Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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samedi 16 janvier 2010

Terres incertaines


eldrigevicius.jpg

Lorsque je descends en moi, je ne trouve pas de moi
Ce que je trouve, ce sont les autres
Tantôt l'un, tantôt l'autre, tantôt les foules
Et les mots que je leur adresse, et les discours qu'ils me tiennent
Descendre en moi, c'est trouver le monde
Le monde installé dans ce que je croyais être mon for intérieur
Est-ce que cela voudrait dire que je ne m'appartiens pas ?


Illustration : The Land of the Hundred and Fifth Secret, de Stasys Eldrigevicius, graphiste, illustrateur et peintre (via Polish Poster Gallery)
Le site de Stasys Eldrigevicius

samedi 9 janvier 2010

D'un noeud

Ce que j'aimerais tant un jour serait que, devant un problème concret du quotidien, petit ou grand, avec ou pas son cortège de tracasseries diverses à résoudre voire de soucis financiers à encaisser, un amoureux me dise :

''Ne t'inquiète pas, j'en fais mon affaire, ça, je m'en occupe !''

Et bien sûr, passe à l'acte. Cela m'est si peu arrivé dans ma vie sentimentale que je garde le souvenir de chacune de ces fois où j'ai su ou bien voulu me reposer sur un homme, m'abandonner à une prise en charge matérielle, même toute petite petite, même un coup de scie sauteuse sur une planche à poser dans un placard.

Mortecouille,[1] qu'est-ce qui en moi m'incline à décourager ce type d'aide ? Parce qu'il est bien entendu que l'homme qui a partagé mon existence et ceux qui l'ont simplement traversée ont vite été fort enchantés de ne pas avoir à mettre les mains dans le cambouis de la vie courante. Puisque je m'en débrouille si bien toute seule.
Pourquoi est-ce que j'offre à un homme la possibilité de se retirer du jeu des embûches du quotidien en ne lui réclamant pas assistance quand ce serait utile ? Alors que je me sens aussi indéterminée et fragile que l'oiseau sur la branche, aussi peu intéressée qu'une moule par un quelconque pouvoir domestique, qu'est-ce qui me pousse à vouloir "faire" toute seule, à prétendre n'avoir besoin de personne dès lors que je suis affectivement liée ?

Cette indépendance matérielle revendiquée ne serait-elle en fait que le masque d'une dépendance amoureuse refusée ou si mal assumée ?

Parce que les coups de main, dès qu'ils se placent dans le contexte amical, que je les demande ou pas, mes amis et amies savent me les donner, et non seulement ils me soulagent grandement, mais j'accepte avec émotion une attention dont je suis plus qu'heureuse.

En écho à un ancien billet de Leeloolène à propos des remparts que nous bâtissons autour de nous et contre lesquels nous nous cognons sans répit Ou des nœuds que nous avons à cœur de bien serrer et qui nous entravent.



Notes

[1] copyright Dr. CaSo, une expression qui me plaît trop

jeudi 17 septembre 2009

Grenouillage


grenouilles

le griot et la griotte
le train et la traîne
le cas et la case
le sol et la sole
la chaise et le chais
le cave et la cave
le livre et la livre
l'amant et la mante
le lisier et la lisière
le brouet et la brouette

est-on sûr finalement que le couple masculin-féminin soit une histoire bien assortie ?
non mais, c'est une question sérieuse, je me demandais...
j'ai comme un doute qui passe

de qui est cette image cueillie sur la toile, hélas je n'en sais plus rien... mais ce sont des grenouilles arboricoles

dimanche 19 avril 2009

Cantharide acide

Parfois, quand je l'entends susurrer monmarimonmari, par delà l'énervement et la pointe de dégoût pour l'objet de son choix, un petit quelque chose se coince en moi, désemparé. Côté cœur. Côté mots. J'ai tenu le mariage bien loin de moi, il me faut dix secondes de réflexion pour positionner neveu ou cousin dans une galaxie où l'explosion familiale ne m'a pas appris le sens de ces relations. Je ne m'en porte pas si mal malgré quelques retours du boomerang de la légalité en pleine face, n'empêche que parfois je me dis qu'il est sans doute réconfortant de pouvoir s'abriter avec des monmari.

Mais au fait, que faut-il dire quand on présente dans le monde celui avec qui... celui que... enfin bref celui qu'on est ensemble, un peu ou beaucoup, passionnément et épisodiquement ? Le possessif déjà ne passe pas bien la rampe. Mais faisons avec, et que dire après ? Mon compagnon me vient péniblement, ça sent le convenu, le labeur, la soupe aux choux, l'asexué main dans la main, c'est triste. Mon amour ? Ouf, prétentieuse la démesure. Mon fiancé ? Bof, n'exagérons rien. Mon amoureux ? C'est très mignon tout plein. Mon jules, Mon mec, Mon homme ? C'est passé de mode. Mon homme marié ? Ca la fout mal en société, les hommes mariés on le sait sont fort discrets sur leurs extras. D'autres possibilités ? Ah oui, Mon doux, Mon Chum j'aime bien, mais cette tendresse dit l'engagement.
Ce n'est pas que la question soit totalement d'actualité, je préfère largement être à deux volets fermés, mais il ne faut pas négliger la juste appellation des choses.
Je crois que je tenterai bien Mon amant.

Un titre pêché dans les mots d'une chanson de Etienne Daho Toi Jamais Toujours, et un coléoptère vert mordoré retrouvé dans les atlantides de Serge Gainsbourg. La cantharide secrète, quand on l'embête, un poison qui une fois préparé aurait des propriétés aphrodisiaques pour les messieurs. Mais c'est une blague.

dimanche 22 février 2009

C'est comme un vide

Il souffle un vent terrible
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible. (…)
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi et impuissance,
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons.
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide.
(…)
J’ai besoin de pleurer sur le pain de luxe, de la domination, et de l’amour, sur le pain de gloire qui est dehors,
J’ai besoin de regarder par le carreau de la fenêtre,
Qui est vide comme moi, qui ne prend rien du tout.
J’ai dit pleurer : non, c’est un forage à froid, qui fore, fore, inlassablement,
Comme sur une solive de hêtre deux cents générations de vers qui se sont légué cet héritage : « Fore... Fore. »
C’est à gauche, mais je ne dis pas que c’est le cœur.
Je dis trou, je ne dis pas plus, c’est de la rage et je ne peux rien.
J’ai sept ou huit sens. Un d’eux : celui du manque.
Je le touche et le palpe comme on palpe du bois.
Mais ce serait plutôt une grande forêt, de celles-là qu’on ne trouve plus en Europe depuis longtemps.
Et c’est ma vie, ma vie par le vide.
S’il disparaît, ce vide, je me cherche, je m’affole et c’est encore pis.
Je me suis bâti sur une colonne absente.
(…)

Je suis né troué (extrait)

Henri Michaux in Ecuador

Mais où est donc l'Amazone ? L'Amazone que l'on ne verra jamais dans ce si long voyage ? Où sont les mondes de mon imaginaire que je morde dans leur béance ?

dimanche 1 février 2009

A little help


chaloupe Auriez-vous des informations sur l'ostéosarcome félin et la solution de l'amputation d'une patte avant ? Gribouille s'est mis à boiter d'un coup et la radio montre une tumeur, le radius et le cubitus sont déjà pratiquement soudés par la prolifération des tissus. L'ostéosarcome évolue très vite et ce type de tumeur se propage aux poumons. J'ai une grande confiance dans mon véto, mais j'aimerais bien avoir ma propre réflexion et là, je suis pas mal sonnée, je n'arrive pas à trouver de liens bien documentés sur le sujet. J'attends les résultats de la biopsie qui précisera de quoi il s'agit exactement et donnera je pense des indications sur les chances de Gribouille et le temps qu'il peut espérer. Il est jeune et costaud comme un sumo. Mais ses défenses immunitaires sont déjà très basses puisqu'il est affecté d'une leucose. Pas de chimio possible. L'amputation ne serait pas la seule solution mais la plus probable. Je ne sais pas si j'arriverai à m'y résoudre. Une telle souffrance pour un chat qui en a déjà tellement bavé.

vendredi 16 janvier 2009

J'aspire à tant de rien

Je n'écris pas beaucoup. Je ne suis pas tellement ici. Je remue là-bas des terres enfouies.
J'entends les éclats sanglants des missiles sur Gaza. Je sens les corps qui se broient. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas vers quoi tourner mes pensées quand vient le soir. Je lis les poètes. De Norge à Michaux, ne luit qu'un petit pas. Je les vois qui se côtoient dans la tiédeur des rayons de bois. Puis je les serre tout contre moi près de Desnos, pour la nuit.
Qui laisse une trace laisse une plaie, a-t-il dit. Comment s'effacent un jour les traces ?

Emportez-moi

Emportez-moi dans une caravelle,
Dans une vieille et douce caravelle,
Dans l'étrave, ou si l'on veut, dans l'écume,
Et perdez-moi, au loin, au loin.

Dans l'attelage d'un autre âge,
Dans le velours trompeur de la neige,
Dans l'haleine de quelques chiens réunis,
Dans la troupe exténuée des feuilles mortes.

Emportez-moi sans me briser, dans les baisers,
Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent,
Sur les tapis des paumes et leur sourire,
Dans les corridors des os longs et des articulations.

Emportez-moi, ou plutôt enfouissez-moi.

Henri Michaux, extrait de Mes Propriétés (1929)



mercredi 29 octobre 2008

Probably Maybe

Il m'avait dit d'écrire
C'est ce que je peux donner à croire
Mais à vrai dire, je n'en sais pas vraiment plus
Pas vraiment plus que lui
Lui qui me donne vie
Un peu de vie
Un souffle
Il m'avait dit d'écrire et je n'en ai rien fait
Il m'avait dit de lui écrire
La traquante formule
Je t'aime...



dimanche 5 octobre 2008

Way To Blue


fuite

Fuite - Photographie de Frédéric Netter

Les arbres m'ont dit que la tempête ne cesserait plus
Envole moi, l'oiseau dont je ne saurai jamais rien
Toi qui partis dans la nuit que mon geste avait créé


Merci à Frédéric Netter de me prêter en illustration une de ses photos. Mes pensées peuvent s'y déployer, planantes, tant celle-ci me parle. De fuite projetée vers l'ailleurs probablement, du double rivé au cœur certainement. Deux êtres ailés si semblables mais dont on ne sait s'ils se rapprochent ou s'éloignent l'un de l'autre, dont l'un est peut-être l'envers de l'autre, sa part d'ombre. Ou sa part de lumière, celle qui jamais ne se retrouve. Ou si peu, si mal. Et j'écoute Antony Hagerty, sa voix puissante et feutrée où la douceur prend corps avec la douleur. I'm a bird girl now... and the bird girls can fly...

samedi 13 septembre 2008

Le hasard des pieuvres

Non, Dieu ne joue pas aux dés
Mais il joue avec chacun de nous une partie d'une infinie patience...
Une partie où il n'y a rien à gagner ni rien à perdre...