Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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dimanche 24 janvier 2010

Un lapin passe au galop


floyd5.jpg

Puisque les écrevisses marchent à reculons, le présent pour elles est toujours un passé qui s'éloigne avec douceur tandis que l'avenir s'éclôt à tout instant comme une intacte surprise. Ah ! quel charme de vie.

Les Écrevisses de Norge
Le sac à Malices in Poésies 1923-1988 chez Poésie/Gallimard


Le dessin ? Non ce n'est pas une écrevisse. J'aurais pu, j'en ai admiré une fort belle, toute éclairée de bleu ou bien de rose. Mais un lapin m'a fait les yeux doux. Et je ne résiste pas à un lapin ni au joyeux coup de patte de l'artiste qui l'a croqué. J'aime vagabonder avec les lapins, ces compagnons des clairs de lune de l'imaginaire, qui gambadent la nuit comme les chats, en de furtifs jeux d'ombre et lumière.

Illustration de Madeleine Floyd, son site est .

jeudi 14 janvier 2010

Black Bird

You fly all night to sleep on stone...

If...
If you...
If you could...
If you could only...
If you could only stop...
If you could only stop your...
If you could only stop your heart...
If you could only stop your heart beat...
If you could only stop your heart beat for...
If you could only stop your heart beat for one heart...
If you could only stop your heart beat for one heart beat.

dimanche 8 novembre 2009

Les poissons qui volent s'amusent


poisson

On ne peut vivre sans principes. Un cheval qui perdrait ses principes mourrait sur le coup. Voici quelques principes d'un enfant.


Principes d'enfant

1
En Afrique, les chameaux sont bousculés par les éléphants.
2
Il n'y a pas un clown qui ait un père. Avez-vous jamais connu le père d'un clown? Vous voyez bien.
3
Les escargots qui ont perdu leurs cornes deviennent tout à fait bêtes.
4
Si on pouvait faire tenir ensemble « demain » et « aujourd'hui », on rattraperait sûrement « après-demain ».
5
Les arbres morts ne cessent pas de se tenir comme il faut.
6
Les gendarmes les plus fiers ne sont quand même jamais revenus avec le soleil captif.
7
Un poirier qui porte des pommes est un autre arbre.
8
Les poissons qui sautent s'ennuient.
9
Un kilo de papillons ne pèse rien, à moins que les papillons ne soient endormis. Père dit autre chose, mais il ne regarde jamais les papillons.
10
Les poules ne pondent pas d'oeuf. Personne ne pond. Il n'y a pas moyen. Elles les déterrent.
11
Les antilopes les plus rêveuses rêvent de caresser la douce poitrine des tigres.
12
Il y a bien longtemps que le soleil a fondu sa poupée, à droite de la lune.
Naturellement personne ne s'en souvient plus.
13
Les fourmis parlent tout bas.
14
En Afrique les paillassons où l'on s'essuie les pieds pour être poli, sont des crocodiles morts.
15
Les guêpes viennent juger comment chez nous on fait de la confiture.
16
Le nez, la bouche, les oreilles, les yeux et le menton, s'il y a deux oreilles et deux yeux, 7, ça fait une semaine. Ça fait aussi un peloton de soldats solides (ceux de ma boîte verte) qui combattent glorieusement pour la France, sans perdre leur képi qui doit encore leur servir le lendemain.
17
Les léopards myopes ne font plus que de petits bonds.
18
Les fourmis à queue sortent rarement.
19
Les Indiens chauves ne se vengent plus.
20
La nuit, les étangs se lèvent et disent: « Nous ne sommes plus morts ». Ils se lèvent, rassemblant l'eau autour d'eux comme des plis. Leur trou est immense, eux partis, qui penchés comme des barriques et hauts comme des cathédrales s'en vont roulant et tobogannant sur les routes, ou circulaient le jour tant d'autos conduites par des aveugles aux lunettes vertes.
Au petit matin, les étangs d'abord limpides, remuent et ramènent à la surface (ce sont des fourmis qu'ils emportent), se sentant affaiblis par ce poids, ils disent:
« On partira pour tout de bon demain, oui demain. » C'est ainsi que le matin ils sont tous revenus à leur trou, en écartant les roseaux; mais, s'il y a sur l'étang des canards, comment tout ça se passe-t-il ?
21
Les poissons meurent les yeux ouverts.

Henri Michaux, Le Disque Vert, 4ème Série - N°3, 1925

Aloys Zötl, Étude de poisson exotique, aquarelle sur traits de crayon noir, 1871


Ohlala, je me régale en compagnie de ces deux loustics, Michaux et Zötl ! Quel beau dimanche ! La magique pensée d'enfance de l'un, l'incongrue rascasse volante de l'autre me réjouissent au plus haut point. Que serait le monde sans les poètes, sans ces petits pas de côté qui nous emmènent si librement ailleurs. Me voilà cependant déroutée et éblouie par l'immense étendue de tout ce que je ne connais pas. Évidemment, j'ai la tête qui bourdonne avec Henri Michaux, il me prend la folie furieuse de le dévorer tout entier ce dont je suis heureusement tout à fait incapable. Mais, pour un peu, si j'avais aimé les profs et si je n'avais pas passé tout mon temps scolaire et universitaire à bailler aux corneilles en périssant d'ennui, je recommencerais bien des études, moi. Quand je pense à tous ces écrits, ces peintures, ces dessins, ces musiques, ces films, ces pays, ces personnes, ces animaux, tout cela et bien encore, que j'aimerais approcher d'un peu plus près... Vite, rêvons ! Rêvons de caresser la douce poitrine des tigres, n'est-ce pas Belle Arpenteuse ?

samedi 24 octobre 2009

L'ombre des bêtes


rien

Parfois, quand je marche dans les bois, je m'invente une rencontre : supposons me dis-je qu'aux détours d'un sentier forestier, une étrange créature m'accoste. Une sorte de génie, mi-humain mi-chèvre, avec des oreilles pointues, un regard plissé et intense, emmitouflé d'un long cache-poussière en cuir fauve rapiécé, appuyé sur une canne fourchue, portant un grelot au poignet et un carquois à l'épaule. Il se mettrait à me parler, il me dirait : moi je sais plein de choses sur toi, et aujourd'hui si tu veux continuer ta route, il faut que tu me dises quels sont les regrets de ta vie.
Là je renâcle un peu, je n'ai pas vraiment envie de me pencher sur ce problème. Déjà les regrets et les remords forment dans ma tête une histoire bien embrouillée. Et puis, ce qui est fait est fait, je n'aime pas penser que je puisse regretter quoi que ce soit.
Mais la créature attend et elle n'est pas commode. Elle va me filer un coup de sabot si je ne lui réponds pas.
Alors, savez-vous ce que je lui raconte, un geste que je n'ai pas accompli qui régulièrement me revient ? Nous étions en Ardèche, mon greffe Tatanka, fringant parigot débarqué pour la première fois de son cinquième étage, découvrait la liberté, les courses en pleine nature, et chassait voluptueusement. Accoudé dans l'herbe rase sur le terre-plein derrière la maison, il terrorisait un mulot à nonchalants coups de patte acérés. Je me suis dirigée vers lui pour récupérer la bestiole, la relâcher plus loin. Quand je me suis aperçue qu'une des pattes arrières avait déjà été croquée, j'ai hésité, j'ai laissé faire, il a été dévoré. Souvent je me demande si ce mulot n'aurait pourtant pas préféré vivre, même avec une patte un peu grignotée.
Les voilà mes regrets, ceux qui me sont douloureux. Des animaux que je n'ai pas préservés. Qui par mon indifférence, mon incapacité, ma bêtise, sont morts. Ce bébé chauve-souris que je n'ai pas su nourrir correctement, cet oisillon tombé du nid que je ne suis pas arrivée à déposer en un endroit sûr où les parents auraient pu continuer à le nourrir, cette hirondelle que j'ai enfermée dans le garage sans l'avoir repérée, cette merlette qui s'est cassé le cou contre la baie vitrée, ce chat roux fracassé par une voiture et abandonné sous une pluie glaciale, ramassé en pleine nuit mais que le vétérinaire n'a pas pu sauver.
Je pense à eux, fragments de plomb sous le cœur. Ceux que j'ai protégés m'apaisent mais ne compensent pas.
Je ne sais encore de quel lieu de mon enfance, de quel manque, de quelle détresse ou de quelle rage, viennent mon identification animale, et cette angoisse déferlante qui m'engloutit quand une bête souffre ou meure. Même la plus petite. Ni pourquoi trop de place en moi reste encore prise par ceux qui sont morts, bêtes et gens. Même ceux que je ne connais pas. Mais je commence sans doute à l'entrevoir. Peut-être.


Illustration de Claudine et Roland Sabatier in La Grande Encyclopédie des Lutins de Pierre Dubois

mardi 29 septembre 2009

Les lièvres sont tristes

Moi aussi. J'ai encaissé la mauvaise nouvelle en feuilletant distraitement une revue vieille d'un mois dans une salle d'attente. Barry Flanagan, le sculpteur qui avait choisi le camp des lièvres bondissant librement dans les vallées du Sussex a rejoint ceux d'entre eux qui aiment aussi se tenir sur la lune. Je ne le connaissais pas, mais il m'accompagnait bien souvent, c'est comme ça. Et ses bronzes aux longues oreilles, dégingandés et longilignes, continueront de boxer, réfléchir, battre du tambour, danser et cavaler à toute allure dans les plaines de ma mémoire.

leaping_harel

Leaping Hare de Barry Flanagan


samedi 12 septembre 2009

Le tigre


Il y a quelques instants, j'étais tranquillement fort occupée à ne rien faire quand ma greffe Valentine Chacureuil me tombe sur le râble, le poil ébouriffé et le regard courroucé.

- Ca ne peut plus durer comme ça, qu'elle me dit, j'en ai ma claque de risquer ma vie à chaque instant quand je me promène dans mon jardin.
- Hmmh ? Pourtant les hirondelles, tes ennemies jurées qui te tombent dessus en piqué quand tu les embêtes, sont parties que je lui rétorque.
- Nan, tu n'y es pas du tout, râle-t-elle, forcément tu ne sais rien faire de tes dix doigts, tu ne sais même pas que mes entrées privatives se coincent et que si je suis poursuivie par un tigre, crac, je me casserai le nez dessus, je ne pourrai pas me réfugier dans ma maison, le tigre me trucidera, là, contre ta chattière de malheur.

walton-ford_tigre.jpg

Diable, l'heure était grave si un tigre pouvait effroyablement occire Valentine par ma faute ! Par chance, confronté à une question de vie ou de mort, mon génie du bricolage consent à s'éveiller. J'ai donc saisi mes tournevis. Dévissage des chattières et extraction des portes de la maison. Ouverture en deux, beuark, l'intérieur est plein de choses louches mais apparemment inertes, bien qu'il y ait aussi des cocons suspects. Lessivage. Démontage des portes battantes, remise en place des caoutchoucs. Auscultation. Vérification admirative du mécanisme, un système simple et ingénieux. Réajustage de l'ensemble. Zut, où ai-je rangé les vis ? Ah bien sûr, elles sont restées par terre. Revissage sur les portes. Fonctionnement impeccable. Je suis fière de mes talents.
La greffière en chef, impériale, consent à effectuer un essai et daigne accorder son feu vert.

Nous sommes heureuses de vous annoncer que désormais, à la maison des bois, les tigres se casseront les dents sur les chattières.

Illustration de Walton Ford

mardi 11 août 2009

Langueurs estivales

J'accoste la semaine la plus insolite de l'année, celle qui me laisse la curieuse sensation d'être comme étrangère au cours de l'actualité. Bien qu'ayant l'habitude de vivre perdue en pleine campagne, j'ai toujours, à cette période du 15 août comme d'ailleurs à celle de Noël, l'impression d'être parachutée sur une autre planète. Une planète désertée et léthargique. Il ne se passe rien nulle part, sauf dans les coulisses du pouvoir où les réformes dévastatrices continuent de s'ourdir sans trêve, chez les traders qui ouvrent toute grande leur avide escarcelle, sur la plaine de Crau saccagée par la vague noire d'un oléoduc... mais tout cela semble couler de soi, mollement amorti par les ressacs vacanciers.

Au diapason, je me laisse aller, voguant au fil d'un temps qui s'étire en douceur. Le nez en l'air, je paresse, abandonnée en de longues siestes nonchalantes, amusée par la lecture diagonale des rebondissements d'un roman superbement mal écrit (Katherine Pancol, huhu). Je feuillète les rubriques beauté des journaux féminins en quête d'élixir miracle, ponce puis crème et parfume mon corps de senteurs ambrées, orne mes pieds d'un vernis aux tons de coquillage.
Certes, évidemment que j'ai un rapport à rendre pour le début de la semaine prochaine. Mais bon, rien ne presse, n'est-ce pas ? D'abord penser un peu à l'endroit où je vais à mon tour partir... M'en aller vraiment en un lointain et hasardeux voyage ? Ou me jeter dans l'immédiateté de quelques lestes aventures toutes proches ?

Il faut quand même que je surveille de près la seconde nichée d'hirondeaux. Tout emplumés mais le bec encore bordé du bourrelet jaune de la prime enfance, gonflant leur gorge rousse, le trio se tient à présent au bord du nid. Je ne voudrais pas rater la première tentative d'envol, qui m'étouffe discrètement de rire tellement ils sont hésitants à se jeter dans le vide, l'un poussant l'autre, jusqu'à ce que les parents les privent de becquée pour les encourager à s'élancer enfin, titubant de l'aile, hors le domicile familial.

rosier

Mon rosier grimpant préféré, le seul qui ne joue pas les délicats

Le jardin respire un air léger d'abandon, l'herbe a jauni, des feuilles sèchent et commencent à tomber en certains endroits, les roses se font plus rares. Par contre le trèfle se répand avec un zèle sans égal, les orties émergent vaillamment au cœur d'un massif qui s'ensauvage, les cosmos se haussent gaiement du col, les capucines se déchaînent et les pucerons aussi. La bourrache poilue que je croyais disparue, fidèle à son caractère magique, agite le bleu céleste de ses corolles là où je ne l'aurais pas attendue. Les papillons sont de retour et les graines explosives de la vigne vierge sont assaillies par les hordes bourdonnantes des abeilles. Le portail grince, gêné par l'allongement insidieux d'une des branches du cèdre qui vient malencontreusement l'alourdir. Il va falloir trancher. Demain peut-être. J'attends la pluie avec impatience, qui pourrait m'éviter d'avoir à arroser les plantes les plus assoiffées. Je peste d'habiter, paraît-il, le Sahara de la Normandie.
J'ai eu une grande récolte d'abricots, délicieusement fondants et goûteux bien que plutôt vilains d'aspect. Je dîne de pêches plates à la chair fine, mais les cerises c'est hélas terminé, le prix devenait astronomique.

Les chats dorment. Gribouille, qui s'est pris une peignée d'un énorme malotru que j'ai dû pourchasser à coups d'arrosoir, squatte prudemment un fauteuil. Valentine Chacureuil, qui reste une campagnarde en vadrouille même par temps de canicule, est probablement à l'abri d'une futaie, étalée de tout son long à même une terre qu'elle affectionne. La Commandante bougonne en ronflant. Félicité se remet lentement d'une brutale insuffisance hépatique aigüe, et la douce toute amaigrie est encore un peu tremblante sur ses fines pattes grises. Elle a 17 ans. GrandManitoudesChats continue je t'en conjure à bien veiller sur elle, laisse-la moi encore un peu, encore beaucoup, elle est si précieuse ma Félicité.

Les oiseaux sont presque silencieux, juste quelques notes flûtées d'alerte filtrant de ci de là, les merles se font aussi plus discrets, cédant un peu de leur superbe devant un pivert roublard dont les visites sur leurs platebandes deviennent insistantes. Le petit peuple ailé ne s'ébroue plus qu'au tout petit matin, au moment où les chauve-souris rentrent de leurs chasses et avant que les hirondelles, entraînées dans de virevoltantes acrobaties, ne remplissent de leur gazouillis joyeux la plénitude de l'été.

mercredi 8 juillet 2009

Brumes dormantes


zotl

Le guépard de Aloys Zötl, 7 avril 1837


Au fond, nous ne savons rien des animaux et Zötl a infiniment raison de corriger la version officielle...
Julio Cortázar in Le Bestiaire d'Aloys Zötl


A bientôt.

dimanche 7 juin 2009

L'oiseau africain


poule_aux_mille_perles

La "poule aux mille perles", art populaire de Tanzanie


La légende raconte que la pintade naquit un jour de l'amour et du chagrin. Il y a bien bien longtemps, Méléagre, fils du roi de Calydon, se fourvoya pour l'amour de l'intrépide chasseresse Atalante et s'en vint à tuer ses deux oncles. Sous l'emprise de la douleur, sa mère brisa alors le charme qui liait la vie de Méléagre et celui-ci mourut. Ses sœurs tant aimées, les Méléagrides, terrassées par le chagrin, le pleuraient si violemment que la déesse Artémis transforma ces inconsolables en oiselles, leurs larmes vinrent s'incruster sur leurs plumes, une insatiable capacité à se lamenter leur fut léguée. Dépositaires à jamais de la mémoire fraternelle, les pintades, méléagrides en grec, étaient nées.

C'est pourquoi, si l'on regarde bien leur plumage noir bleuté, on peut voir dans la constellation des gouttes immaculées qui le pare, les larmes autrefois versées. Certains préfèrent imaginer des perles précieuses, car la pintade est aussi oiseau porte-bonheur. Oiseau de paradis, oiseau sacré. Ses traces se lisent jusque dans l'écriture des tombeaux égyptiens, ses empreintes se relèvent au creux des mosaïques byzantines, ses barbillons rouge et noir ornent les peintures du Quattrocento, son image dessine le nom du peuple des Nubiens...

Cet oiseau mythique est vieux comme le monde, la pintade vient de la terre d'Afrique qui a vu naître les premiers hommes, elle est arrivée chez nous avec les navigateurs lusitaniens partis à la recherche d'une route vers les Indes.

Liée à Artémis, déesse de la vie sauvage, la pintade est d'une farouche indépendance. La pintade est une guerrière, une indocile, qui ne s'est jamais vraiment adaptée à la vie en basse-cour. On ne l'enferme pas dans un poulailler, elle prend la clé des champs pour courir la campagne, hanter les buissons. Elle reste profondément l'Oiseau négre, la pintade marronne qui cavalait sur les chemins de la liberté auprès des esclaves en fuite, un symbole de la lutte contre l'esclavage. Une messagère d'un autre monde, d'un ailleurs toujours possible.


Merci à L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques, de Jean-Marie Lamblard.

lundi 11 mai 2009

A quoi rêvent les girafes ?


girafes

Rothschild's Giraffes de Peter Beard


Je ne sais pas danser une salsa langoureuse. Je ne sais pas ce qu'est le monde pour une girafe. Je ne sais pas si une girafe se pose une telle question. Je ne sais pas ce que c'est qu'être un garçon. Je ne sais pas ce qu'il y a dans l'univers. Je ne sais pas ce qui se passe au centre de la terre. Je ne sais pas ce qu'est la mort. Je ne sais pas ce que c'est qu'être chef. Je ne sais pas ce que c'est que de commander. Je ne sais pas planter le blé. Je ne sais pas comment s'alignent les mots. Je ne sais pas faire la roue sur les mains. Je ne sais pas tuer. Je ne sais pas pourquoi il y a eu Verdun ou Auschwitz. Je ne sais pas pardonner. Je ne sais pas faire le pain. Je ne sais pas jouer au poker. Je ne sais pas comment sont les égouts ni comment était Babylone. Je ne sais pas comment vivaient les Étrusques ou les Apaches. Je ne sais pas comment est l'Amazonie. Je ne sais pas ce que c'est que vivre avec un enfant. Je ne sais pas ce que c'est qu'avoir un père. Je ne sais pas ce qu'est la baie des Anges ni ce qu'est le Kilimandjaro. Je ne sais pas ce que c'est que chanter sous la douche. Je ne sais pas courir derrière mon ombre. Je ne sais pas si quelqu'un a passé sa vie à écrire. Je ne sais pas parler avec les lions. Je ne sais pas swinguer. Je ne sais pas jouer du saxo. Je ne sais pas où je vais. Je ne sais pas très bien ce que je fais là. Je ne sais pas surfer sur la mer. Je ne sais pas m'arrêter. Je ne sais pas m'arrêter d'aimer quand on ne m'aime plus. Je ne sais pas ferrer un cheval. Je ne sais pas changer une roue. Je ne sais pas dire peut-être. Je ne sais pas sauter en parachute. Je ne sais pas vivre sous terre. Je ne sais pas ce que je sais. Mais je sais qu'il y aura toujours et toujours quelque chose, quelqu'un à connaître.