Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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mardi 29 septembre 2009

Les lièvres sont tristes

Moi aussi. J'ai encaissé la mauvaise nouvelle en feuilletant distraitement une revue vieille d'un mois dans une salle d'attente. Barry Flanagan, le sculpteur qui avait choisi le camp des lièvres bondissant librement dans les vallées du Sussex a rejoint ceux d'entre eux qui aiment aussi se tenir sur la lune. Je ne le connaissais pas, mais il m'accompagnait bien souvent, c'est comme ça. Et ses bronzes aux longues oreilles, dégingandés et longilignes, continueront de boxer, réfléchir, battre du tambour, danser et cavaler à toute allure dans les plaines de ma mémoire.

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Leaping Hare de Barry Flanagan


dimanche 7 juin 2009

L'oiseau africain


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La "poule aux mille perles", art populaire de Tanzanie


La légende raconte que la pintade naquit un jour de l'amour et du chagrin. Il y a bien bien longtemps, Méléagre, fils du roi de Calydon, se fourvoya pour l'amour de l'intrépide chasseresse Atalante et s'en vint à tuer ses deux oncles. Sous l'emprise de la douleur, sa mère brisa alors le charme qui liait la vie de Méléagre et celui-ci mourut. Ses sœurs tant aimées, les Méléagrides, terrassées par le chagrin, le pleuraient si violemment que la déesse Artémis transforma ces inconsolables en oiselles, leurs larmes vinrent s'incruster sur leurs plumes, une insatiable capacité à se lamenter leur fut léguée. Dépositaires à jamais de la mémoire fraternelle, les pintades, méléagrides en grec, étaient nées.

C'est pourquoi, si l'on regarde bien leur plumage noir bleuté, on peut voir dans la constellation des gouttes immaculées qui le pare, les larmes autrefois versées. Certains préfèrent imaginer des perles précieuses, car la pintade est aussi oiseau porte-bonheur. Oiseau de paradis, oiseau sacré. Ses traces se lisent jusque dans l'écriture des tombeaux égyptiens, ses empreintes se relèvent au creux des mosaïques byzantines, ses barbillons rouge et noir ornent les peintures du Quattrocento, son image dessine le nom du peuple des Nubiens...

Cet oiseau mythique est vieux comme le monde, la pintade vient de la terre d'Afrique qui a vu naître les premiers hommes, elle est arrivée chez nous avec les navigateurs lusitaniens partis à la recherche d'une route vers les Indes.

Liée à Artémis, déesse de la vie sauvage, la pintade est d'une farouche indépendance. La pintade est une guerrière, une indocile, qui ne s'est jamais vraiment adaptée à la vie en basse-cour. On ne l'enferme pas dans un poulailler, elle prend la clé des champs pour courir la campagne, hanter les buissons. Elle reste profondément l'Oiseau négre, la pintade marronne qui cavalait sur les chemins de la liberté auprès des esclaves en fuite, un symbole de la lutte contre l'esclavage. Une messagère d'un autre monde, d'un ailleurs toujours possible.


Merci à L'Oiseau nègre, l'aventure des pintades dionysiaques, de Jean-Marie Lamblard.

samedi 3 mai 2008

Des métamorphoses

Parfois, quand je rentre tard chez moi ou que je pars tôt, je vois un renard traverser la petite route à l'endroit où la forêt jouxte les champs. Ces rencontres survenues seulement à trois reprises depuis que j'habite près des bois, portaient chacune le frémissement joyeux de l'imprévu. Une fois le renard a simplement traversé d'un bond faisant flotter la touffe blanche de son panache roux, une autre fois il a continué à trottiner d'un air dégagé allongeant ses pattes charbonneuses, la dernière fois il se tenait assis dans le champ fraîchement moissonné probablement à l'affût d'un mulot, et il a tourné la tête vers moi, étirant ses yeux obliques en un lent regard tranquille. Fascinants renards, créatures de toute beauté, surdoués de l'adaptation, à l'intelligence aigüe et à la mémoire d'éléphant.

Musardant sur les traces du goupil, me revient cet étrange classique de la littérature anglaise publié en 1922, La femme changée en renard de David Garnett.
Une jeune épouse adorée qui se transforme subitement en jolie renarde à fourrure rouge. Un mari gentleman éperdu qui tente de poursuivre la vie commune avant de donner la liberté à celle qu'il aime puis de devenir le parrain de ses renardeaux, continuant à l'aimer désespérément par delà la barrière des espèces. Et jusqu'à la folie, car gare aux chiens de chasse qui viendront semer la mort ! Un conte entre fantastique et merveilleux. A la fois grave et farfelu, tendre et cruel.

Cette histoire de métamorphose de la belle en bête, de la sainte en putain, du civilisé en sauvage, parle surtout pour moi de la part d'animalité cachée dans le désir, et de sa nécessaire acceptation. L'amour est fou, l'amour est aveugle, mais l'amour est tolérant qui peut s'éprendre des facettes les plus mystérieuses de l'autre. Qui, de l'homme ou de la femme, de l'homme ou de la bête indique ici à l'autre de quelle manière s'aimer ? Comment accepter de dévoiler à l'autre notre part cachée la plus intime ? Qu'est-ce que chacun acceptera de voir ou pas de l'autre, osera ou pas regarder ? C'est toute la question de l'amour.

Un petit aperçu, au moment où le mari amoureux comprend que, s'il l'aime, il doit libérer sa fauve épouse :

renard enluminure « Quand il revint, une demi-heure plus tard, elle avait disparu de nouveau, mais il y avait près du mur un trou assez grand où elle était enterrée toute entière sauf la queue, et elle creusait désespérément.
Il courut au trou, y plongea son bras et lui cria de sortir ; elle n'obéit pas. Il la tira alors par le flanc, puis, comme sa main glissait, par les pattes de derrière. Dés qu'il l'eut sortie de là, elle se retourna brusquement, attrapa sa main et le mordit près de la jointure du pouce. Elle lâcha prise presque immédiatement.
Ils restèrent ainsi face à face pendant une minute, lui à genoux, elle devant lui, l'image même de la méchanceté et de la fureur sans repentir. Etant à genoux, Mr Trebick se trouvait presque à la hauteur de sa femme dont le museau touchait son visage. Les oreilles aplaties, les gencives découvertes, montrant ses dents si belles dans un silence hargneux, elle semblait le menacer de le mordre une seconde fois. Son dos était légèrement arqué, son poil hérissé et sa queue tombante. Mais c'étaient ses yeux surtout qui retenaient ceux de Mr Trebick, ses yeux dont les prunelles fendues le regardaient avec rage, avec un acharnement sauvage.

renard enluminure De sa main le sang coulait très fort, mais il ne faisait attention ni à sa blessure, ni à la douleur ; toutes ses pensées étaient pour sa femme. "Eh ! bien ? Pourquoi êtes-vous tout à coup si féroce ? Si vous me trouvez toujours ainsi entre vous et la liberté, c'est parce que je vous aime. Est-ce un tel supplice que de vivre avec moi ?" Pas un muscle de Silvia ne bougea.
"Vous n'auriez pas fait cela, pauvre bête, si vous n'étiez pas malheureuse. Vous désirez votre liberté ? Je ne peux vous garder malgré vous ; je ne peux exiger votre fidélité à des serments prononcés au temps où vous étiez une femme. A quoi bon ? Vous avez même oublié qui je suis." Les larmes commencèrent alors à couler le long de ses joues, il sanglota, puis lui dit :
"Allez, je ne vous retiendrai pas. Pauvre bête, pauvre bête, je vous aime, je vous aime. Partez, si vous le désirez. Mais si vous vous souvenez de moi, revenez. Je ne vous retiendrai jamais contre votre gré. Allez, allez. Mais d'abord embrassez-moi."

renard_enluminure Il se pencha vers elle et posa ses lèvres sur les crocs menaçants, mais bien qu'elle continuât à gronder, elle ne le mordit pas. Puis il se leva rapidement et alla à la porte du jardin ; elle donnait sur un petit pré , à la lisière d'un bois. Dès qu'il l'ouvrit, la renarde passa comme une flèche, traversa le pré comme une bouffée de fumée et en un instant disparut. »


Les histoires de métamorphose d'humain en animal et vice versa m'enchantent. Finalement, je ne suis pas sûre d'avoir renoncé à débusquer un crapaud qui se transformera en prince avec un baiser. Ni à me changer en Bête pour un Beau.
Sur les rives d'Outrelande néanmoins, pas de véritable métamorphose, je continue de parcourir les mêmes chemins. Ce sont les miens. Mais je vais consacrer une part plus belle à la dimension animale, aux relations à l'animal, à la représentation d'un monde qui nous est si largement inconnu et qui nous façonne. Et je vais approfondir la rubrique Lédésor, pour parler des personnages et des œuvres qui me touchent.

Davit Garnett était l'ami de Virginia et Leonard Woolf et appartenait au groupe de Bloomsbury. Le wiki m'apprend que, enfant, il portait un manteau en peau de lapin, ce qui lui valut le surnom de Bunny, sous lequel ses amis et ses proches le désignèrent tout le long de sa vie. Décidément, je ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, mais au niveau des connexions, ça marche tout seul !!

Images : enluminures médiévales du Bestiaire

lundi 4 février 2008

Le lièvre flegmatique

Foin des passades amoureuses, j'ai envie de parler de ceux que j'aime depuis longtemps. Là au moins, je suis en terrain sûr. J'ai déjà largement commencé, il y a des personnes, des lieux, des choses diverses et variées qui me tiennent à coeur et je m'en vais organiser cette rubrique (c'est de la cuisine interne, d'accord, mais de temps en temps, mon besoin de rangement doit trouver à se satisfaire).

Voici donc, pour inaugurer ma rubrique Lédésor, le sculpteur gallois Barry Flanagan qui m'a tapé dans l'oeil il y a des lustres, même si je n'ai jamais vu ses sculptures pour de vrai. Cela arrivera bien un beau jour.

Après avoir tâté du bois, des étoffes, des cordes, de l'argile, de la pierre... car il s'est confronté à quasi toutes les matières, Flanagan en est venu au bronze, d'une part parce qu'il voulait relever le défi de la sculpture dans un matériau vraiment redoutable, d'autre part pour le plaisir de travailler à plusieurs et notamment de faire équipe avec des fondeurs. Il ne souhaite appartenir qu'à une seule tradition, celle qui perpétue la pratique physique du coulage de bronze.

J'ai été harponnée par Flanagan car il sculpte nombre d'animaux, des éléphants, des chevaux, et surtout il fait au sein de son bestiaire la part belle aux lièvres. Il s'est d'abord intéressé à la bête pour des raisons personnelles : sa femme aimait les chiens et la chasse à courre, lui a opté pour le camp des lièvres, comment ne pas vibrer pour un tel homme (il a aussi divorcé huhu) ! Les lièvres, il voulait continuer à les voir bondissant tranquillement d’est en ouest sur les Sussex Downs lors des dernières grandes neiges, et il aimait savoir qu'ils se tiennent aussi sur la lune.

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The Boxing Hares

Mais le lièvre est avant tout pour Barry Flanagan une idée, qui se prête parfaitement au dynamisme de la sculpture. C'est surtout l’aspect burlesque de l’animal qui l’a tenté, ses longues oreilles qu'il déploie en tout sens avec plaisir et malice, sa silhouette dégingandée qu'il étire hors du vraisemblable. Tantôt comiques, tantôt mélancoliques, frémissants de vie, ses lièvres nous emmènent danser (en hommage à Nijnsky dont Flanagan est un admirateur), gambader, boxer et battre du tambour dans les vertes contrées enfantines (Lewis Carroll n’est pas si loin…). Parfois, les lièvres sont posés sur une autre forme sculptée, cloche ou pyramide, cette superposition évoquant un vaisseau courant à travers la vie. Des images de liberté empreintes d'humour et de poésie.

drummer

The Drummer

De plus, ce sculpteur dont le lièvre est devenu la signature célèbre à travers le monde, est lui-même un personnage attachant. Rien que ce patronyme qui fleure bon la flibuste, du moins à mes oreilles, campe le non conformiste, l'amateur d'Alfred Jarry. Un regard pétillant de fantaisie. Un artiste à l'humour décalé, qui ne se prend pas au sérieux, se voit en chef d'orchestre bien plus qu'en créateur, et s'estime flatté et même comblé si on rit en voyant (ses) oeuvres. Un lièvre mâtiné de tortue comme il se doit, qui sculpte sans se presser, à sa façon et à son rythme.

Je pourrais me reposer sur mes lauriers et interrompre ma course. Mais j'ai déjà fait assez d'erreurs comme ça. Je n'ai aucun talent particulier, mais je suis du genre coureur de fond et je n'ai sans doute pas dit mon dernier mot. Je suis simplement un sculpteur qui continue son métier, comme le ferait un paysan, un pêcheur, un cuisinier, un fondeur, n'importe quel ouvrier, ou bien une femme au foyer ou un maître de maison. Bref, je continue sur ma lancée.

Sources : un entretien découpé dans un vieux Libération et pieusement conservé... et des bribes par ci par là sur la Toile
A voir : une exposition à Nice, en 2002/2003, ici et

mardi 10 avril 2007

Un sculpteur africain

L’exposition d’une partie du travail de Ousmane Sow installée il y a 8 ans sur le Pont des Arts à Paris est toujours dans ma mémoire. Comment oublier le choc de sculptures dont s’échappe tant de vie, de force et d’émotions. Il est difficile de dire ce qui touche profondément dans une œuvre de poète. Mais avoir entrevu à travers la petite lucarne ce géant dont l’intense présence est toute auréolée de douceur a ravivé en moi le désir d'essayer.

Ce que fait surgir l’artiste Ousmane Sow qui aime raconter des histoires à travers ses sculptures a quelque chose de poignant. Seule la sensibilité me guide, dit-il.

portrait du sculpteur Ousmane Sow

Ousmane Sow travaille sur le souffle d’une inspiration qu’il puise dans son âme et son coeur, dans sa connaissance du corps humain car il a longtemps exercé comme kinésithérapeute, et qu’il alimente par la photographie, le cinéma, l’histoire. Il n’a nul besoin de modèles ou d’esquisses préparatoires. Je représente l'homme, c'est tout, dit-il. Je laisse les images naître d'elles-mêmes.

Et il façonne avec sa propre matière, une pâte magique, mélange de terre, d’eau et de nombreux produits mystérieux, qu’il a inventée et qu’il garde secrète. Très longtemps macérée, riche d’odeurs et couleurs, cette pâte est ensuite appliquée à l'aide de tissus barbouillés sur une ossature de fer recouverte de toile de jute et de paille. Malaxant, pétrissant, enduisant, brûlant et colorant, Ousmane Sow révèle notre vérité humaine à travers toutes les failles et les imperfections de la matière.

Ce sculpteur érige des titans, hommes et animaux plus grands que nature, qu’il arrache de notre mémoire et ramène à la vie. Lutteurs Nouba, guerriers et bergers Masaïs, bergers et villageois Peuls, Gall chef de guerre Sioux à la bataille de Little Big Horn, chevaux blessés hennissant à la mort… Des protagonistes campés dans des scènes de groupe. Batailles et luttes, vie quotidienne aussi.

Ces figures puissantes et souvent brutales, saisies en plein mouvement, serrent étrangement le cœur. Elles portent le poids de l'absurdité du monde sur leurs vastes épaules qui se courbent. Leurs regards droits et profonds qui nous fixent ou leurs yeux tristes qui se détournent vers le sol et le lointain nous posent de lancinantes questions. Ces géants farouches et violents sont aussi des êtres tendres et fragiles. Qui nous retiennent près d’eux par leur douceur et leur douleur.

Ousmane Sow a vécu une vingtaine d’années en France. Il s’est à présent ancré à Dakar, le port d’attache de sa terre africaine. On dit que sa maison, née de son imagination et entièrement recouverte de la matière avec laquelle il travaille, ressemble à une de ses sculptures.

Moi qui aime tant la brousse ivoirienne de mon pays d’enfance, peut-être reprendrais-je un jour contact avec l’Afrique par le détour du Sénégal. Qui sait si je n’y rencontrerais pas Ousmane Sow à l’ombre des tamarins ? C’est un peu le rêve que je fais.

Sources principales : le site officiel Ousmane Sow, vraiment somptueux et les entretiens qui y sont consacrés à l'artiste, une rétrospective de son œuvre parue aux éditions Actes Sud sous la direction de Béatrice Soulé, un article de Florence Charpigny. Photographie de Béatrice Soulé.

Edit : Chamamy nous offre ce superbe portrait d'une statue de Ousmane Sow, ici. Prise lors de l'exposition des oeuvres de l'artiste au Pont du Gard. Merci !

vendredi 23 février 2007

La battue du galop

Sourire au lèvres et chamade au cœur, Louki et moi sommes quasi hypnotisées, époustouflées. Tout va très vite sur la boucle de la piste, une ronde hallucinante et ininterrompue nous met au bord du vertige. Emportées par la cavalcade, nous ne sommes pas sûres de tout saisir, mais la fête, la poésie et l’humour du voyage nous transportent.

Battuta de Zingaro. Battuta, la battue du galop en tzigane.

Une fontaine d’eau qui tombe comme une pluie au centre de la piste.
Une musique endiablée, avec le fracas des cuivres de Moldavie d’un côté, et l’emportement des cordes de Transylvanie de l’autre côté.
Des chevaux blancs, des chevaux noirs lancés à brides abattues.
Une poursuite haletante, alternant le galop des chevaux, les prouesses acrobatiques des cavaliers, le défilé des carrioles bringuebalantes accompagnées de chiens qui cavalent.
Des cavaliers galopant aux côtés de leurs chevaux, voltigeant sur leur dos, effectuant un passage sous leur ventre, sautant d’un bord à l’autre de la selle.
Une oie aux ailes déployées. Un faux ours qui fait le singe. Un âne en goguette.
Et de ci de là, quelques moments de douce lenteur, une mariée qui passe son long voile flottant derrière elle comme s’il portait ses rêves.

une mariée à cheval

Le cœur s’ouvre, les émotions et les souvenirs affluent. C’est la mémoire des Tziganes qui nous revient, leur fougue, leur romanesque, leur humour. Un souffle de liberté et un vent d’espoir. Bartabas aime les chevaux, eux qui aiment tant le galop, et nous fait aimer les Tziganes. Nous pouvons vivre tous ensemble. On peut vivre de sa passion.