Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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mardi 26 janvier 2010

J'irai par les forêts... #1

Je voudrais m'enfouir dans le sanctuaire d'une forêt. Je voudrais redevenir toute petite au pied d'un tronc immense, levant les yeux sur des branches dressées vers le ciel épanouies en aérien bosquet. Je voudrais fouler le tissu élastique d'un tapis tissé d'humus et d'écailles semé de racines, humer à plein cœur des senteurs d'âcres ténèbres et de vertes feuillées, sentir battre sous mes doigts de rugueuses écorces, fendre l'écran des branches et des feuilles enchevêtrées en de vivantes lianes. Je voudrais me perdre dans une forêt, traverser l'épaisseur des futaies, rejaillir transformée à l'orée des plaines, emplie du désir de vivre.
Alors, j'ai mis mes pas dans les pas des écrivains [1] partis à la rencontre des forêts du temps perdu... Fangorn, Brocéliande, Athshe, Amazonie... Forêt douce, forêt dévorante, forêt vierge, forêt profonde où coulent les secrets...

Me voilà dans les traces de Henri Michaux passant avec lui les frontières d'une botanique imaginaire. Etrangeté d'une forêt probablement située entre l'Équateur et la Grande Garabagne, dans un Ailleurs végétal où les arbres, s'évadant des contraintes de leur règne, sont devenus autres. Extraordinaires mutants dépourvus de feuilles, ils vivent intensément leur vie singulière, expérimentant de puissants pouvoirs mimétiques, déployant de curieux appendices, tranquilles ou affamés, agressifs ou rieurs. En cette forêt des métamorphoses, façonnée par les désirs de l'instant, tout est mouvements et changements, reptations inquiétantes et bourgeonnements joyeux...

Dans ce pays, il n'y a pas de feuilles. J'ai parcouru plusieurs forêts. Les arbres paraissent morts. Erreur. Ils vivent. Mais ils n'ont pas de feuilles.
La plupart, avec un tronc très dur, vous ont partout des appendices minces comme des peaux. Les Barimes semblables à des spectres, tout entiers couverts de ces voiles végétaux ; on les soulève, on veut voir la personne cachée. Non, dessous ce n'est qu'un tronc.
Il y a aussi, dans la forêt de Ravgor, de tout petits arbres trapus et creux et sans branches qui ressemblent à des paniers.
Les Karrets droits jusqu'à la hauteur de cinq ou six mètres, là tout à coup obliquent, pointent et vous partent en espadons contre les voisins.
D'autres avec de grandes branches dansantes, souples comme tout, serpentines.
D'autres avec de courts rameaux fermes et tout en fourchettes.
.../...
D'autres qui se tendent sous la pluie comme des courroies et grincent ; on se croirait dans une forêt en cuir.
Les arbres à chapelets, et les arbres à relais.
Les arbres à boules terminales creuses, munies de deux rubans. Par grand vent étaient emportées ces boules, et volaient, ou plutôt flottaient lentement, semblables à des poissons, des poissons qui vont enfin regagner la rivière après un voyage pénible, mais le vent les chassait et elles allaient s'empaler sur les arbres à fourchettes, ou roulaient à terre par centaines, formant un immense plancher de billes, se bousculant et comme rieuses.


bialobrzeski.jpg

Les Badèges ont des racines grimpantes. Une racine sort tout à coup, vient s'appuyer contre une branche d'un air décidé, l'air d'une monstrueuse carotte.
.../...
L'arbre le plus agréable, c'est le Vibon. L'arbre à laine. On voudrait vivre dans sa couronne. Quantité innombrable de rameaux ont ses branches, et chacune secrète une antenne de laine, si bien qu'il y a là une grosse tête laineuse. c'est le Bouddha de la forêt. Mais il arrive que les Balicolica (ce sont des oiseaux) y viennent habiter. Ils crottent partout. Alors c'est une odeur infecte qui se forme là, et il faut brûler l'arbre.
L'arbre à baleines de parapluie ; d'autres tout en lamelles, si vous y donnez un coup fort, tombent en s'ouvrant comme un paquet de cartes.
.../...
Les Romans, sans aucune hauteur, à peine la couronne sort de terre, ça leur suffit, mais larges... larges.
Parfois, vous ne voyez que plaines et c'est une forêt, une forêt de Romans. Les branches reposent sur le sol, allongées comme des serpents, les plus jeunes on peut les voir avancer, et on les entend si le sol est sablonneux et sec.
Dans les branches en cerceaux des Ricoites, les singes passent et sautent continuellement.
.../...


Texte : Notes de Botanique de Henri Michaux dans Mes propriétés (extraits) in La nuit remue, chez Poésie/Gallimard
Illustration : Paradise Now de Peter Bialobrzeski (son site)

Notes

[1] J'ai l'intention de démarrer une petite série présentant des textes que j'aime sur la forêt, la rencontre entre la forêt et l'eau. Si par hasard vous avez dans vos boites à images de quoi les illustrer et que le jeu vous tente, merci de me contacter ou de vous signaler en commentaire. Le prochain texte concernera certainement l'Orénoquie luxuriante de Alejo Carpentier.

dimanche 29 novembre 2009

Freedom



C'était en 2005 déjà. Emoh de Lou Barlow. Ecouté et réécouté, tout et puis le titre Legendary. Un folk doux et dépouillé, et j'adore quand les chanteurs jouent en acoustique. And now ladies and gentlemen, son deuxième album solo Goodnight Unknow, sorti en octobre.
C'était juste un petit coucou du fond de la marmite. Parfaitement, la vie est belle, il y a les musiciens et les poètes, de tous temps et de tous acabits.


Edit : pour en savoir plus, vous pouvez aller  ! Belle balade, j'y ai passé un temps très inspirant. :-)

dimanche 8 novembre 2009

Les poissons qui volent s'amusent


poisson

On ne peut vivre sans principes. Un cheval qui perdrait ses principes mourrait sur le coup. Voici quelques principes d'un enfant.


Principes d'enfant

1
En Afrique, les chameaux sont bousculés par les éléphants.
2
Il n'y a pas un clown qui ait un père. Avez-vous jamais connu le père d'un clown? Vous voyez bien.
3
Les escargots qui ont perdu leurs cornes deviennent tout à fait bêtes.
4
Si on pouvait faire tenir ensemble « demain » et « aujourd'hui », on rattraperait sûrement « après-demain ».
5
Les arbres morts ne cessent pas de se tenir comme il faut.
6
Les gendarmes les plus fiers ne sont quand même jamais revenus avec le soleil captif.
7
Un poirier qui porte des pommes est un autre arbre.
8
Les poissons qui sautent s'ennuient.
9
Un kilo de papillons ne pèse rien, à moins que les papillons ne soient endormis. Père dit autre chose, mais il ne regarde jamais les papillons.
10
Les poules ne pondent pas d'oeuf. Personne ne pond. Il n'y a pas moyen. Elles les déterrent.
11
Les antilopes les plus rêveuses rêvent de caresser la douce poitrine des tigres.
12
Il y a bien longtemps que le soleil a fondu sa poupée, à droite de la lune.
Naturellement personne ne s'en souvient plus.
13
Les fourmis parlent tout bas.
14
En Afrique les paillassons où l'on s'essuie les pieds pour être poli, sont des crocodiles morts.
15
Les guêpes viennent juger comment chez nous on fait de la confiture.
16
Le nez, la bouche, les oreilles, les yeux et le menton, s'il y a deux oreilles et deux yeux, 7, ça fait une semaine. Ça fait aussi un peloton de soldats solides (ceux de ma boîte verte) qui combattent glorieusement pour la France, sans perdre leur képi qui doit encore leur servir le lendemain.
17
Les léopards myopes ne font plus que de petits bonds.
18
Les fourmis à queue sortent rarement.
19
Les Indiens chauves ne se vengent plus.
20
La nuit, les étangs se lèvent et disent: « Nous ne sommes plus morts ». Ils se lèvent, rassemblant l'eau autour d'eux comme des plis. Leur trou est immense, eux partis, qui penchés comme des barriques et hauts comme des cathédrales s'en vont roulant et tobogannant sur les routes, ou circulaient le jour tant d'autos conduites par des aveugles aux lunettes vertes.
Au petit matin, les étangs d'abord limpides, remuent et ramènent à la surface (ce sont des fourmis qu'ils emportent), se sentant affaiblis par ce poids, ils disent:
« On partira pour tout de bon demain, oui demain. » C'est ainsi que le matin ils sont tous revenus à leur trou, en écartant les roseaux; mais, s'il y a sur l'étang des canards, comment tout ça se passe-t-il ?
21
Les poissons meurent les yeux ouverts.

Henri Michaux, Le Disque Vert, 4ème Série - N°3, 1925

Aloys Zötl, Étude de poisson exotique, aquarelle sur traits de crayon noir, 1871


Ohlala, je me régale en compagnie de ces deux loustics, Michaux et Zötl ! Quel beau dimanche ! La magique pensée d'enfance de l'un, l'incongrue rascasse volante de l'autre me réjouissent au plus haut point. Que serait le monde sans les poètes, sans ces petits pas de côté qui nous emmènent si librement ailleurs. Me voilà cependant déroutée et éblouie par l'immense étendue de tout ce que je ne connais pas. Évidemment, j'ai la tête qui bourdonne avec Henri Michaux, il me prend la folie furieuse de le dévorer tout entier ce dont je suis heureusement tout à fait incapable. Mais, pour un peu, si j'avais aimé les profs et si je n'avais pas passé tout mon temps scolaire et universitaire à bailler aux corneilles en périssant d'ennui, je recommencerais bien des études, moi. Quand je pense à tous ces écrits, ces peintures, ces dessins, ces musiques, ces films, ces pays, ces personnes, ces animaux, tout cela et bien encore, que j'aimerais approcher d'un peu plus près... Vite, rêvons ! Rêvons de caresser la douce poitrine des tigres, n'est-ce pas Belle Arpenteuse ?

jeudi 16 avril 2009

Sauter dans le vide


villa_amalia

VILLA AMALIA, un film de Benoit Jacquot

Une femme qui part et se transforme.
Je veux couper.
Je veux éteindre ma vie d'avant.
Partir avec la volonté que personne ne vous retrouvera.
Larguer les amarres.
Trancher. Tout liquider. Faire le vide.
Ne rien expliquer, ne rien justifier.
Partir pour se redéployer ailleurs.
Disparaître pour renaître.

« A une certaine heure de la vie, il faut sauter dans le vide avec pour seul parachute le désir de s'élever.
C'est difficile, mais c'est la seule façon de connaître que l'on peut voler. »
Lorette Nobécourt

vendredi 10 avril 2009

De l'air, de l'air !


chatrougeVibrations rapides, excitées, tumultueuses... Elles vous mènent vers des contrées inconnues, tant mieux ! Oui, cette semaine parle d'un changement d'état d'esprit, de lieu de vie ou de moyens d'existence. C'est le moment de vous lâcher dans le courant, de couper avec des éléments liés au passé, de vous lancer dans l'aventure ! Au travail, laissez tomber la routine, changez d'habitudes, de collaborateurs ou de façons de travailler. Donnez-vous de l'air, des opportunités. En amour, sentez-vous libre d'agir comme bon vous semble. Et si les choses doivent se terminer... elles se termineront.

Soyons clair. Attention ! Cette prédiction, j'ai un droit de regard dessus, elle ne concerne que moi. Et certainement pas toutes celles dont la somme de la date de naissance fait 8 (je dis "celles", car cela vient d'un journal féminin).

Pas mal non ?
Alors, hier, j'ai accepté un nouveau contrat de boulot. Pas franchement différent, mais quand même, une autre façon de faire.
Puis, la chose amoureuse qui doit se terminer, bon beh, j'm'en vais lui couper les roupettes, là ça commence à bien faire !
Puis passer un peu le passé à la baye, pourquoi pas ?

Puis, je me suis lancée avec enthousiasme dans la technique, j'ai envie de comprendre tout ce qu'il y a dans le tréfonds de mon blog, de savoir un peu me débrouiller. J'apprends à monter un blog grâce à abc dotclear, une super initiative de Kozlika pour que même les nouilles qui ne savent rien (juste comme moi) puissent installer leur blog de A à Z et en saisir toutes les ficelles. J'ai déjà appris plein de choses. Si ça vous tente, venez nous rejoindre. Il y a plein de monos sympas. Et quand même dotclear, c'est le top du top.

Mais juste, les contrées inconnues, dépêchez-vous, parce que ça ne marche que jusqu'à ce soir minuit et que je ne veux pas me retrouver dans ma citrouille.

PS personnel : Loupiotte, tu as vu ? Juste pile poil dans l'esprit de ta si jolie phrase de vie. :-)

samedi 14 février 2009

J'aime la Saint-Valentin



joie Yeah ! Le bon verdict est tombé alors que je n'y croyais plus. Gribouille n'a pas de lésion cancéreuse des os. Certes une prolifération anarchique de tissus suite probablement à une morsure quand il part guerroyer les matous, mais c'est tout. Traitement médicamenteux. Pas d'amputation. Merci très fort à vous tous de vos pensées. C'est bien la première fois que je me réjouis de la Saint-Valentin. Un coup de magie de Valentine c'est sûr !!


lundi 12 janvier 2009

La piste aux étoiles

La coutume serait d'espérer en de grandes envolées mais, par les temps qui courent, je m'en tiendrai à vous souhaiter de beaux atterrissages, tout colorés d'humour et de gaieté, tout emplis de douceur et de rage.

oiseau_bleu

Ronald Searle


Merci à vous tous de vos passages et de vos pensées. Des réponses sont certainement prévues en haut lieu, dès que ma greffe favorite consent à prendre la plume. La ménagerie d'outrelande s'affaire en silence, l'esprit aussi animé qu'un merle unijambiste.

lundi 17 novembre 2008

Another world

J'ai besoin d'un endroit paisible, j'ai besoin d'un autre monde...

Il est bientôt là !!! Antony a retrouvé les Johnsons !!! Je savoure les cinq titres du EP Another world. Quatre ballades profondes au piano, un blues irradiant. Et cette voix, ses souffles, ses déchirures, ses douceurs. Des ondes d'émotion.
Pour patienter, en attendant en début d'année son prochain album The Crying Light, que l'oiseau Antony présente par ces mots : J'y évoque les paysages et l’avenir. Je pense beaucoup à cela : les paysages du monde et les paysages intérieurs propres à chacun.

antony


Le clip, sur le site d'Antony ici
La photo est ancienne, mais j'aime le fragile regard perdu de l'aérien colosse.

dimanche 5 octobre 2008

Way To Blue


fuite

Fuite - Photographie de Frédéric Netter

Les arbres m'ont dit que la tempête ne cesserait plus
Envole moi, l'oiseau dont je ne saurai jamais rien
Toi qui partis dans la nuit que mon geste avait créé


Merci à Frédéric Netter de me prêter en illustration une de ses photos. Mes pensées peuvent s'y déployer, planantes, tant celle-ci me parle. De fuite projetée vers l'ailleurs probablement, du double rivé au cœur certainement. Deux êtres ailés si semblables mais dont on ne sait s'ils se rapprochent ou s'éloignent l'un de l'autre, dont l'un est peut-être l'envers de l'autre, sa part d'ombre. Ou sa part de lumière, celle qui jamais ne se retrouve. Ou si peu, si mal. Et j'écoute Antony Hagerty, sa voix puissante et feutrée où la douceur prend corps avec la douleur. I'm a bird girl now... and the bird girls can fly...

vendredi 23 mai 2008

Pour un rêve...


palmier

Cueille, cueille la rose et ne t'occupe pas de ton destin
cueille cueille la rose et la feuille de palmier et relève
les paupières de la jeune fille pour qu'elle te regarde
ETERNELLEMENT

Robert Desnos - Extrait de Pour un rêve de jour

Un rêve de jour. Un rêve de nuit. Partie vers l'ailleurs pour des moments bleus. Je vous dis à très bientôt et vous laisse en compagnie de Ani DiFranco que j'aime tant. Avec des baisers d'avance pour celui qui me l'a fait découvrir.
(et merci à Nérichon qui a installé le zinzin qui joue de la musique)