Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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jeudi 8 mai 2008

Recette pour île déserte

Personne ne voudra me croire mais aujourd'hui je me trouve projetée toute seule en pleine Méditerranée. Mais oui, dans les bois, rien ne bouge ou presque. On entend dire que toute la France est partie en sautant par dessus les ponts. Sur la Toile, aucune brise n'agite la ramure. Par contre, c'est plein soleil, ciel bleu et pépiements d'oiseaux. La mer, mais j'y suis !

la_mer

Et sur une île déserte en pleine mer, rien de mieux que de se régaler de pâtes aux cailloux !

Les ingrédients indispensables :
une plage de galets au soleil
des murmures de vagues et des cris de mouettes
un pêcheur calabrais ou à la rigueur sicilien (oui, quand même)
des galets recouverts d'une fine mousse d'algues et abritant des bébés-moules, des vongole et autres petits crabes, que le marin se charge de récolter, car lui seul les connaît
de l'huile d'olive bien riche, des spaghetti N°5, de l'ail

La recette simplissime :
dessabler soigneusement les cailloux
dans une grande poêle, faire revenir les cailloux dans l'huile d'olive et l'ail, l'huile se dote alors d'un parfum de crustacé tout à fait étonnant
après avoir retiré les galets noircis, jeter les spaghetti cuits al dente dans la poêle, les retourner dans l'huile deux ou trois fois sur le feu, ils se colorent légèrement de vert et prennent un goût extraordinaire de mer et de coquillage
se rapprocher mine de rien du pêcheur calabrais qui sourit en plissant les yeux
déguster des pâtes aux cailloux qui ont l'antique saveur des récits de marins

Recette : Joyeuses Pâtes de Macha Méril, un pur délice (j'ai un petit peu adapté la recette)
Photographie : La Mer de Chamamy (merci Cham' pour ton regard qui fait voguer près des oiseaux)

jeudi 24 avril 2008

Sauvage innocence

Lorsque, enfant, je quittais le couvert de la brousse, mes pas me portaient toujours vers la termitière. Dans l'herbe haute, elle surgissait, cathédrale d'argile façonnée de salive et durcie sous le soleil comme une pierre rougeoyante, bien plus grande que moi. Le plus souvent je me tenais immobile à son pied, pressant mes mains posées contre ses flancs dont j'éprouvais les douces aspérités, écoutant la vie silencieuse qu'elle abritait. Telle une cour des miracles où mon esprit vagabondait, la termitière me parlait. Je rêvais les dédales où s'affairaient les ouvrières, les alvéoles des nurseries, les immenses garde-mangers débordant de graines, et au mitan le temple où la reine prodiguait des flottilles d'œufs.

Tant de passion à observer les petites bêtes, accroupie dans l'herbe, penchée au bord de l'eau, accrochée dans les branches. Tant de désir à les approcher et aussi parfois à les serrer d'un peu trop près. Il y eut dans mon enfance un temps de cruauté.

Je taquinais les soldats qui montaient la garde aux embouchures du royaume. Ils saisissaient avec fureur le brin d'herbe que je leur tendais et je les soulevais avant de les laisser retomber au sol, affolés, les éloignant de leur citadelle. Parfois je les piétinais, tandis qu'ils dressaient leurs dérisoires mandibules féroces. A la même période je dirigeais, dans le salon de la maison, l'hôpital des mouches. Mon frère les fournissait bien vivantes, je leur arrachais une aile ou quelques pattes et je les couchais bien bordées dans des petits lits de coton. Je me dévouais passionnément aux soins. Elles n'en réchappaient pas. J'organisais de temps à autre des combats de mantes religieuses en provoquant le face à face, elles s'y déchiquetaient. Il me hante encore ce souvenir d'avoir opéré un crapaud quand je me voulais vétérinaire. L'ayant endormi par je ne sais quelle substance volée dans l'armoire à pharmacie, j'avais fendu son doux ventre fauve avec un scalpel.

Un peu plus tard, dans la campagne provençale, sont venus les hannetons. A une époque, printemps ou été, ils pullulaient. J'enfermais ce lourd scarabée marron dans une grosse boite d'allumettes et je me dédiais à son éducation. Je l'emportais partout, escortée d'une odeur noire un peu collante. Un jour, le jugeant apprivoisé, je le relâchais, jouissant de ce vol bruyant et désordonné qui s'élevait péniblement. Et les lézards, dont la queue me restait entre les mains, mais que j'arrivais à enfermer dans une boîte en carton et qui, juste retour des choses, m'inquiétaient la nuit, se sauvant dans ma chambre.

Je participais au grand bal des luttes pour la vie, j'en observais les spectacles de mort. Aux araignées fondant sur leurs proies pour les poignarder et les paralyser avant de se mettre à en sucer la sève, j'ai offert des mouches moribondes. Je garde très vivace la longue séance de dévoration d'une souris par un serpent. Abasourdie, aplatie derrière un tronc d'arbre, j'ai regardé cette souris terrifiée et immobile se faire happer, le serpent la gober toute entière et baveuse, millimètre par millimètre, étirant de plus en plus les commissures de sa gueule pour l'engloutir. Et cette bosse, palpitante encore, qui glissait lentement le long de son cou.
Je me souviens aussi des bébés caïmans de la lagune d'Abidjan, minuscules et déjà prompts à dégainer des mâchoires plantées de dents pointues comme des dards. Mais eux, je ne me risquais pas à les approcher. Ni les fourmis rouges qui brûlaient la peau. Et je me tenais légèrement éloignée des colonnes de fourmis magnans qui dévoraient tout sur leur passage.

Mes expériences s'arrêtent là. Je ne cherchais pas à provoquer la souffrance, mais le reste d'un chagrin demeure. Une dette envers mes frères animaux. Je dois sans doute à ces accès sauvages d'enfance un profond respect de la nature et de la vie animale, une vraie tendresse pour les crapauds, êtres sages dont les yeux ont les couleurs du ciel avant la tornade. C'était sans doute aussi ma façon d'apprendre, d'être présente au monde et à moi-même. Comme un chat, je me voulais seule dans mon pays de brousse ou ma campagne. Il me fallait sentir mon sang couler dans mes veines, mon cœur bondir comme une carpe dans ma poitrine, mes cellules fourmiller de mille vibrations. Je devais éprouver la palpitation de ma vie, la puissance et la fragilité de mes propres forces.

vendredi 11 janvier 2008

Un port d'attache

Quand nous sommes partis de Côte d'Ivoire, nous avons regagné la France en bateau. D'Abidjan à Marseille, une lente traversée, avec une seule escale à Dakar. J'ai peu de souvenirs du voyage, il me semble que le paquebot était presque désert. Mon frère et moi passions notre temps à nous poursuivre sur les ponts, dans les coursives, enfilant des escaliers à bride abattue, nous cachant à l'intérieur des canots du pont supérieur. Je me souviens surtout de ces galopades, des portes battantes percées d'un hublot que nous nous lâchions dans la figure, des dîners bien ordonnancés dans une grande salle demi-ronde où il était bien vu de se montrer sage. Et de la mer que je regardais longuement filer à la poupe, me penchant tranquillement à travers le bastingage. Mais je me souviens parfaitement de l'entrée dans la rade de Marseille. C'est le moment où j'ai jeté mon chapeau de Robin des Bois dans les flots. Comme on jette une bouteille à la mer. Je voulais qu'il retourne chez nous, je n'étais pas certaine de vouloir endosser une nouvelle peau, la sauvageonne africaine ne se projetait pas en petite fille et ne souhaitait pas embrasser un autre pays que celui qu'elle s'était donné. J'avais 9 ans.

J'ai tout de suite aimé Marseille que j'ai approchée par la mer, comme il se doit. Comment en serait-il autrement d'une ville qui inscrit dans son nom le mot "mars" qui veut dire "rade" en arabe, pour toujours liée à la mer et au Levant, et qui est si belle vue du large ?

Marseille est le seul berceau familial que je connaisse, le seul lieu déjà parcouru auquel je puisse raccorder une partie de mon histoire. Il y en a tant d'autres, où je ne suis jamais allée, en Ecosse où les tombes d'un cimetière de village porteraient presque toutes mon nom de famille, en Pologne, au coeur de l'Emilie d'où vient ma grand-mère Noémie qui a immigré à l'adolescence... Marseille reste d'ailleurs à jamais pour moi aux couleurs de Noémie, elle qui a vécu plus de 20 ans à la Belle de Mai, dans la chaleur d'un quartier qui était un petit morceau d'Italie, portant haut les idéaux communistes. C'est à la Belle de Mai, après avoir chacun mené une première vie, que mon grand-père Jean et elle se sont enfin rencontrés. Ma mère est née rue du Jet d'Eau et y a passé sa petite enfance. Et après maints détours et de bien nombreuses années, elle y vit à nouveau aujourd'hui.

J'aime le côté baroque de Marseille, le monumental escalier qui dévale de la gare Saint-Charles et qui me semblait gigantesque quand je l'ai découvert enfant, l'immense place des Arcenaux qui s'habille d'ocres à l'italienne, le Vieux-Port et les deux forts qui en protègent l'entrée, la balade le long de la Corniche qui épouse la mer, l'arrivée sur la statue du David qui me fait à chaque fois sourire tant je la trouve incongrue et du coup si plaisante, la Bonne Mère coiffée d'or qui parlait tant à ma grand-mère. Et le pouce levé vers le ciel du sculpteur César, né lui aussi à la Belle de Mai.

Il y a à Marseille ce bleu si particulier de l'eau et du ciel, qui se nuance selon les heures et le souffle du mistral. Tantôt presque blanc et tantôt presque noir, parfois grave et souvent éblouissant, naviguant du bleu gris au bleu lavande, et jusqu'à ce bleu cuivré de coucher de soleil. Tout ce bleu qui me remplit la tête comme si je m'y noyais lorsque grimpant le long d'un flanc du massif de Marseilleveyre, mon regard plonge vers les calanques, vers cette mer qui s'échappe si loin, mouvante et apaisée. Quand un coup de mistral peut me faire ployer les genoux, oreilles sifflantes. Quand les parfums de sarriette emportées par le vent viennent me chavirer les sens. Quand les falaises deviennent blanches, que les collines sont arides, et que la roche se grise. Ici, il fait beau si souvent, et triste bien peu de temps.
A Callelongue, tout au bout du bout car c'est là que finit la route, dans une cour ombrée par un figuier, la pizza est savoureuse. Et je n'oublie pas, depuis des années, ce repas provençal dégusté chez Brun avec mon amoureux, l'austérité délicieuse des multiples mets qui se succédaient selon un cérémonial rigoureusement réglé.

J'aime la gouaille marseillaise, qui éclate malicieusement dans les yeux, cette turbulence tranquille agitée par l'esprit de contestation. Un chaudron où mille langues ont fusionné, où mille peuples se sont rencontrés. Je me régale du parlé marseillais, des galéjades, de ces racontars sur la sardine plus grosse que l'entrée du port, j'entends ma grand-mère ponctuer ses phrases de sonores fan de loup pour le plaisir d'entendre chanter les mots et la joie de me faire rire. Personne d'autre ne me serrera ainsi contre son coeur en m'appelant ma Belle, en me cuisinant des cannelloni farcis ou des pâtes torsadées aux alouettes sans tête.

Marseille, c'est un peu de mon chez moi, la ville m'a cueillie comme tous ceux qui depuis toujours y débarquent. Marseille c'est aussi comme une escale ouverte vers l'ailleurs, tout m'y paraît possible. Joseph Conrad et Arthur Rimbaud ne se sont-ils pas croisés sur ses quais avant de s'embarquer vers des terres lointaines et mystérieuses ?

Et comment ne pas aimer une ville dont les légendes racontent qu'elle serait née de l'amour d'une fille de roi pour un navigateur phocéen ? Marseille est une ville selon nos coeurs qui se donne sans se reprendre. Fanny n'oubliera pas Marius, Marie-Jo aimera passionnément et son mari et son amant. Fabio Montale poursuivra ses rêves nostalgiques de fraternité. Les pointus continueront de caboter nonchalamment vers le large, emportant des amoureux qui s'aiment ou se déchirent, qui s'aiment et se déchirent.

un pointu

Marseille n'est pas une ville pour touristes. Ici, il faut prendre partie. Se passionner. Etre pour, être contre. Etre, violemment. Alors seulement, ce qui est à voir se donne à voir.
Jean-Claude Izzo in Total Khéops

Image : Marie-Jo et ses deux amours, un film réalisé par Robert Guédiguian, où la beauté de Marseille devient charnelle

mercredi 17 octobre 2007

Dérives en rivages

Par instants, quand le ciel se plombe au-dessus du jardin, vient en moi le désir de partir ailleurs bien que je ne sache pas encore où je souhaite aller. Cette pensée qui m'aurait perturbée il y a peu et que même je repoussais me fait maintenant presque sourire. La Normandie n'est pas le lieu que j'ai tant espéré. D'ailleurs, il n'existe pas à ma portée un lieu dont je me sentirais partie prenante, auquel je serais attachée de toutes mes fibres.

Et pourtant, d'appartement en appartement et en maison, j'ai longtemps cherché à me construire un refuge. Je n'ai jamais voulu de famille, je voulais un chez moi. Ma maison n'est pas vraiment devenue mon chez moi. Mes racines sont probablement trop lointaines et ont été sectionnées trop court ou trop brutalement pour pouvoir solidement s'arrimer. Le sentiment d'être de nulle part continue de m'habiter.

Lorsqu'à 9 ans, j'ai dû partir de Côte d'Ivoire, je ne savais pas que c'était pour toujours. Non seulement personne n'avait souhaité m'avertir, mais tout le monde me parlait du prochain retour. Sans doute pour me protéger, tant j'étais emplie de ce pays que j'éprouvais mien de toute mon âme. J'observais la maison entière se déménager sans rien vouloir comprendre. Quand, un peu plus tard, j'ai enfin réalisé que je ne reviendrais pas, l'arrachement a été violent. Tout un temps, mes rêves m'ont ramenée chaque nuit en Afrique, je revoyais mon pays si beau, les huit collines ceignant le village, la voute ombreuse de bambous surplombant l'allée menant à la maison, le prisme lumineux des verts du feuillage se mêlant au rouge de la terre, le regard des étoiles sur mon marigot et l'éblouissement du soleil levant. Tout ce que j'aimais quand j'aspirais la liberté à pleins poumons, courant la brousse, et que mon coeur bondissait de joie comme un cabri sauvage. Mais les réveils étaient douloureux. J'avais quitté mon pays sans avoir fait mes adieux et je l'avais perdu. Je n'en ai pas retrouvé d'autre depuis. Je n'ai plus su où était ma place.

Je découvre à présent une sensation de légèreté. Comme si je ne cherchais plus à me fixer en un lieu, comme s'il n'était plus si important de m'approprier un domaine. Mes racines dérivant en surface suffisent à mon assise. Je me rends compte que les endroits où je me suis sentie le plus en harmonie depuis mon départ d'Afrique étaient ceux qui n'étaient pas miens. Une ferme en pierres sèches du plateau ardéchois, un vieux moulin breton, un studio biscornu en montagne, une maison blanche ouverte aux vents de la mer, un patio rose en Crète... Des lieux de passage où curieusement j'ai eu l'impression d'avoir toujours vécu. Des lieux transitoires, des ébauches qui restaient à aménager et que je n'étais pas obligée d'investir, où je n'avais pas à lutter pour m'établir, simplement être là et me laisser voguer.

signe-poissons

("Signe : Poissons" par Chamamy - 15 mars 2007)

J'irai trouver ma place du côté fluide d'un autre monde, il me faudra juste l'étendue d'un paysage où le regard se perd et puis se recentre. J'entends la musique du Sud venir longuement résonner en moi, et la mer bruisser et les palmiers s'agiter. Mais il n'y a de vraie plénitude qu'au fond de soi, dans l'amour de la vie et dans l'amour d'un homme. C'est à lui que je pense aujourd'hui et c'est vers lui que je me tourne.


Chamamy, un grand merci pour la photo et la tendresse magique de ton oeil de photographe.
Allez vite vous plonger dans ce Curieux Jardin où vibre le bonheur profond et fragile des instants suspendus.

mardi 25 septembre 2007

24000 baci

Dimanche, mon amie Lolilola m'a téléphoné. Nous nous téléphonons tout le temps. Nous nous sommes rencontrées sur les bancs de la classe de sixième, nous sommes devenues inséparables en cinquième, en quatrième nous avons décidé de choisir le russe en seconde langue pour s'assurer de ne pas être séparées. Nous avons partagé toute notre adolescence, tant de souvenirs et de secrets, d'histoires de garçons, de vadrouilles en mobylette, de mots échangés, de devoirs recopiés, de rêves échafaudés, de fébrilité à vivre... nous sommes depuis restées très proches.
Dès qu'elle a eu une douzaine d'années, Lolilola a passé toutes les grandes vacances en Italie. A peine majeure elle s'y est installée et elle y vit, ses enfants sont italiens. Grâce à elle et avec elle, l'Italie est devenue un autre chez moi.
Dimanche, elle me racontait donc combien le temps était superbe chez elle, comme ce serait agréable si nous pouvions être ensemble au bord de la mer, à profiter de la douceur et de la luminosité de cette fin-septembre.

Me voici donc à rêver d'Italie, le pays qui a ouvert les portes de ma liberté et le pays qui me replonge vers mes racines latines. Parce que l'Italie c'est aussi bien sûr la terre de ma grand-mère maternelle.

A mon Italie, j'entremêle :

- l'aéroport de Fiumicino dont le seul nom aux chuintantes résonances est comme une promesse de mystérieuses traversées
- les tendres souvenirs d'émois amoureux, les balades main dans la main, tous ces baisers, ces étreintes et plus, les serments et les billets doux soigneusement enfouis sous le sable dans une boîte, talisman des futures retrouvailles
- l'immense étendue de sable de Viareggio, les cabanes en bois brut au bord de la mer, la passegiata où traîner en fin d'après-midi, l'eau émeraude de l'île de Ponza et les baignades au creux de criques sauvages
- les nuits à danser sur la plage au clair de lune
- la douceur de la langue italienne, ces mots qui chantent et se susurrent
- les trattoria qui ne paient pas de mine et où l'on dîne superbement, les spaghetti mare et monti et les antipasti del mare, les frittata de courgettes chez le moindre petit traiteur, les présentoirs de dolce et les tramezzini dans tous les caffe, la saveur incomparable des tranches de pizza dégustées dans la rue et qui dégoulinent un peu sur les doigts, la fraîcheur des pastèques achetées aux vendeurs ambulants
- la luxuriance des lauriers en fleurs qui parsèment Rome au mois de mai, des bougainvillers qui explosent dans le Latium en été, l'élégance des pins maritimes, la solitude altière des cyprés de Toscane
- les hauts escaliers de Trinità dei Monti, la forme étirée de la piazza Navona, les pièces de monnaie jetées dans la fontana di Trevi accompagnées d'un voeu qui est forcément d'amour, le Colosseo qui abrite en ses murs tant de chats admirés et soignés, menant librement leur vie féline
- le choc douloureux de Si c'est un homme, récit de la survie en camp de concentration de Primo Levi, la beauté désespérante d'Antonioni, la révolte de Pasolini hantant à jamais la plage hostile de Ostia, l'indépendance frondeuse de Nanni Moretti ce splendido quarantenne, la nonchalance joyeuse de sa balade en Vespa dans les rues romaines

Et... Adriano Celentano

Amami,
ti voglio bene !
Con 24000 baci oggi saprai perché l'amore
vuole ogni istante mille baci,
mille carezze vuole all'ora.
con 24000 baci felici corrono le ore,
d'un giorno splendido, perché
ogni secondo bacio te.

Enfin bref, j'aime l'Italie. Et les Italiens aussi ! Et je ne suis jamais encore allée à Venise ! :-)

samedi 14 juillet 2007

Les bleus du gris

Entrer dans le bleu, cette tonalité que je cherchais en partant quelques jours dans le Sud, c'est un peu passer de l'autre côté du miroir. Dans cette traversée, j'ai tiré du tissu gris de mes dérives quelques fils bleutés. Des fils qui m'ont nouée et qui parfois aussi peuvent se dénouer.

En revenant à Aix, la ville de mon adolescence, j'ai bien sûr été frappée par sa beauté, les ocres ensoleillés des façades bourgeoises et la douceur des fontaines. Mais Aix est si vibrante de monde, si pleine de voitures, si bruyante et agitée qu’au bout du compte je ne voudrais plus tellement y vivre. Les villes ne sont pas pour moi. Ce sont les arrière-pays ou les bords côtiers que j’aime, les endroits un peu secrets, dérobés aux regards, et profondément le silence des bois, le murmure bruissant de la mer.

mer
En reprenant contact avec des personnes perdues de vue et dont la vie est si différente de la mienne, j'ai rêvassé sur le sentiment de sécurité que doit apporter la stabilité d’une existence bien normée. Je me suis demandée pourquoi certaines personnes pouvaient mener des vies unies et sereines, qui me semblent couler selon une trajectoire sans heurts. Se marier, faire des enfants, avoir un équilibre affectif, réussir matériellement, posséder une maison, des voitures, préparer ses vacances à l’avance... Qu'ont-elles de plus ou de différent de moi ?
Mais au fond, je sais très bien que ce confort je n'en veux pas. Même si le sentiment d'être en marge est parfois douloureux, le décalage et la mouvance restent les textures de ma vie. Je comprends mieux sur quels manques je me suis construite et ce que j'ai dû rejeter pour avancer, et je connais ma force. Etre dans les clous ne m’a jamais rien dit, m'inscrire dans une lignée familiale n'a jamais suscité mon désir. Les hommes qui me plaisent ont des étincelles de vent dans les yeux.

Et puis, en observant la clarté du ciel provençal, je me suis dit que je devais me donner du temps. Après avoir cadenassé mes sentiments pour faire face à l'absence, après m'être enterrée pour survivre, j'ai besoin de m'exalter, et ma balance sentimentale s’affole vite. En revivant aujourd'hui, il me prend des tentations de marcher sur le feu et le feu ça brûle. Il est temps aussi que je cesse de me faire mal. D'autres que lui viendront.

samedi 16 juin 2007

Le long de la mer

J'ai pas envie de rentrer au bercail, j'ai pas envie de retrouver la pluie, j'ai pas envie d'être dans la foule, j'ai pas envie de ressentir l'agressivité de par ici. J'ai donc encore les yeux sur l'eau et la tête dans le ciel.

ponza
Maintenant, j'ai compris que le Sud est bien mon pays. C'est au bord de la Méditerranée que j'ai envie de vivre. Là où il y a des palmiers, des bougainvilliers en fleurs, des lauriers roses, du vert, du bleu et du rose. Et des chats efflanqués de toutes les couleurs qui paressent au soleil.

mardi 5 juin 2007

Vacanze Romane

Dix jours de vacances.
Mer, mer, mer.
Sieste à l'ombre.
Parlottes à n'en plus finir.
Balades à vélo dans la pinède.
Escapades en vespa avec Nanni Moretti.
Amitiés aux libres chats du Colosseo.
Spaghetti alle vongole e zucchini fritti.
Et plus si affinités.
Ah, mais j'emporte l'APN pour les Nuls.
Là où je vais plongent des aigles pêcheurs.

A più tardi amici !
(novembre a bien voulu laisser juin prendre place, ouf ) :-)

Merchi Nérichon de shurveiller la maijon, il y a de la shonfiture à la limache dans le pshlacard, tu fais comme chez toi !

dimanche 7 janvier 2007

Z comme zébu

La lettre Z est une de mes préférées. Rien que la graphie d'abord qui, telle la signature que Zorro inscrit à la pointe de son épée, claque comme un coup de fouet. Le Z est une lettre bondissante, qui se propulse vers le zénith. Le Z, c'est une évidence, a la tête dans les étoiles, tout en gardant son pied bien appuyé sur la terre. Bien sûr, le Z est la dernière lettre de l’alphabet, mais quelqu’un n’a-t-il pas dit que les derniers seront un de ces jours les premiers ? Et si le Z était une couleur, à l’image de l'éclair qui descend du ciel et fend la nuit, il ne pourrait être qu'une zébrure flamboyante.

Point de vue caractère, le Z est un original. C'est Zazie bien sûr, la peste insolente et gouailleuse qui embête son monde avec son désir affolant de prendre le métro. Et tous les zinzins, les zozos, les zazous, les zarbis, les zigotos, tous ces drôles de zèbres qui, portés par les zéphyrs, filent de par le monde et sèment des zestes de bonheur. Tous ces zigs et puces qui ont bien souvent eu zéro à l'école. Mais que serions nous sans le zéro, le nombre rond, la valeur nulle, qui donne aux autres leur puissance et dont les premières traces nous viennent des Babyloniens ? Et puis, repartir de zéro, rebondir et tout recommencer, quelle belle porte ouverte aux rêves.... Ah dire zut à la face du monde et tout envoyer zinguer ! Le Z porte en lui la promesse des chemins de traverse, on zigzague, on divague et c'est tant mieux car quoi de plus ennuyeux que la ligne droite, les chemins tout tracés, les histoires bien bordées ?

Mais pour moi, le Z sait aussi se faire douceur. Ce sont les zelliges, carreaux de terre cuite émaillée de mon Maroc natal, les mésanges et les fauvettes qui zinzinulent dans mon jardin, les zakouskis que l'on déguste au coin du feu. Et, si je tends bien l'oreille, j'entends le zzzz... que chantent les cigales du Sud qui est en moi.