aurais-je dans la peau

mercredi 28 octobre 2009

Le rire de l'horizon

Je ne sais pas grand chose du poète Maurice Fombeure, découvert il y a peu, attirée par les titres de ses recueils. A dos d'oiseau, A pas de souris, Poussière de silence ou encore A chat petit, autant dire que je ne résiste pas. Bonheur de cette écriture limpide, fraîche et profonde, de cet attachement au terroir, à la campagne poitevine où il est né et a vécu, de cette simplicité de trouvère emportée par un souffle lyrique, entre gaieté et tristesse... De source bien informée, ce serait lui l'auteur de l'expression c'est en lisant qu'on devient liseron, sur laquelle tant d'auteurs ont rebondi et qui m'a toujours enchantée. Sous ses mots, Maurice Fombeure esquisse l'ombre d'un chat sur l'herbe, l'espoir des marins qui vont à la pêche quand la lune est en berne, la fluidité des truites en robe fauve, ballerines du silence nageant entre les arbres, la douceur des soirs aux rondeurs de châtaigne. Parsemant ses vers de quelques batraciennes présences, sortilèges d'enfance, les grenouilles chantres des songes nageant au fil de la lune, les crapauds qui chantent depuis le fond des temps. Et d'oiseaux d'étoiles couverts.

Je ris avec tes yeux, cher oiseleur des larmes...

cels

Ciel avec oiseaux, étude de Jean-Michel Cels (1842)

Partir

Mourir sans boire entre les courants d'air,
C'est le destin des dromadaires.
Artillerie des rires, coutellerie des astres,
Ramures des nuages. Je traîne mon amour à l'ombre de tes yeux.
Et mon coeur bat comme un tambour ;
Mon âme est sourde, mes doigts sont gourds,
Je bégaye comme un vieux.
Mais je voudrais partir avec toi
A l'heure où fument les toits.
Une seule étoile monte sur la marée du gazon
Tu es une femme au bord de la mer
Du sommeil ou de la mort,
Entre les forêts frémissantes et le rire de l'horizon.
Partir à cette heure en aéroplane
Ou bien à dos d'âne - comme tu voudras -
Mon bras sur ton bras, les cheveux aux yeux
Et le coeur au vent.
Partir pour Beyrouth ou pour la Norvège
Où se fanent les neiges
Moins blanches que tes bras,
Pour l'Orient rose et rose et noir.
Revenir le soir par les gares, les villes roulées dans la brume
A l'heure où les lampes s'allument
Le long de l'éternité -
- Mais je reste dans la cage de ce bois de sapins.

Maurice Fombeure
Fontaines du temps perdu in Silences sur le toit
A dos d'oiseau - Poésie / Gallimard

jeudi 17 septembre 2009

Grenouillage


grenouilles

le griot et la griotte
le train et la traîne
le cas et la case
le sol et la sole
la chaise et le chais
le cave et la cave
le livre et la livre
l'amant et la mante
le lisier et la lisière
le brouet et la brouette

est-on sûr finalement que le couple masculin-féminin soit une histoire bien assortie ?
non mais, c'est une question sérieuse, je me demandais...
j'ai comme un doute qui passe

de qui est cette image cueillie sur la toile, hélas je n'en sais plus rien... mais ce sont des grenouilles arboricoles

dimanche 30 août 2009

D'août à septembre

Hier, j'ai pris le petit chemin qui longe le côté des maisons. D'abord la nôtre et son long mur chapeauté de tuiles plates. Ensuite, après le saut-de-loup bordé d'arbustes où les chats se guettent en embuscade, celle du premier voisin qui, tous les matins, pratique dix minutes réglementaires de tronçonnage en sifflant. Enfin la dernière maison et sa grande pelouse, deux jeunes enfants nouvellement arrivés jouaient près de l'allée et deux chiens blancs aux babines roses et noires se sont jetés contre la clôture en grondant. Après, ce sont les chaumes de part et d'autre, jaunes, desséchés, piquants. Il faisait doux, le ciel était limpide. Plus loin, au détour du chemin, les nains de jardin sur les fontaines de la maison neuve, et le toit de chaume d'une maison autrefois abandonnée sur lequel poussent des iris et dont le jardin embroussaillé nous plaisait. De l'autre côté, la vieille ferme, la pâture où quelques moutons m'ont suivie d'un long regard entre les espacements des pommiers, la grange aux briques usées. J'ai traversé la grande rue, j'ai aperçu la mairie qui ressemble à une maison de poupée. Contre elle, le cimetière. Je n'y vais jamais. Quand je passe à proximité, je regarde en l'air. Aux premiers temps, dans l'hébétude, je me racontais que c'était là que tu habitais à présent, très vite j'ai cessé de t'imaginer dans ce carré de stèles roides. J'avais suivi le petit chemin pour évoquer tranquillement tes anniversaires, ce que nous avions fait ces jours là, ce que nous nous étions dit. Et c'est ta mort qui m'est venue. Les dates sont si proches à des années de différence.

De l'enterrement, je me souviens des dérèglements, ces notes dissonantes qui crevaient le brouillard. Je savais bien que tu étais mort, j'avais senti tes paupières fermées sur les orbites qui se creusaient, j'avais vu les cernes bleus qui se dessinaient sous la blancheur fine de ta peau, je savais ton long corps étendu bloqué dans une immobilité froide entre les planches. Mais j'étais dans l'effarement d'une incroyable vérité que je ne pouvais concevoir, dans la sensation persistante du décalage, je croyais sans cesse que tu allais te dresser dans l'éclat d'un rire, tout heureux d'un jeu qui m'aurait juste effrayée pour de faux. Il y avait le trop grand cercueil qui ne pouvait pas descendre les escaliers autrement que debout, il y a eu la tombe récalcitrante qui n'était pas prête quand le cortège est arrivé car l'obstacle d'un rocher empêchait de creuser assez profond, il fallait dynamiter, le cantonnier du village n'avait pas eu le temps. Et ton connard de frère qui voulait absolument que la fosse soit maçonnée comme si cette dérisoire armure de béton pouvait te préserver de l'inéluctable délabrement. Finalement tu avais été entreposé en un séjour temporaire et, quelques jours plus tard, enterré contre la pierre éventrée. Une amie m'avait glissé de ne pas m'en inquiéter : ton esprit voyageait tant, m'avait-elle dit, que tu apprécierais le vagabondage. C'était vrai. Il n'y avait ni curé ni fleurs. Je n'ai pas lu le poème que j'aurais aimé lire pour toi. Tes amis n'osaient pas parler puisque je ne disais rien. Ta famille tissait déjà sa sordide toile. Je me souviens que je ne pleurais pas, que je ne ressentais pas alors l'étendue foudroyante de la douleur. J'attendais la solitude pour être plus près de toi. Je tenais debout, stupéfaite, tandis qu'une partie de moi avait été coupée net, irrémédiablement, et brutalement jetée en terre. L'herbe dans le jardin était verte et très haute. C'était la mi-septembre mais il y avait toujours, au cœur des bordures, des fleurs vivantes qui jaillissaient. On se serait crû au printemps. On entendait bêler les moutons de la ferme. Les hirondelles étaient encore là. A présent, elles se rassemblent déjà sur les fils.

Le temps passe, souvent immobile. Je m'arrange avec la vie. Parfois j'aime ailleurs. Une fidélité inchangée demeure. Depuis que tu es parti, tu ne m'as pas quittée.

dimanche 9 août 2009

Pour la beauté du geste

Aimer pour la beauté du geste, pour les amours qui passent, car...

Les amours qui durent
font les amants moins beaux.
Leurs caresses, à l'usure,
ont raison de nos peaux.



(maintenant que j'ai compris comment insérer une vidéo, si quelqu'un pouvait m'expliquer comment on fait pour l'avoir toute petite la boîte à vidéo, je serai vraiment contente, je n'aime pas du tout les gros machins)

Edit : Merci Catherine, j'ai compris ! :-)

lundi 6 juillet 2009

Le long de ton cou

Je reniflerai ton odeur. Je presserai doucement mon corps contre le tien pour le tatouer à ton encre olfactive. Je broderai des contes au parfum sensoriel de ma mémoire de toi.

Dans ton cou, j'aimerais caresser l'odeur de ta peau. Je frotterai mes doigts à la rouille poussiéreuse des greniers de l'été. Je les enduirai du parfum onctueux de la poudre neuve et de l'huile froide, je les alourdirai de la résine poisseuse des pommes de pin. Je laverai mes paumes à ta fraîcheur. Puis je partirai dans un lointain voyage. Je sentirai la moiteur d'une savane nigérienne sous les trombes d'un orage. Je suivrai le sillage ambré d'un port grec au soleil couchant de juillet. Tu aurais une odeur de soleil et d'eau pure. Et tandis que mes doigts s'apaiseraient contre la douceur givrée de ton ventre, je pourrai lécher sur tes lèvres une senteur anisée d'ouzo.

Dans ton cou, j'aimerais boire l'odeur de ton sexe. M'assouvir de ses puissants fumets. Fronçant le nez comme un chat, je laisserai ces arômes nicher sous mon palais, de la pointe de la langue je saurai un à un les défaire puis les recomposer en vibrants assemblages. J'éprouverai les palpitations savoureuses de leurs barbares exhalaisons, les exquis frémissements de leurs fringants accords. Je sentirai s'épandre leurs clairs volutes. Tu aurais une odeur perlée de citron et de chèvrefeuille. J'en agripperai les émanations au creux de moi, jouissant du fondant tiède et de l'acide âpreté.

Dans ton cou, j'aimerais être ton odeur animale. J'épouserai la saveur liquide de sel glissant que dessine dans l'air le bond du poisson chat. Le souffle musqué de la chauve-souris sur l'aile croquante des papillons de nuit. Le râle mâtiné d'herbes fraichement mâchées que murmure le lièvre harponnant tendrement la hase. Je te mordrai un peu. Je sentirai tout ton corps, tes muscles, tes os, ta peau. Tu aurais une odeur de forêt et de vent. Je viendrai à toi. Ce serait comme si un vol de ramiers noirs m'emportait au profond pays des aurores boréales.

rouille
Une magnifique douceur pèserait sur nous. Dans les odeurs de ton cou, je te garderai bien serré. Il serait temps de nous endormir. J'irai fermer la porte. Je jetterai la clé. Je ne te laisserai plus partir.

Photographie "Une étude en rouille" de Anita
Merci Anita.

vendredi 24 avril 2009

Dans le noir, dans le soir...

C'est un poème que j'aurais aimé dire au bord d'un abîme, avant que ne retombent des pelletées de terre. Si j'avais pu parler. Si j'avais pu préparer. Si j'avais été capable de penser. Pas de tristesse. C'est un chant magnifique pour les voyageurs des rêves, ceux qui toujours ont navigué sur le pont des vaisseaux fantômes qu'emportent les sept mers. Ceux qui toujours resteront en marche. Ceux sur qui le désir et la révolte ont toujours soufflé.

Qu'il repose en révolte

Dans le noir, dans le soir sera sa mémoire
dans ce qui souffre, dans ce qui suinte
dans ce qui cherche et ne trouve pas
dans le chaland de débarquement qui crève sur la grève
dans le départ sifflant de la balle traceuse
dans l'île de soufre sera sa mémoire.

Dans celui qui a sa fièvre en soi, à qui n'importent les murs
dans celui qui s'élance et n'a de tête que contre les murs
dans le larron non repentant
dans le faible à jamais récalcitrant
dans le porche éventré sera sa mémoire

Dans la route qui obsède
dans le cœur qui cherche sa plage
dans l'amant que son corps fuit
dans le voyageur que l'espace ronge.

Dans le tunnel
dans le tourment tournant sur lui-même
dans celui qui ose froisser les cimetières

Dans l'orbite enflammé des astres qui se heurtent en éclatant
dans le vaisseau fantôme, dans la fiancée flétrie
dans la chanson crépusculaire sera sa mémoire.

Dans la présence de la mer
dans la distance du juge
dans la cécité
dans la tasse à poison.

Dans le capitaine des sept mers
dans l'âme de celui qui lave la dague
dans l'orgue en roseau qui pleure pour tout un peuple
dans le jour du crachat sur l'offrande.

Dans le fruit de l'hiver
dans le poumon des batailles qui reprennent
dans le fou de la chaloupe.

Dans les bras tordus des désirs à jamais inassouvis
sera sa mémoire.

Henri Michaux in Apparitions

mardi 21 avril 2009

A la lumière du pommier


pommier_en_fleurs

On peut se tromper

- Tiens, c'est une girafe et j'ai cru si longtemps que c'était un pommier. Alors, ces pommes que j'aimais tant?
- C'était de la crotte, Aristide.
- De la crotte ! alors, j'aimais de la crotte?
- Mais oui, Aristide, on peut se tromper et le principal c'est d'aimer.

Géo Norge in Les cerveaux brûlés

Une pitrerie guillerette du malicieux Norge. Dans un éclat de rire, elle me chuchote l'étrangeté des sentiments, la force de cet abandon à aimer. Tendre innocence carnassière. Quand on aime, tout est bon.

Le jardin change à vue d'œil. D'une heure à l'autre des fleurs épanouies se dilatent, des feuilles conquérantes s'étirent. Le parfum de la glycine court la maison, sautant par les fenêtres ouvertes, balayant les vieilles poutres de rasades sucrées, plongeant en de langoureuses attentes. Le marronnier où Valentine établit ses quartiers d'été est encore un peu froissé mais demain il aura déplié ses larges paumes. Les deux chèvrefeuille escaladent le mur, chaque jour un peu plus haut. La blancheur moutonnante du cerisier laisse espérer la rouge douceur des burlats. Les pissenlits, petits soleils irradiants de gaieté, ont envahi l'herbe en larges coulées. Les oiseaux dévorent, je n'ose enlever les mangeoires, la haie de lauriers a muté en une vorace pouponnière. Les roucoulements des tourterelles bruissent l'amoureuse entente. La bergeronnette grise, hochant la tête et la queue, arpente son territoire retrouvé, et j'entends frissonner le crissement froissé du rouge-queue. Bientôt arriveront pucerons et bestioles affamées, mais ils ne sont pas encore là, et je compte sur l'appui des chrysophes translucides. Je m'abandonne à la douceur de l'air, vibrant de la palette fugace des verts tendres fouettée de touches éclatantes de vie. Le jardin a la lumineuse brillance du renouveau.

Le pommier.