Dimanche, mon amie Lolilola m'a téléphoné. Nous nous téléphonons tout le temps. Nous nous sommes rencontrées sur les bancs de la classe de sixième, nous sommes devenues inséparables en cinquième, en quatrième nous avons décidé de choisir le russe en seconde langue pour s'assurer de ne pas être séparées. Nous avons partagé toute notre adolescence, tant de souvenirs et de secrets, d'histoires de garçons, de vadrouilles en mobylette, de mots échangés, de devoirs recopiés, de rêves échafaudés, de fébrilité à vivre... nous sommes depuis restées très proches.
Dès qu'elle a eu une douzaine d'années, Lolilola a passé toutes les grandes vacances en Italie. A peine majeure elle s'y est installée et elle y vit, ses enfants sont italiens. Grâce à elle et avec elle, l'Italie est devenue un autre chez moi.
Dimanche, elle me racontait donc combien le temps était superbe chez elle, comme ce serait agréable si nous pouvions être ensemble au bord de la mer, à profiter de la douceur et de la luminosité de cette fin-septembre.
Me voici donc à rêver d'Italie, le pays qui a ouvert les portes de ma liberté et le pays qui me replonge vers mes racines latines. Parce que l'Italie c'est aussi bien sûr la terre de ma grand-mère maternelle.
A mon Italie, j'entremêle :
- l'aéroport de Fiumicino dont le seul nom aux chuintantes résonances est comme une promesse de mystérieuses traversées
- les tendres souvenirs d'émois amoureux, les balades main dans la main, tous ces baisers, ces étreintes et plus, les serments et les billets doux soigneusement enfouis sous le sable dans une boîte, talisman des futures retrouvailles
- l'immense étendue de sable de Viareggio, les cabanes en bois brut au bord de la mer, la passegiata où traîner en fin d'après-midi, l'eau émeraude de l'île de Ponza et les baignades au creux de criques sauvages
- les nuits à danser sur la plage au clair de lune
- la douceur de la langue italienne, ces mots qui chantent et se susurrent
- les trattoria qui ne paient pas de mine et où l'on dîne superbement, les spaghetti mare et monti et les antipasti del mare, les frittata de courgettes chez le moindre petit traiteur, les présentoirs de dolce et les tramezzini dans tous les caffe, la saveur incomparable des tranches de pizza dégustées dans la rue et qui dégoulinent un peu sur les doigts, la fraîcheur des pastèques achetées aux vendeurs ambulants
- la luxuriance des lauriers en fleurs qui parsèment Rome au mois de mai, des bougainvillers qui explosent dans le Latium en été, l'élégance des pins maritimes, la solitude altière des cyprés de Toscane
- les hauts escaliers de Trinità dei Monti, la forme étirée de la piazza Navona, les pièces de monnaie jetées dans la fontana di Trevi accompagnées d'un voeu qui est forcément d'amour, le Colosseo qui abrite en ses murs tant de chats admirés et soignés, menant librement leur vie féline
- le choc douloureux de Si c'est un homme, récit de la survie en camp de concentration de Primo Levi, la beauté désespérante d'Antonioni, la révolte de Pasolini hantant à jamais la plage hostile de Ostia, l'indépendance frondeuse de Nanni Moretti ce splendido quarantenne, la nonchalance joyeuse de sa balade en Vespa dans les rues romaines
Et... Adriano Celentano
Amami,
ti voglio bene !
Con 24000 baci oggi saprai perché l'amore
vuole ogni istante mille baci,
mille carezze vuole all'ora.
con 24000 baci felici corrono le ore,
d'un giorno splendido, perché
ogni secondo bacio te.
Enfin bref, j'aime l'Italie. Et les Italiens aussi ! Et je ne suis jamais encore allée à Venise ! 
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Bruits de coulisses
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