Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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vendredi 22 janvier 2010

Une luciole brille dans la nuit



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Qu'est-ce que la vie ? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au couchant.

En avril 1890, sur le point de mourir, Isapo-Muxika grand chasseur et grand guerrier de la nation des Blackfeet parla, une dernière fois, de la vie.
in Pieds nus sur la terre sacrée - Textes rassemblés par T.C. McLuhan


21 janvier 2010, 19 heures


lundi 19 janvier 2009

Tendre est l'oreille

En même temps qu'à l'ombre des poètes, je me réfugie à la douceur des chats. La colère me bloque, le sentiment de trahison me hante emmêlant ses écheveaux d'épines à la trame sombre de l'abandon. Entre les appels coupants des sirènes de la vengeance, la tristesse afflue. Je serre les poings. Je m'allonge sur le dos, je pose Félicité contre mon coeur, petite masse chaude et alanguie étirant sa tête dans mon cou, m'effleurant des oreilles et me chatouillant des moustaches. Sous ce poids enroulé qui s'abandonne, tout en moi se détend et s'ouvre peu à peu, mes côtes se desserrent une à une tandis qu'un souffle libéré montant du ventre dilate ma poitrine. Nos respirations s'accordent en cadence. Je m'apaise en fermant les yeux, Félicité s'endort en ronronnant. Instant de trêve.
Pour ne pas avoir à écrire, je lis. Et je recopie. Parce que je ne tiens pas non plus à m'éloigner tout à fait d'outrelande. La copie, je connais, une part de mes études en est pétrie. Et encore maintenant, je ne fais après tout que tisser des ponts entre des pensées éparses, des mots jetés par les uns que je rencontre, les autres que je questionne, recopiant et rebâtissant sans trêve des chemins plus balisés.
Je ressors Le chat dans tous ses états de Jean-Louis Hue une nouvelle fois. Une traque vagabonde, précise et subtile, documentée et rêveuse. Une écriture aussi somptueuse et racée que le plus balafré des greffiers.
Et comme j'admire encore la coiffe blanche et rose de Félicité, je retrouve ce passage, ode à la beauté agile et si expressive des oreilles félines.

oreille_feline

Le chat vit pour l'élégance, qui est l'art de s'exprimer à travers la forme la plus ajustée et sobre qui soit. Une revue de détail s'épuiserait à trouver un quelconque laisser-aller. Pas un seul pli, pas un seul faux mouvement.
Même les oreilles, organes souvent grotesques et mal entretenues chez d'autres espèces, restent irréprochables. Elles sont taillées sur mesure. Une vingtaine de muscles équipent chacune d'elles ; un petit soufflet à leur base garantit leur indépendance de mouvement. Sans exagération, ces oreilles peuvent tout dire.
Droites et inertes, elles accusent la perplexité du chat, esquissant un bonnet d'âne infligé à un élève un peu ballot. Un léger bruit suffira à les dégourdir. Elles révèlent alors leur fonction première de cornet acoustique, appréhendant les sons comme une main le fait d'un objet. Elles les localisent, les enveloppent, tâtonnent à la recherche d'une position d'écoute idéale. Une porte claque, et elles tournent autour d'un huis imaginaire. Une souris couine, et elles débusquent la proie.
On peut vivre sourd et tout de même bien entendre : il suffit de regarder ces oreilles-là. Elles rendent évidents les décibels.
Soudain repliées sur elles-mêmes, elles sculptent un masque de guerrier et annoncent un combat proche. Un dessin rond, de poils diversement colorés, s'inscrit parfois à leur revers : certains chats sauvages s'offrent ainsi une sorte d'oeil supplémentaire, propice à effrayer l'ennemi.
Rejetées en arrière, devenant peu à peu invisibles, elles trahissent une grande peur. Elles tirent la tête du chat vers l'arrière, la mâchoire s'ouvre, le nez, les joues, le crâne se plissent et des dizaines de rides drainent la face vers le ciel. L'allure générale évoque la mine ahurie de quelqu'un ôtant son passe-montagne.
Entre l'oreille belliqueuse et l'oreille poltronne, il existe quantité d'autres oreilles, bonasses, interrogatrices, posées en parenthèses, désolées, contrites, ou simplement étourdies, sans parler des oreilles qui se contredisent entre elles et perpétuent un dialogue de sourds.

Jean-Louis Hue, extrait de Le chat dans tous ses états

lundi 1 septembre 2008

Cette chanson pour cette reine...



felicite

Félicité by Anita


Un jour d'août ensoleillé, Félicité a tranquillement approché une Belle Dame pourtant accompagnée d'une baleine blanche et munie d'un appareil photo. On dira que la rencontre s'est illuminée d'étincelles. Depuis, à la maison des bois, il y a une greffière qui se pavane en roucoulant, une zumaine qui sourit toute seule et des embruns perlés d'amitié accrochés aux fenêtres.

J'ai encore piqué une photo ici. Je sais, ça fait beaucoup, mais c'est la loi des séries. Puis quand même, c'est ma greffière, et moi aussi je me pavane en la regardant. Et pendant ce temps là Ismaël Lô et Marianne Faithfull chantent... Et les trois autres greffiers réclament chacun leur portrait, ce portrait singulier qui livre un peu de leur secret...

samedi 12 juillet 2008

In the pink loom


Contrairement à Chamade (du moins à ce qu'il semble), Félicité est toute heureuse de s'exposer chez Dr. CaSo. Soyons honnête, je ne lui ai pas dit que le sujet concernait un "truc à quatre pattes" (un truc ? y-) ). Donc là-bas, les bidules à pattes fleurissent, ça vaut le coup d'œil.

felecite_loom

Le fauteuil rose où Félicité se vautre (pardon, se repose), est un authentique Lloyd loom, fait en papier kraft enroulé autour d’un fin fil d’acier puis tissé en nattes, réputé indestructible. C'est un des premiers meubles que j'ai acheté quand j'habitais un minuscule appartement, et il m'a suivi partout parce que je l'adorais. Deux générations de chats se le sont approprié et l'ont réduit à l'état de loque. Mais je ne peux pas le leur enlever, il trône donc toujours dans la cuisine, il y a toujours un greffier étalé dedans.
Ah non, excusez-moi, Valentine me souffle dans l'oreille qu'il s'agit d'une œuvre d'art féline. Ah bon. Un jour il me faudra donc exposer leur sculpture.


Edit : depuis hier Valentine Chacureuil me poursuit en brandissant ses sources (vous ne savez pas ce que c'est que de vivre avec une greffière qui sait parler, lire et écrire !). Voici, sous la pression, deux réalisations artistiques de ses congénères (elle râle que les scans ne sont pas au point, c'est vrai) :

maxwell store

Maxwell sur Gerty, une oeuvre en cours. Le galon habilement distendu du brocart évoque une gueule ouverte tandis que le travail complexe des griffures, au-dessus, suggère habilement un museau humide reflétant la lumière. Deux fils verticaux pendant de la mâchoire inférieure font aussitôt penser à deux filets de bave et l'ensemble (dont les pieds) représente vraisemblablement une vue frontale de Gertrude, le saint-bernard avec lequel Maxwell partage la maison.

Bad Cat avec Store vénitien. Il a fallu neuf mois d'efforts pour créer, en rongeant et griffant avec diligence, cette vision hardie d'un chat qui franchit cette barrière domestique, produit de la technologie. L'œuvre stigmatise sans ambiguïtés les objets de consommation de masse qui entravent la liberté de mouvement du chat contemporain.

Livre de chevet de Valentine d'où proviennent ces merveilles : Le mystère des chats peintres de Heather Busch et Burton Silver (ils ne se commettent donc pas seulement en peinturlures)

mardi 9 octobre 2007

Doux songes

En rebond sur le billet de Tarquine qui me trotte en tête depuis que je l'ai lu et qui rend si bien hommage au pouvoir apaisant de nos greffiers la nuit. A Félicité qui absorbe les mauvaises ondes.
Je rêve quelques jours. A très bientôt.

felicite endormie

mardi 14 août 2007

Macofeeling

J'ai toujours eu un penchant pour Mac. Certains peuvent se demander pourquoi vu je n'y connais rien, mais d'abord les objets à la pomme sont fort beaux à mes yeux, presque ludiques, et ensuite je ne suis entourée que de fanas de Mac. D'ailleurs je n'ai jamais vu un PC de (très) près.
Mon premier ordinateur était un Mac SE. Un bien joli petit cube. J'en ai eu d'autres ensuite, lui je l'ai gardé. Il marche encore, je ne sais pas comment je pouvais travailler sur un si petit écran mais j'en étais très contente à l'époque.

Félicité sur le SE
Félicité aimait bien se jucher sur le SE pour me surveiller et m'encourager à la tâche. Il a été plus difficile pour elle de tenir sur le sommet arrondi du iMac mais elle y arrivait. Puis je suis passée au portable, et sur le iBook, pas question de la laisser s'asseoir sur le clavier. Alors elle se tient à côté, mais curieusement l'inspiration passe moins bien.

samedi 24 mars 2007

Naissance d'une beauté

Une minuscule chatonne grise et blanche s'est pointée un jour d'orage dans une rue qui s'appellait et doit toujours s'appeler la rue du Nord et du Sud, bien beau symbole de l'alliance. Je m'y étais égarée, nous étions deux à être perdues. Elle s'est fermement installée sur ma chaussure et je l'ai donc rapatriée vers mes pénates. En débarquant dans l'appartement, ce poids plume a poussé un rugissement, mon vieux pépère de chat roux s'est enfui épouvanté et elle lui a piqué toute sa pâtée.
Ainsi s'est présentée Félicité.

quelle jolie Félicité
Aux premiers temps de sa vie, Félicité nous a semblé plutôt étrange. Avec sa coiffe d'oreilles roses de petit cochon, son profil blanc rappellait fortement le bull terrier anglais, alors que le profil gris était nettement plus félin. Surexcitée, elle se lançait dans de frénétiques galopades dans tous les sens, me traversant la figure sans la moindre gêne si j'étais couchée, puis elle adoptait on ne sait pourquoi le train compassé d'un sénateur en retraite. Elle n'était pas très bien vue, ni par le maitre des lieux qui la surnommait La Bestiasse ni par le chat outré de tant de bizarrerie. Même moi, je n'osais trop me prononcer.

Mais elle était vive, gaie, attendrissante, son poil plus doux et satiné que la soie réjouissait la main. Elle a très vite su nous mettre dans sa poche. Et surtout, nous nous sommes mis à la trouver ravissante et ceux qui prétendaient qu'elle était curieuse nous ont semblé dotés d'un sens esthétique défaillant.

Une part de la beauté est subjective. Aucun canon esthétique ne l'enfermera.

Aujourd'hui Félicité a 15 ans, elle s'est bien assagie. Mais elle est toujours la plus jolie des greffières.
Posée sur ses fesses au coin de mon bureau, elle fait un brin de toilette. Je la regarde. Un rayon de soleil illumine sa fourrure de reflets nacrés, ses yeux verts se marbrent de mouvances dorées et l'intérieur de ses oreilles roses forme le plus délicat des coquillages. Qu'elle est belle ma beauté de chat !