Je ne sais pas grand chose du poète Maurice Fombeure, découvert il y a peu, attirée par les titres de ses recueils. A dos d'oiseau, A pas de souris, Poussière de silence ou encore A chat petit, autant dire que je ne résiste pas. Bonheur de cette écriture limpide, fraîche et profonde, de cet attachement au terroir, à la campagne poitevine où il est né et a vécu, de cette simplicité de trouvère emportée par un souffle lyrique, entre gaieté et tristesse... De source bien informée, ce serait lui l'auteur de l'expression c'est en lisant qu'on devient liseron, sur laquelle tant d'auteurs ont rebondi et qui m'a toujours enchantée. Sous ses mots, Maurice Fombeure esquisse l'ombre d'un chat sur l'herbe, l'espoir des marins qui vont à la pêche quand la lune est en berne, la fluidité des truites en robe fauve, ballerines du silence nageant entre les arbres, la douceur des soirs aux rondeurs de châtaigne. Parsemant ses vers de quelques batraciennes présences, sortilèges d'enfance, les grenouilles chantres des songes nageant au fil de la lune, les crapauds qui chantent depuis le fond des temps. Et d'oiseaux d'étoiles couverts.
Je ris avec tes yeux, cher oiseleur des larmes...

Partir
Mourir sans boire entre les courants d'air,
C'est le destin des dromadaires.
Artillerie des rires, coutellerie des astres,
Ramures des nuages. Je traîne mon amour à l'ombre de tes yeux.
Et mon coeur bat comme un tambour ;
Mon âme est sourde, mes doigts sont gourds,
Je bégaye comme un vieux.
Mais je voudrais partir avec toi
A l'heure où fument les toits.
Une seule étoile monte sur la marée du gazon
Tu es une femme au bord de la mer
Du sommeil ou de la mort,
Entre les forêts frémissantes et le rire de l'horizon.
Partir à cette heure en aéroplane
Ou bien à dos d'âne - comme tu voudras -
Mon bras sur ton bras, les cheveux aux yeux
Et le coeur au vent.
Partir pour Beyrouth ou pour la Norvège
Où se fanent les neiges
Moins blanches que tes bras,
Pour l'Orient rose et rose et noir.
Revenir le soir par les gares, les villes roulées dans la brume
A l'heure où les lampes s'allument
Le long de l'éternité -
- Mais je reste dans la cage de ce bois de sapins.
Maurice Fombeure
Fontaines du temps perdu in Silences sur le toit
A dos d'oiseau - Poésie / Gallimard



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