Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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dimanche 24 janvier 2010

Un lapin passe au galop


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Puisque les écrevisses marchent à reculons, le présent pour elles est toujours un passé qui s'éloigne avec douceur tandis que l'avenir s'éclôt à tout instant comme une intacte surprise. Ah ! quel charme de vie.

Les Écrevisses de Norge
Le sac à Malices in Poésies 1923-1988 chez Poésie/Gallimard


Le dessin ? Non ce n'est pas une écrevisse. J'aurais pu, j'en ai admiré une fort belle, toute éclairée de bleu ou bien de rose. Mais un lapin m'a fait les yeux doux. Et je ne résiste pas à un lapin ni au joyeux coup de patte de l'artiste qui l'a croqué. J'aime vagabonder avec les lapins, ces compagnons des clairs de lune de l'imaginaire, qui gambadent la nuit comme les chats, en de furtifs jeux d'ombre et lumière.

Illustration de Madeleine Floyd, son site est .

mardi 5 janvier 2010

Par les couloirs bruissants du sommeil

Mi-éveillée mi-endormie, habitée de souvenirs, la nuit parfois j'entends. Couchée en chien de fusil, le ventre creux et le dos rond, la couverture tirée sur mes joues, je pelotonne contre moi la greffe Félicité. Une poignée de sable dans les yeux et nous montons toutes deux sur le navire des songes, bercées de ce ronronnement puissant qui est le talisman de nos nuits.

Dans les brumes du pays des rêves, de l'autre côté de la réalité, m'attendent de sonores visiteurs, aux humeurs incertaines.

Et déjà, ces brefs entrechoquements au rez-de-chaussée, n'est-ce pas un diablotin affairé à crocheter la porte d'entrée ? Ai-je bien pensé à donner le tour de clé salvateur pour protéger mes nuits ? Même à la porte ouvrant sur le préau ? Mais le cliquetis se dissout, absorbé par la profondeur cotonneuse de la chambre et je sombre dans la dérive du sommeil.

A cet instant précis où je glisse dans un songe, Patrick Bruel se met à chanter. Je me dresse, cramponnée aux draps. Pas de doute, un effroyable dragon aux yeux fixes cherche à m'épouvanter, m'annonçant ses meurtrières intentions en beuglant à se casser la voix. Le voilà qui grimpe lourdement l'escalier, il traverse le couloir et se dirige vers ma chambre. Quand il passe le seuil, tétanisée, je le vois s'évanouir dans l'ombre, la chanson s'était automatiquement enclenchée à l'heure fatidique de minuit, aucune créature au regard froid ne lèvera ce soir un couteau sur moi. Lentement, pour me rassurer, je touche de mes doigts mon visage et mes épaules.

Et je jaillis cœur battant, tirée de ma léthargie par les grondements du greffier Gribouille venu se poster à l'extrême bord du lit, poil hérissé, cou tendu, regard fixé vers la fenêtre baignée de lune. Il m'alerte. Je saisis qu'un monstre vorace vient de faire irruption dans la maison et rôde juste en-dessous, dans la cuisine. Tendue comme un arc, assise immobile au creux du lit, je tente de percer la chape du silence mais aucun clappement de langue ne se laisse entendre. Rien ne bouge, la vie s'immobilise. Sans doute s'agit-il seulement du gros chat des voisins qui déambule au fond du jardin, soucieux d'étendre son territoire.

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A présent, le claquement vif de la première chatière immédiatement suivi par le second, puis le déferlement d'une galopade effrénée dans l'escalier me font sursauter, ce n'est que Valentine échappée au tigre hantant le jardin qui se réfugie comme un boulet de canon dans la maison. Certaines nuits, les sons deviennent plus stridents, des feulements rauques et des sifflements grondants s'enchaînent en mélopée. Là, c'est Gribouille qui empoigne jusqu'à la sortie un étrange visiteur étourdi.

Plus tard, une autre nuit, une bouteille roule sur le carrelage et explose en mille éclats vibrants. Je pars en quête, nulle brisure de verre nulle part. Les greffiers endormis ouvrent un oeil soupçonneux. Placés aux premières loges, ils n'ont rien entendu et ne se privent pas de me faire remarquer que mes oreilles battent la campagne.

Et ce cri anxieux qui fend l'air et se répercute, renvoyé par les échos, lugubre et gémissant. Quelque mince fantôme pleurant la perte d'un abri ou la chouette envolée poussant un sombre hululement de chasse ?

Puis parfois c'est toi. Tu t'assois tout près et tu te penches vers moi. Je reconnais ton odeur, je respire d'un même souffle, tu caresses mon front de ce geste qui ébouriffe un peu la frange sur mes yeux, tes doigts s'attardent sous la pommette. Ta main est toujours aussi tendre. Tu me parles, j'assemble la douce sonorité de tes mots comme de frémissants petits cailloux sur le chemin qui nous réunit. Mes paupières trop lourdes, mon corps de plomb me clouent dans la torpeur du songe, je sais que tu es là, je lutte mais je dors. Je dors et au matin tu as disparu. Mon Prince qui m'appelle à rejoindre le Pays du Sommeil, je ne t'entends plus, je me réveille.

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Illustrations : Winsor McCay - Little Nemo in Slumberland

dimanche 29 novembre 2009

Freedom



C'était en 2005 déjà. Emoh de Lou Barlow. Ecouté et réécouté, tout et puis le titre Legendary. Un folk doux et dépouillé, et j'adore quand les chanteurs jouent en acoustique. And now ladies and gentlemen, son deuxième album solo Goodnight Unknow, sorti en octobre.
C'était juste un petit coucou du fond de la marmite. Parfaitement, la vie est belle, il y a les musiciens et les poètes, de tous temps et de tous acabits.


Edit : pour en savoir plus, vous pouvez aller  ! Belle balade, j'y ai passé un temps très inspirant. :-)

samedi 19 janvier 2008

Incandescences

Carbonisée je suis. J'ai acheté cet album il y a plusieurs mois tant la critique avait trouvé des échos en moi, mais je l'avais finalement peu écouté. Et là, je le passe en boucle toute la journée, c'est le choc.
Son prénom est Elvis comme Elvis The King donc. Et son nom est Perkins comme le comédien de Psychose, son père. Mais de cela on s'en fiche un peu. Quoique... la dimension de tristesse...
Elvis Perkins compose, chante et son premier album, Ash Wednesday m'emporte. Sa voix juste traînante, ses ballades ombrageuses, son folk plaintif.

«On ne peut pas ressentir la vie dans sa complexité si on rejette ce sentiment qu'est la nostalgie», dit-il. Ah mais rien ne me va mieux ! Pourquoi les chants désespérés sont-ils les plus beaux ?

A l'écoute : While you were sleeping ici (le début est un peu long, patience) et All the nigh without love . Et j'aime tant aussi Moon Woman.

ashes

jeudi 15 novembre 2007

Stavo di fronte a te

Je passe quelques jours vers la baie de Quiberon avec deux amies, et nous filons une échappée à la Trinité-sur-Mer, parler d'ailleurs et de voiliers. Un peu plus tard, nous entrons dans un restaurant, peut-être une crêperie, je suis incapable de me souvenir du décor ou du repas. Lui, par contre, je ne l'ai pas oublié. En m'asseyant, je sens qu'il me regarde et je le regarde à mon tour. Je suis en face de lui et nous nous regardons. Il est accompagné d'une fille et de deux autres personnes, je suis avec mes amies et je vis avec quelqu'un. Il me sourit légèrement, ses yeux semblent noirs. Il me sourit plus franchement et ses joues se plissent un peu, j'adore cela. Je suis attirée par son regard foncé et le son très doux de sa voix. Il est italien. Je me dis qu'il me plaît. Et j'ai envie de lui plaire. Je me demande si cet homme qui me plaît pourrait m’aimer, et de manière tout à fait inattendue et brutale, je désire qu’il m’aime. Nous passons tout le déjeuner, chacun à notre table, chacun en compagnie d'autres, à échanger des regards.

Il m'arrive très rarement d'être immédiatement sous le charme d'un homme. Je ne sais pas ce que j'avais reconnu en lui, mais je l'avais reconnu ce quelque chose étrange qui toujours probablement me troublera.

Nous n'avons pas fait de geste l'un vers l'autre. J'ai quitté le restaurant avec mes amies. Il est resté derrière moi. Nous n'étions plus en face l'un de l'autre. Je me dis encore que j'aurais dû lui glisser mon numéro de téléphone.

Cet homme que je n'ai pas connu m'accompagne parfois. Pour aimer, il me faudra toujours avoir un peu rêvé. Pour rêver, il me faudra toujours avoir un peu aimé.

dimanche 16 septembre 2007

Saudade

Je frotte jusqu'à l'oubli l'os des souffrances
Je ne veux pas rogner l'aile des souvenirs
Telle un orgue exhalant la géhenne
Je l'encage dans des souffles de parole

feuille

Un jour tu m'as aimée
Un jour tu étais là
Un jour tu seras là
Saleté de journée

La saudade est ce sentiment auquel s'identifie l'âme portugaise.
La saudade c'est un désir intense, pour quelque chose que l'on aime et que l'on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain. La saudade exprime toujours une faille, un sentiment de vide au présent et en même temps un désir de conjurer le sort, une sorte de quête de beauté ou bonheur pour le futur. Comme un air d'espérance peut-être.

Source photo : Patrick Bausson - Voleur d'Images

mercredi 15 août 2007

Je lui dirai les mots bleus

Je suis l'arbre des rêves
Celui qui fait monter le tumulte au plus profond des dédales
Je suis l'arbre des rêves
Celui qui porte les hyènes quand s'ouvre la fenêtre des cauchemars
Je suis l'arbre des rêves
Celui qui lâche les loups au moment où le vent se lève
Je suis l'arbre des rêves
Celui qui hurle à la nostalgie des avenirs qui ne seront jamais les nôtres

lundi 13 août 2007

Je t'ai attendu depuis tant de siècles

J'aurais tellement voulu quelque chose de bien
J'aurais tellement voulu que tu me dises 'Viens'

dimanche 22 juillet 2007

Graffitis du temps qui passe

Je me sens de trop
Emplie par les souvenirs
Les tarauds du souvenir
De ceux qui ne sont plus
De ceux qui ne seront plus
Et moi, toujours là
Je me souviendrai
Des paroles que je n'ai pas su dire
Des consolations que je n'ai pas su donner
Des sourires, des étreintes

Comme toi brol, je me dis que l'absence n'est pas soluble dans l'oubli.

Et je reprends ta phrase d'introduction, parce que c'est vraiment cela que je ressens si profondément et voudrais dire.
Alors, merci à toi d'être là.

A ceux qui me manquent, à tous les temps

dimanche 17 juin 2007

Les continents engloutis

Il avait écrit un texte dédié aux loups.
Il s'était toujours demandé comment on avait inventé l'écriture, quelles mains incertaines avaient tracé les premiers traits.
Il aurait voulu entendre vibrer en lui toutes les langues du monde, conjuguer le monde à tous les verbes, à tous les temps. Certaines concordances sonores le ravissaient : sea, sand, sun, shingle, shore, spring, stream, swamp, shoal, swell, scum, spray, shell, seal, fish, oyster, loabster...

Mais écrire, c'est coucher sur le papier. La vie ne se couche pas.

Et moi j'aimerais tant l'écouter voir.