Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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mercredi 13 janvier 2010

Féeries cherchent logis

AVISSE...... A TOUS..... C'EST URGENT !!


Le festival Les Féeries, dont la première édition devait se dérouler au château St Jean le Blanc près d’Orléans, vient de perdre son lieu d’accueil et cherche en urgence une salle (ou un champ !) à louer pour le week-end des 22 et 23 mai 2010.

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Le critère principal : l’accessibilité en transports en commun pour les festivaliers. Région à peu près indifférente.

En termes de logistique, rien de bien sorcier : il faut des murs pour exposer et de la place pour poser des stands… Idéalement il faudrait une surface de minimum 200m² en intérieur et beaucoup d’espace extérieur pour mettre des tables.
Un dossier technique complet peut être envoyé sur simple demande.

Ce festival doit avoir lieu.
Si vous connaissez un lieu pour poser Fééries, si vous avez des idées, des pistes d'un endroit adapté, merci de laisser vos suggestions en commentaires et je transmettrai, ou alors portez directement de bonnes nouvelles chez Naya, ici.

N’hésitez pas à relayer ! Merci pour eux ;-)

samedi 21 novembre 2009

Cuisine d'entrechats



A la maison des bois, la zizanie rôde ce jour. Valentine Chacureuil veut absolument que nous participions au concours organisé par ses potesses canadiennes. Dûment mandatée et accréditée par les Coquines, Dr. CaSo s'est vue en effet obligée de proposer ici un jeu de haute volée : le principe est certes apparemment aisé puisqu'il suffirait juste d'envoyer sa recette préférée, celle que vous faites souvent parce qu’elle est facile à faire et qu’on vous en redemande, accompagnée d'une photo... mais il en va hélas tout autrement de la réalisation...

D'une part il a fallu nous rendre à une cruelle évidence, à savoir que nous n'avons plus de coquillettes dans le placard pour préparer notre fabuleuse recette de Coquillettes au Beurre Gratinées, d'autre part force est de constater que notre APN est inapte à magnifier une préparation culinaire issue de mes blanches mains et pastrouillée par une patte poilue.
Et allons donc le torchon brûle entre ma greffière et moi, cette voyoute déplorant, du fait de toutes ces incompétences cumulées, de laisser filer le merveilleux cadeau pôlnordesque promis à l'heureux gagnant que désignera un tirage au sort. Elle en personne bien entendu, car la diablesse ne doute de rien.

Aussi, avons-nous décidé de laisser libre cours à notre inspiration. Qu'on se le dise dans les chaumières à félins, la recette ci-dessous est un sacré must !

chat mediterranee

Chat de la Méditerranée de Balthus

Recette délice pour greffier bienheureux

pêcher dans le congélateur un filet de poisson, du colin sinon du merlan
poser délicatement sur un ravier, couvrir et mettre au micro-ondes
faire cuire 2,5 minutes de chaque côté
placer le filet cuit à point dans une (jolie) coupelle, le sectionner de quelques rapides et légers coups de fourchette
disposer élégamment les morceaux (le chat est un artiste dans l'âme)
ajouter une petite cuillerée de yaourt nature
parsemer de paillettes de levure de bière
décorer d'un zeste d'olive verte
servir tiède et attendre les compliments

PS : Comment ça, nous ne pourrions pas jouer pour de vrai ? Ce serait de la triche ? Mais pas du tout, Valentine pour une fois n'a pas mis la patte au ballon que je sache !

mercredi 2 septembre 2009

Croquandises exquises

Sur une idée piquée à brol, et entraînée par Valentine Chacureuil qui n'en manque pas une.
Parce que, moi aussi, j'aimerais bien faire sortir les lurkers du bois. Allez gentils lecteurs qui accostez juste d'un oeil aux rives d'outrelande, oui même vous qui n'entrevoyez mes fatrasies que livrées dans un agrégateur, lancez-vous à me laisser un signe de vous, risquez un petit commentaire, cela me fera plaisir !

Bien sûr, tous ceux qui commentent et ont commenté sont également fort bienvenus. Histoire de prendre, reprendre et maintenir le contact. :-)

Donc, voilà... le jeu est facile...

chatpoisson

Quelques gourmandises dont je me délecte :

- la guimauve, cette gomme élastique informe et tendre qui fond dans la bouche et colle aux doigts, mangée là immédiatement presque sur le seuil de la boulangerie
- le gratin dauphinois, que préparait ma grand-mère, dévoré dans sa cuisine en Provence, mélange onctueux croustillant sur le dessus, régal inégalé dont je grattais les bribes dorées accrochées au fond du plat de terre cuite
- le lait d'orgeat, à l'inimitable parfum d'amandes fraîches, à siroter à la terrasse d'un café romain un beau jour de mai (et bien sûr, la "mauresque" marseillaise, le pastis agrémenté de sirop d'orgeat, oh et là je pense à la kémia avec les fèves au cumin, les pommes de terre à la harissa... )
- la soupe thaïe au poulet et vermicelles d'un grand du surgelé, dont j'ai toujours quelques exemplaires au congélateur, histoire de me réconforter le soir quand je rentre très tard, ou quand la seule idée de cuisiner me ferait sauter le repas
- les pâtes aux cailloux, dont j'ai déjà parlé et qui continuent de me faire rêver, c'est le propre des mythes, mais je me rabats avec délices sur les spaghetti alle vongole

Et vous, me direz-vous quelles sont vos gourmandises ?...

Sans rapport, enfin si quand même, je me suis régalée l'autre soir à revoir pour la ixième fois Pretty Woman, un festival de charme Julia Roberts (ah les jambes, le sourire, le rire) et Richard Gere (ah l'allure et les yeux qui plissent) !
Et puis j'ai ouvert un lien Papilles dans la colonne de droite, qui vous guide direct vers de très très goûteux blogs de cuisine.

Image Neko and Koi de Moira Hahn

lundi 6 juillet 2009

Le long de ton cou

Je reniflerai ton odeur. Je presserai doucement mon corps contre le tien pour le tatouer à ton encre olfactive. Je broderai des contes au parfum sensoriel de ma mémoire de toi.

Dans ton cou, j'aimerais caresser l'odeur de ta peau. Je frotterai mes doigts à la rouille poussiéreuse des greniers de l'été. Je les enduirai du parfum onctueux de la poudre neuve et de l'huile froide, je les alourdirai de la résine poisseuse des pommes de pin. Je laverai mes paumes à ta fraîcheur. Puis je partirai dans un lointain voyage. Je sentirai la moiteur d'une savane nigérienne sous les trombes d'un orage. Je suivrai le sillage ambré d'un port grec au soleil couchant de juillet. Tu aurais une odeur de soleil et d'eau pure. Et tandis que mes doigts s'apaiseraient contre la douceur givrée de ton ventre, je pourrai lécher sur tes lèvres une senteur anisée d'ouzo.

Dans ton cou, j'aimerais boire l'odeur de ton sexe. M'assouvir de ses puissants fumets. Fronçant le nez comme un chat, je laisserai ces arômes nicher sous mon palais, de la pointe de la langue je saurai un à un les défaire puis les recomposer en vibrants assemblages. J'éprouverai les palpitations savoureuses de leurs barbares exhalaisons, les exquis frémissements de leurs fringants accords. Je sentirai s'épandre leurs clairs volutes. Tu aurais une odeur perlée de citron et de chèvrefeuille. J'en agripperai les émanations au creux de moi, jouissant du fondant tiède et de l'acide âpreté.

Dans ton cou, j'aimerais être ton odeur animale. J'épouserai la saveur liquide de sel glissant que dessine dans l'air le bond du poisson chat. Le souffle musqué de la chauve-souris sur l'aile croquante des papillons de nuit. Le râle mâtiné d'herbes fraichement mâchées que murmure le lièvre harponnant tendrement la hase. Je te mordrai un peu. Je sentirai tout ton corps, tes muscles, tes os, ta peau. Tu aurais une odeur de forêt et de vent. Je viendrai à toi. Ce serait comme si un vol de ramiers noirs m'emportait au profond pays des aurores boréales.

rouille
Une magnifique douceur pèserait sur nous. Dans les odeurs de ton cou, je te garderai bien serré. Il serait temps de nous endormir. J'irai fermer la porte. Je jetterai la clé. Je ne te laisserai plus partir.

Photographie "Une étude en rouille" de Anita
Merci Anita.

dimanche 14 juin 2009

J'aime les nuages...


magritte_malediction

La Malédiction de René Magritte


Il existait une merveille dont, enfant, j'attendais mille délices, sans l'avoir jamais approchée. Je ne sais plus qui l'avait évoquée devant moi pour la première fois, ni où ni comment j'en avais entendu parler. Mais je suis sûre de l'avoir repérée auprès du Lonesome Cowboy qui en réclamait parfois dans un saloon du Far West, quand Calamity Jane l'accompagnait : le nuage de lait. Ce délicat nuage flottant au-dessus d'une tasse de thé.
J'imaginais la texture mousseuse et aérienne, les blancs reflets. Je voyais le léger flocon étirer ses vaporeux volutes au-dessus de la surface dorée, s'élevant sous le souffle chaud et parfumé, voguant paresseusement entre les fins bords de porcelaine. Le ciel s'ouvrait, un voile rêveur m'enveloppait. Enfourchant le duvet moutonneux, je voyageais tout là haut avec les oiseaux. Sous le manteau de brume je guettais l'apparition du sphinx, prête à épouser son mystère. Puis, je tapotais amoureusement les bords ouatés en discrets coups de cuillère, dispersant des fragments d'écume, enfin je dégustais la tendre matière, laissant fondre dans ma bouche ce goût cotonneux de Paradis.

Oui, j'ai été déçue lorsque un beau jour dans un salon de thé, un serveur en habit noir a déposé devant ma mère une tasse de thé avec un nuage de lait. Mais j'ai fermé les yeux. Et je laisse murmurer la magie des nuées innumérables...
J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

mardi 13 janvier 2009

La florette des minous

La greffière Valentine rêve et Norge, le bel escogriffe à la mistenflute visite ses songes. Gare au réveil, son appétit de vivre sera dévorant ! Comment résister au poète qui vivait à profondes gorgées, buvant le temps, buvant tout l'air du temps, et tout le vin qui coule dans le temps ? Qui disait que les mots, ils sont comme les enfants, les mots : ils ont besoin de jouer quand ils sont jeunes. Ce grand fricasseur magicien, tendre et cruel comme un chat. Norge, qui embrassait la vie sous toutes ses formes.

La Faune

Et toi, que manges-tu, grouillant ?
- Je mange le velu qui digère le
pulpeux qui ronge le rampant.

Et toi, rampant, que manges-tu ?
- Je dévore le trottinant, qui bâfre
l'ailé qui croque le flottant.

Et toi, flottant, que manges-tu ?
- J'engloutis le vulveux qui suce
le ventru qui mâche le sautillant.

Et toi, sautillant, que manges-tu ?
- Je happe le gazouillant qui gobe
le bigarré qui égorge le galopant.

Est-il bon, chers mangeurs, est-t-il
bon, le goût du sang?
-Doux, doux! tu ne sauras jamais
comme il est doux, herbivore!

Géo Norge in Famines (1950)



Le titre est un vers du poème Minoiselle - La langue verte

samedi 18 octobre 2008

La vie secrète des mots

Lire. Sous les mots les pistes se déploient, ondulantes. Surgissant des chemins ourlés d'encre, de mystérieuses traces se greffent en moi. La rencontre des petites lettres imprimées en leurs cours me transforme à chaque fois, le plus troublant étant qu'avant d'entrevoir la rive, je ne sais pas que je peux changer à ce point. Lire c'est aborder des mondes que je n'aurais jamais imaginés et qui finalement sont si proches que je les reconnais miens au fur et à mesure que je les découvre. Mille lieux fabuleux où je galope, l'esprit débridé. Lire c'est m'inventer une famille, les racines que je n'ai pas, la maison où je veux vivre, les ciels qui me noient, les lacs qui m'emportent. Telles des hirondelles sur un fil, des personnages de papier, des poètes et des écrivains chuchotent avec moi de longs conciliabules. Leur main dans la mienne, je parcours l'ailleurs comme s'il était à ma porte. C'est le voyage que j'aime. Traverser la frontière et regarder vivement au creux des pages pour y cueillir entremêlés les éclats du rêve et du réel.


montagne_bleue

Les Montagnes jaunes HuangShan au lever du jour par Ong Cheng Boon


Les beaux livres, racontait Proust que je n'ai jamais lu, sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot, chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres tous les contresens qu'on fait sont beaux.
Les mots sont comme des sons, des couleurs, des images que j'effleure du bout des doigts ou que je saisis à pleines paumes. Les livres sont comme des labyrinthes dont je déroule ou non les entrecroisements, dont je peux enjamber les sentes, sautant à la fin, rêvant au centre, revenant au départ. Les histoires sont comme des châles tissés d'une trame rude ou soyeuse, chaude ou froide, sombre ou chatoyante.
Je me souviens du plaisir avec lequel, enfant, je me plongeais dans les livres, de ces moments où émerveillée j'effaçais le temps et l'espace, dévorant les pages, si impatiente de poursuivre l'aventure. Je me répétais certaines phrases, troublée par leur rythme, leur résonance, frémissant à d'intimes accointances. Je me souviens encore au moins de deux d'entre-elles que je connais toujours par cœur et qui ouvraient le récit. Un poulain rétif qui ne voulait pas venir au monde et qui avait un si sale caractère, une vivante maison qui l'enserrait d'un corset de douceur, un pays tant aimé où jamais il ne serait possible de revenir. Des phrases que je me murmurais comme de puissants talismans qui me protégeaient d'être là. Et encore aujourd'hui, peut-être.

A l'intérieur des fermes parois de chair qui le tenaient captif, le poulain ruait rageusement. Il refusait de naître, les violentes contractions des murs de sa demeure qui se faisaient sentir inopinément dérangeaient sa longue croissance paisible et le mettaient en fureur. Alors, il se déplia et rua à plusieurs reprises...
Mary O Hara - Le Fils de Flicka

Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189... Je continue à dire “chez nous”, bien que la maison ne nous appartienne plus. Nous avons quitté le pays depuis bientôt quinze ans et nous n’y reviendrons certainement jamais...
Alain Fournier - Le Grand Meaulnes

Alors je me demandais, quelles sont les premières phrases des premiers livres qui se sont installés en vous ? Mais attention, au débotté, sans réfléchir.

Le titre du billet est emprunté au film d’Isabel Coixet La vida secreta de las palabras. Parce que c'est aussi les yeux fermés que l'on peut le mieux lire, quand on s'abandonne à ressentir. C'est en lisant mal que nous avons pourtant bien lu aurait dit le facétieux shaman.

lundi 25 août 2008

A la source des loups


grande_fille

Il y a un goût, un parfum, des sensations, une image, des murmures. Qui persistent. Un de mes premiers souvenirs sans doute, mais bien des traces fugitives s'inscrivent plus tôt encore, rêvées ou tant entendues esquisser qu'elles sont devenues vivantes. J'ai trois ans. Je suis sur la plage Aïn Diab, celle que visitent les loups dans leurs songes, assise au creux de dunes plantées de hautes herbes ondulantes. Je ressens la lumière bleue intense et blanche, l'odeur brumeuse de la mer, la douceur épaisse du sable, le frôlement du vent et la griffe brûlante du soleil. J'entends les vagues sucer avidement des langues de plage. J'ai dans mes mains potelées le repas préparé par ma grand-mère : entre deux morceaux de pain doré, des tranches de tomate et de concombre arrosées d'un filet d'huile d'olive. Je soulève la tranche du dessus, le rouge sombre des tomates, le vert tendre du concombre, le semis translucide des pépins m'éclaboussent de douceur, le parfum suave m'enrobe par coulées. Je mange lentement, langoureusement, toute entière dans mes bouchées, tétant l'onctuosité du mélange, sentant sa glissade délicieuse le long de ma gorge. La chaleur a amolli les crudités, la saveur est confite, à peine flétrie, réveillée de quelques grains croquants de sable. Je lèche mes doigts. Plénitude de l'instant. Je joue à présent à la lisière de l'eau, sous mes coups de talon jaillissent des gerbes d'étincelles liquides. Je m'avance, la mer lèche mes genoux ronds. Quelques pas et je suis prise par un rouleau. Submergée, emportée dans une courbe argentée d'écume, tirée et raclée contre le fond mouvant. Mon frère me rattrape à bras le corps, hoquetante, glissante et salée contre lui. Sous ma peau courent mille petits poissons. Nous retournons dans l'eau en nous tenant la main. Nous enfonçant plus avant apprivoiser la mer. Et je sais déjà que la mer nous aime, la mer des plages marocaines, celle qui se déroule vers le Sud, et qui boucle la terre.

Photo Quand je serai grande de Anita (un clin d'oeil d'amitié, pour ton regard et tes mots, pour un pays d'ailleurs)

jeudi 8 mai 2008

Recette pour île déserte

Personne ne voudra me croire mais aujourd'hui je me trouve projetée toute seule en pleine Méditerranée. Mais oui, dans les bois, rien ne bouge ou presque. On entend dire que toute la France est partie en sautant par dessus les ponts. Sur la Toile, aucune brise n'agite la ramure. Par contre, c'est plein soleil, ciel bleu et pépiements d'oiseaux. La mer, mais j'y suis !

la_mer

Et sur une île déserte en pleine mer, rien de mieux que de se régaler de pâtes aux cailloux !

Les ingrédients indispensables :
une plage de galets au soleil
des murmures de vagues et des cris de mouettes
un pêcheur calabrais ou à la rigueur sicilien (oui, quand même)
des galets recouverts d'une fine mousse d'algues et abritant des bébés-moules, des vongole et autres petits crabes, que le marin se charge de récolter, car lui seul les connaît
de l'huile d'olive bien riche, des spaghetti N°5, de l'ail

La recette simplissime :
dessabler soigneusement les cailloux
dans une grande poêle, faire revenir les cailloux dans l'huile d'olive et l'ail, l'huile se dote alors d'un parfum de crustacé tout à fait étonnant
après avoir retiré les galets noircis, jeter les spaghetti cuits al dente dans la poêle, les retourner dans l'huile deux ou trois fois sur le feu, ils se colorent légèrement de vert et prennent un goût extraordinaire de mer et de coquillage
se rapprocher mine de rien du pêcheur calabrais qui sourit en plissant les yeux
déguster des pâtes aux cailloux qui ont l'antique saveur des récits de marins

Recette : Joyeuses Pâtes de Macha Méril, un pur délice (j'ai un petit peu adapté la recette)
Photographie : La Mer de Chamamy (merci Cham' pour ton regard qui fait voguer près des oiseaux)

mardi 25 septembre 2007

24000 baci

Dimanche, mon amie Lolilola m'a téléphoné. Nous nous téléphonons tout le temps. Nous nous sommes rencontrées sur les bancs de la classe de sixième, nous sommes devenues inséparables en cinquième, en quatrième nous avons décidé de choisir le russe en seconde langue pour s'assurer de ne pas être séparées. Nous avons partagé toute notre adolescence, tant de souvenirs et de secrets, d'histoires de garçons, de vadrouilles en mobylette, de mots échangés, de devoirs recopiés, de rêves échafaudés, de fébrilité à vivre... nous sommes depuis restées très proches.
Dès qu'elle a eu une douzaine d'années, Lolilola a passé toutes les grandes vacances en Italie. A peine majeure elle s'y est installée et elle y vit, ses enfants sont italiens. Grâce à elle et avec elle, l'Italie est devenue un autre chez moi.
Dimanche, elle me racontait donc combien le temps était superbe chez elle, comme ce serait agréable si nous pouvions être ensemble au bord de la mer, à profiter de la douceur et de la luminosité de cette fin-septembre.

Me voici donc à rêver d'Italie, le pays qui a ouvert les portes de ma liberté et le pays qui me replonge vers mes racines latines. Parce que l'Italie c'est aussi bien sûr la terre de ma grand-mère maternelle.

A mon Italie, j'entremêle :

- l'aéroport de Fiumicino dont le seul nom aux chuintantes résonances est comme une promesse de mystérieuses traversées
- les tendres souvenirs d'émois amoureux, les balades main dans la main, tous ces baisers, ces étreintes et plus, les serments et les billets doux soigneusement enfouis sous le sable dans une boîte, talisman des futures retrouvailles
- l'immense étendue de sable de Viareggio, les cabanes en bois brut au bord de la mer, la passegiata où traîner en fin d'après-midi, l'eau émeraude de l'île de Ponza et les baignades au creux de criques sauvages
- les nuits à danser sur la plage au clair de lune
- la douceur de la langue italienne, ces mots qui chantent et se susurrent
- les trattoria qui ne paient pas de mine et où l'on dîne superbement, les spaghetti mare et monti et les antipasti del mare, les frittata de courgettes chez le moindre petit traiteur, les présentoirs de dolce et les tramezzini dans tous les caffe, la saveur incomparable des tranches de pizza dégustées dans la rue et qui dégoulinent un peu sur les doigts, la fraîcheur des pastèques achetées aux vendeurs ambulants
- la luxuriance des lauriers en fleurs qui parsèment Rome au mois de mai, des bougainvillers qui explosent dans le Latium en été, l'élégance des pins maritimes, la solitude altière des cyprés de Toscane
- les hauts escaliers de Trinità dei Monti, la forme étirée de la piazza Navona, les pièces de monnaie jetées dans la fontana di Trevi accompagnées d'un voeu qui est forcément d'amour, le Colosseo qui abrite en ses murs tant de chats admirés et soignés, menant librement leur vie féline
- le choc douloureux de Si c'est un homme, récit de la survie en camp de concentration de Primo Levi, la beauté désespérante d'Antonioni, la révolte de Pasolini hantant à jamais la plage hostile de Ostia, l'indépendance frondeuse de Nanni Moretti ce splendido quarantenne, la nonchalance joyeuse de sa balade en Vespa dans les rues romaines

Et... Adriano Celentano

Amami,
ti voglio bene !
Con 24000 baci oggi saprai perché l'amore
vuole ogni istante mille baci,
mille carezze vuole all'ora.
con 24000 baci felici corrono le ore,
d'un giorno splendido, perché
ogni secondo bacio te.

Enfin bref, j'aime l'Italie. Et les Italiens aussi ! Et je ne suis jamais encore allée à Venise ! :-)