Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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dimanche 10 janvier 2010

Un fer à souder please !

Je descends me faire un petit café et horreur, j'entends une cascade en furie. Un oeil à la chaudière, non elle ne semble pas se liquéfier sur place, un oeil au lave-linge, bon la lessive est finie. Je me précipite sous le préau attenant à la maison. Damned, un geyser s'échappe d'un tuyau sortant de la maison, dûment enveloppé mais néanmoins irrémédiablement fendu. Vite, se ruer dans le jardin, soulever la plaque de béton qui pèse trois tonnes, me mettre à plat ventre, enlever les protections, couper l'eau (non, il n'y a pas de bidule pour couper l'eau dans la maison, cela aurait été trop simple, nous n'avons jamais pu repérer l'arrivée d'eau dans la maison !). Evidemment c'est dimanche. Inquiétudes. Est-ce un tuyau relié à la chaudière qui se trouve juste derrière, de l'autre côté du mur ? Semble que oui et il continue de couler faiblement. Est-ce que la chaudière se vide ? Possible. Je tourne un loquet posé sur ce tuyau mystère. D'accord il ne coule plus. J'en suis là. J'attends. Pour l'instant il fait chaud et j'espère que la chaudière va continuer à ronronner tranquille. Mais il n'y a plus d'eau dans la maison. Ce n'est pas la première fois. J'ai déjà eu droit à diverses combinaisons dont de l'eau mais ni électricité ni chauffage. A tout prendre je préfère le cas d'aujourd'hui. Puis je pourrais éventuellement remettre en marche le circuit d'eau qui alimente le jardin et avoir de l'eau à l'extérieur ?

Si quelqu'un pouvait me parachuter un fer à souder, ce serait bien. Ah, et aussi une galette à la frangipane. Parce que les routes sont toujours bloquées par la neige et mercredi j'ai oublié celle que j'avais achetée dans la remorque du garagiste. Oui, parce que ma voiture a une cosse de travers du côté du boitier d'injection. Pas grand chose mais elle m'a traitreusement abandonnée d'un seul coup en pleine route. Je suis donc sans voiture. Sans galette. Sans chocolat. Et sans eau.
Et dire que j'étais en train de préparer un beau billet à la gloire de ma maison et à la fiabilité de ses équipements...

PS de Valentine Chacureuil : et puis quelques boîtes de thon siouplaît, la zumaine dit qu'on va tous devoir manger des brocolis maintenant, au secours !


Edit du 11 janvier à 17 heures : Ca y est ! Dépannée ! Tuyau changé (mais c'est que pour souder, il faut tout un équipement, pas juste un chalumeau), eau à tous les robinets (un privilège que j'apprécie je crois à sa mesure ). J'ai fait la vaisselle avec délectation. Chaudière ronronnante. Voiture réparée et récupérée, demain je ravitaille (et une galette, une !). Merci à "mon" plombier et à "mon" garagiste (des costauds super gentils en plus). Et merci à vous tous de votre soutien.

jeudi 7 janvier 2010

Hardi la puce !


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Jamais vu autant de neige depuis que j'habite à la campagne. Tout le jardin et les alentours sont revêtus d'une épaisse pelisse immaculée, scintillante au soleil. Ce matin, en allant ravitailler les oiseaux, la neige montait à mes genoux. Un beau faisan squattait la mangeoire au sol et s'est à peine éloigné tant il peinait à faire sa trace dans la poudreuse. Valentine s'est laissée surprendre, engloutie jusqu'aux oreilles en s'élançant sur son territoire blanc. Le silence est ouaté, personne ne s'aventure sur le chemin. Les cheminées fument. On se sent bien !

PS - Ne peux rien faire, la neige a bloqué le portail, le chemin n'est pas praticable et de toutes façons ma voiture est chez le garagiste, il ne va sûrement pas me la ramener. Rendez-vous reportés. Vacances ! Chouette !

dimanche 11 octobre 2009

Ma déesse Lare

Lorsque nous sommes tombés sous le charme de la maison des bois, celle-ci était loin d'être terminée. Sa restauration s'était arrêtée en chemin, il n'y avait aucun sanitaire, salles de bains et cuisine étaient absolument vides, à l'étage le sol en ciment (qui plus est poudreux et pas très plan) attendait désespérément son plancher, la cave était inondée, le jardin ressemblait à un terrain de football (hélas encore), en l'absence de vitrage sur la baie, les murs avaient été exposés au vent, à la pluie, au froid, aussi aux hirondelles qui avaient tapissé les poutres du séjour d'une flopée de nids en terre dure.

Mais il y avait ces très grandes pièces inondées de lumière, les terres cuites anciennes dont les tons d'ocre rosé me rappelaient la Provence, où des empreintes de pattes de chat et d'oiseau figuraient d'heureux présages, l'arc splendide d'une poutre dans la chambre, la vue dégagée vers les champs, le tilleul, l'absolu du silence... et détail qui a toute son importance, l'abondance de murs impeccablement alignés pour héberger les innombrables livres.

Bonheur suprême, le chauffage central était installé, les radiateurs semblaient bien un peu vieillots, mais la chaudière - absente pour être préservée du chapardage selon les dires du vendeur -, était certifiée neuve, de haute technicité, munie de sondes extraordinaires qui devaient nous assurer de substantielles économies et une qualité inégalée de chauffage, adaptée aux plus infimes variations extérieures et intérieures. Innocents que nous étions, la tête accaparée par les travaux et surtout par les redoutables problèmes légaux qui se sont abattus sur notre achat (que la peste étouffe le vendeur et son notaire, que l'enfer les avale vivants). Quand la chaudière a été livrée, elles nous a certes parue un peu cabossée et le plombier mandaté par le vendeur complétement à côté de la plaque. Mais il était trop tard et de toutes façons hors de question d'intégrer une nouvelle dépense dans notre budget.

Un livre ne suffirait pas pour raconter les méfaits de cette bourrique de chaudière. Nous avons emménagé en août. Le premier hiver survenu très tôt a été glacial. Outre le gel d'une canalisation fantôme qui nous a privés d'eau pendant 15 jours, nous avons claqué des dents dans la maison tout en dépensant des sommes astronomiques pour y faire grimper la température. Il paraît qu'il fallait d'abord réchauffer les plâtres avant d'avoir chaud nous-mêmes. On caillait, je passais mes soirées enveloppée dans un duvet. Ployant sous d'alarmantes nouvelles car des chauffagistes appelés à la rescousse arpentaient la maison en hochant une tête soucieuse : la chaudière n'était pas assez puissante pour la superficie des lieux, il fallait changer telle pièce ou telle autre, la sonde extérieure était mal placée, le vase d'expansion était trop petit, des stalactites n'allaient pas tarder à se former autour de l'encadrement de la baie (si, si, on me l'a dit), le thermostat intérieur était incomplet, les radiateurs étaient inaptes au service et bons à changer (faut dire que l'un d'eux était monté à l'envers). Bref, jamais nous ne serions correctement chauffés et, pendant ce temps là, la cuve se vidait à toute allure... qu'il fallait remplir, encore et encore. Tandis que la tuyauterie encastrée on ne sait comment cognait funestement dans les murs. Je me réfrigérais d'angoisse.

Elle m'en a fait baver cette saleté. Peu à peu et grâce à un talentueux chauffagiste, un artisan d'expérience d'une touchante douceur, qui a su lui parler entre quatre yeux, qui a peaufiné les réglages de ses doigts de fée tout en nous évitant la moindre dépense superflue, la carne a consenti à fournir un relatif confort. Elle restait néanmoins sujette aux incartades, avait de fréquentes vapeurs, emmêlait ses circuits, cédait aux appels de sirène du calcaire qui l'entartrait. Je ne sais plus combien de fois elle est tombée en panne, ces moments attristants où je pénétrais le soir dans une maison froide sous l'œil courroucé des greffiers. Alors j'ai muté experte et obsédée. Je me suis mise à écouter tourner la chaudière, le moindre bruit suspect m'alertait même en pleine nuit, j'avais appris à décoder ses sautes d'humeur, au moindre gargouillement je reconnaissais un problème. J'étais devenue très branchée chauffage, lancée dans les réglages, surveillant les niveaux, anticipant les crises. J'avais surtout reporté sur les défaillances de la chaudière la douleur de la perte qui m'habitait quand je me suis retrouvée seule dans la maison. Ses pannes m'anéantissaient, décuplant la brûlure du manque. Bref, elle me pourrissait la vie, et je n'avais pas vraiment chaud non plus.

Un jour, j'ai pu la changer. J'ai vue cette fée Carabosse me quitter et partir en morceaux avec quand même un petit pincement au coeur.

Depuis quatre ans, je vis une idylle avec ma nouvelle chaudière, une beauté sobre d'un blanc immaculé. Ma confiance en elle est totale et elle m'obéit au doigt et à l'oeil. Réglée comme une horloge sans en faire tout un plat, elle combine les températures extérieure et intérieure pour m'offrir la plus douce des chaleurs en ronronnant comme un chat. A condensation, elle est relativement économique et contrôle en partie ses émanations. C'est la reine de la maison, à laquelle je ne manque pas d'adresser quelques hommages de temps à autre en récompense de ses bienfaits et de ma tranquillité, tandis que les greffiers la vénèrent et s'appliquent tour à tour à lui tenir compagnie. C'est simple, j'aime ma chaudière d'amour (et ce qui ne gâte rien, le chauffagiste est tout à fait charmant, je peux juste regretter qu'il n'ait à intervenir qu'une fois l'an pour le contrôle !)

En rebond sur un billet de mirovinben, ici, qui a ravivé mes souvenirs.

vendredi 9 octobre 2009

Les manchots sont des dauphins qui ont atterri

Paroles en l'air, entendues par hasard ou presque.

A la librairie, au rayon philosophie, un père et son fils probablement.
Le père, montrant L'avenir dure longtemps de Louis Althusser : tu connais Althusser ?
Le fils : muhm...
Le père : tu sais ce qu'il a fait ?
Le fils : non
Le père : il a tué sa femme, il a écrit ce livre et il est mort
Là dessus, ils sont partis plus loin.
(oui il y a dans ma campagne, enfin à la grande ville pas trop trop loin, une librairie qui expose Althusser)(sacrée synthèse d'une vie et d'une œuvre, non ?)

Au marché, devant le stand d'un fromager, une dame avant moi se fait servir et hésite sur son choix.
Arrive une autre dame qui attend quelques instants puis déclare sans s'adresser à personne : je vais chercher mon pain parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut celle-là !
(l'impatience gagne, on le constate tous les jours)

A la boulangerie, un petit garçon regarde les pains au chocolat et tire sur la manche de sa mère.
Le petit garçon : je ne sais pas si les poissons dorment et si oui comment ils font ?
La mère : grmmmpf
(les mères, franchement...)

Chez moi, je bois un coca whisky pendant que la greffe Valentine Chacureuil sirote un bout de beurre et que le sieur Gribouille fait semblant de dormir, la télé bavasse les faits-divers habituels.
Moi : qui est le premier homme qui a eu l'idée de se mettre un bas sur la tête ?
Valentine : c'était peut-être une femme ?
Gribouille : avait-il l'idée du hold-up avant ou l'a-t-il eue après ?
(nos conversations sont fort intéressantes, je vous l'accorde)

Et à part ça, je suis bien celle qui ne sait pas de quoi il est question au juste.
N'importe quoi ici ? Sans doute. Autant savoir que cela ne s'arrangera pas.

dimanche 28 juin 2009

Le protocole trimestriel

L'autre matin, démoralisée. Il est 5 heures. Le même 5 heures qu'il y a 11 semaines. M'habiller en vitesse. Boire un thé. Câliner les chats. Démarrer la voiture. Rouler. Prendre une autoroute grise et de la vitesse. 90 kilomètres plus tard. Il est 8 heures. Hôpital. Prise de tension. Température. Pesée. Je m'installe dans un fauteuil trop grand et trop haut. Attente. Attente. 10 heures. Voilà l'interne. Bilan habituel. Je donne mes résultats d'analyses. Oui, le wash-out pour éliminer le médicament complémentaire pris pendant des années et dont les effets secondaires devenaient ennuyeux a été pénible à supporter. Mon système digestif en a pris un coup mais se rétablira. Le médicament de substitution, on ne peut rien dire pour l'instant. Mais surveillance étroite du foie requise. Encore une prise de sang. Attente. Attente. Tension qui monte. 12 heures. Enfin l'infirmière entre dans la chambre avec le charriot des perfusions. Elle accroche la machine électronique sur la potence, dispose tout son matériel, me pose le garrot, désinfecte, enfile ses gants, toute une procédure minutieuse à respecter, désinfecte encore, frotte le creux du bras, pique. Je ne sens rien mais je ne regarde pas. Combien de prises de sang, de perfusions depuis combien de temps ? Je me pose la question et j'élude. Ne pas cadrer précisément. Laisser tout cela filer dans le passé. Ne pas projeter l'avenir. Un jour, peut-être... L'infirmière me relie à la machine, lance le goutte à goutte de mon élixir. Attente. Attente. Le concentré de souris se diffuse, je l'imagine circulant dans mes veines, lâcher les petits combattants casqués de bleu qui vont pacifier l'agressivité irraisonnée de mon système immunitaire, transiter vers les membranes attaquées de mes articulations, dresser une barrière de protection. Je feuillète un roman policier, j'écoute ma voisine. 13 heures. Sonnerie de fin de cycle. Branchement du rinçage. Encore 15 minutes et c'est terminé. Dépiquée. 1 heure de surveillance. Plateau repas. Radio des mains et des pieds. Mon bulletin d'hospitalisation pour dans 11 semaines. L'ordonnance des analyses à faire. Coup de tampon sur ma fiche de sortie. Fin du protocole. 14 h 30. Je suis dehors. Délivrance. Toujours cette angoisse incontrôlée d'être retenue de force, de ne plus pouvoir sortir de l'hôpital. Je vois les fleurs dans le parc. Je vois la lumière, le soleil qui filtre par à coups. Je respire. Je prends un café à la petite cafétéria de l'accueil. Le lendemain je suis épuisée mais là je me sens bien. Rémission. Aussitôt tirer un trait. Ne plus y penser. Jusqu'à la prochaine séance.

dimanche 31 mai 2009

Chantemerle


pivoine

Chantepleure

Chantecaille fleur des rues
Chantepie fleur des bois
Chanteloup fleur des eaux
Chantamour fleur des nuits
Chantemort fleur des pois

Pleurivresse fruit de l’aube
Pleurétreinte fruit des yeux
Pleuraccueil fruit des mains
Pleurémoi fruit des lèvres
Pleurez-moi fruit du temps.

Robert Desnos in Youki 1930 Poésie

Vendredi 17 heures. J'ai bouclé et rendu un copieux rapport assommant, posté une déclaration d'impôts laborieusement remplie, fait les courses, puis je me suis innocemment rendue chez le garagiste pour un petit taptaptap bizarre et finalement changer deux pneus déformés. En rentrant, j'ai alors senti venir sur moi cet état particulier d'apesanteur qui clôt une fin de chantier. Je suis épuisée, libérée et vacante.

Samedi fin d'après-midi. Je n'ai pas arrêté de dormir, c'est dans une fuite ensommeillée que mon esprit se rassemble. J'ai jardiné en fin de journée. Enlever les anciennes feuilles craquelées, ramasser la légère floraison rouillée de la glycine, déblayer sous les haies, arracher le lavatère qui n'a pas résisté à quelques fortes gelées de cet hiver, couper les têtes fanées des lilas. Je reprends goût à un jardin longtemps délaissé et qui ne m'en veut pas. Ce sont les jours heureux du foisonnement, les branches s'allongent démesurées, les tendres touches de vert ont foncé, déployant des vagues plus sombres où les fleurs roses du weigélia s'attendrissent. Je m'absorbe à imaginer le feuillage découpé d'un grand figuier qui serait planté contre la chaleur du mur. Valentine joue entre les fruitiers. Elle passe d'une course folle, queue ondulante en traine, à des bonds saisissants, dos arqué et pattes jointes en cœur, puis se jette à l'assaut d'un tronc. Toute entière dans la joie du mouvement, fragilité et détermination, la force d'une plume. Gribouille, le nez froncé, l'esprit tatillon, inspecte le bord des rigoles, tendant une patte soupçonneuse pour vérifier que je n'oublie rien. Félicité rêve, enroulée dans les fleurs de trèfle, je l'entends soupirer après les bribes de ses songes. J'égrène les pétales flétris des premières roses qui tâchent mes doigts d'une saveur anisée. Je déguste le silence qui habite le jardin, m'enveloppe d'un néant tissé de bruits invisibles et me rend la maison douce. Quelques chants d'oiseau par giclées, des pépiements pressés, un sifflement impérieux, de tendres rengorgements qui peu à peu s'éteignent. Je me suis sentie en paix, comme cela ne m'est plus arrivé depuis des mois. Le merle menteur qui bloquait ma gorge s'est dégagé. Chantamour. Pleurétreinte. Les sentiments déchirants s'envolent, c'est triste et reposant.

Dimanche matin. J'ai passé du temps près des pivoines. Elles sont à leur apogée. Juste quelques pieds mais tant de plaisir. Et tant d'indolente vigueur dans ces têtes rondes qui se penchent ébouriffées. Le jardin me tient dans ses bras.

samedi 9 mai 2009

Epinglettes jolies

Dans un panier ardéchois en châtaignier tressé, je les amasse soigneusement. J'aime leurs grandes oreilles bien droites réunies par un ressort en travers, qui se ferment sur une robuste mâchoire pincée. J'en ai des flamboyantes en plastique dur qui font chanter la gaieté des bleu, jaune et rouge. Mais aussi des douces usées en pâle bois poli qui appartenaient à ma grand-mère. Au fond du panier niche une petite boîte carrée qui enferme six délicates miniatures. Sur l'anse, trône une belle italienne offerte en talisman portant au dos une rainette verte à pois noirs. Puis, se répandent en vrac des transparentes chics qui arrivent du Japon. Clic clac, je saisis, j'appuie, je ferre et je lâche. Sur le paquet de biscuits entamé. Sur le sac de croquettes entrouvert. Sur la ramette désaccordée. Sur la carte postale vagabonde. Derrière l'échancrure baillante du rideau. Sous les fils démêlés de l'ordinateur. Sur la queue offusquée du greffier. Sur le linge qui flotte au vent, rameutant les folles senteurs du printemps.

epinglette

E viva lapin, la.. pin... la pinc' à linge !



vendredi 10 avril 2009

De l'air, de l'air !


chatrougeVibrations rapides, excitées, tumultueuses... Elles vous mènent vers des contrées inconnues, tant mieux ! Oui, cette semaine parle d'un changement d'état d'esprit, de lieu de vie ou de moyens d'existence. C'est le moment de vous lâcher dans le courant, de couper avec des éléments liés au passé, de vous lancer dans l'aventure ! Au travail, laissez tomber la routine, changez d'habitudes, de collaborateurs ou de façons de travailler. Donnez-vous de l'air, des opportunités. En amour, sentez-vous libre d'agir comme bon vous semble. Et si les choses doivent se terminer... elles se termineront.

Soyons clair. Attention ! Cette prédiction, j'ai un droit de regard dessus, elle ne concerne que moi. Et certainement pas toutes celles dont la somme de la date de naissance fait 8 (je dis "celles", car cela vient d'un journal féminin).

Pas mal non ?
Alors, hier, j'ai accepté un nouveau contrat de boulot. Pas franchement différent, mais quand même, une autre façon de faire.
Puis, la chose amoureuse qui doit se terminer, bon beh, j'm'en vais lui couper les roupettes, là ça commence à bien faire !
Puis passer un peu le passé à la baye, pourquoi pas ?

Puis, je me suis lancée avec enthousiasme dans la technique, j'ai envie de comprendre tout ce qu'il y a dans le tréfonds de mon blog, de savoir un peu me débrouiller. J'apprends à monter un blog grâce à abc dotclear, une super initiative de Kozlika pour que même les nouilles qui ne savent rien (juste comme moi) puissent installer leur blog de A à Z et en saisir toutes les ficelles. J'ai déjà appris plein de choses. Si ça vous tente, venez nous rejoindre. Il y a plein de monos sympas. Et quand même dotclear, c'est le top du top.

Mais juste, les contrées inconnues, dépêchez-vous, parce que ça ne marche que jusqu'à ce soir minuit et que je ne veux pas me retrouver dans ma citrouille.

PS personnel : Loupiotte, tu as vu ? Juste pile poil dans l'esprit de ta si jolie phrase de vie. :-)

samedi 14 février 2009

Ma vie ménagère ?

Je déteste :

- Oter la pellicule qui recouvre les CD sans bousiller la jaquette d'énervement, pareil avec les fromages à tartiner sans les écraser de rage entre mes doigts, et celui qui a inventé les languettes à tirer mérite d'être empalé, merci Monsieur Desproges
- Pousser droit un caddie qui tient absolument à aller de son côté, d'ailleurs tous les caddies roulent de travers, pèsent une tonne, sont impossibles à manœuvrer, et je suis persuadée que c'est fait exprès pour nous obliger à traîner dans les rayons
- Etre dans un supermarché, entre l'angoisse de voir toute cette consommation étalée alors qu'en plus je ne trouve pas grand chose qui me plaise, et la folie furieuse à me démener pour attraper à toute vitesse mes achats déboulant du tapis roulant
- Ouvrir une boite de thon à l'huile en tirant sur l'anneau, à tous les coups je m'asperge, même et surtout si j'essaie de faire vraiment attention
- Ouvrir tous un tas de choses en fait, même un paquet de vis est enrobé d'une pellicule plastique quasi indestructible qui vicieusement moule chaque vis individuellement, et le bec verseur du paquet de litière refuse obstinément de sortir
- M'apercevoir que ce satané micro-ondes a encore une fois insuffisamment cuit le plat, qu'il faut lui redonner un coup d'ondes alors que j'ai commencé à le déguster, mais qu'il y a un glaçon au fond
- Trainer l'aspirateur derrière moi, la seule consolation étant de voir les mines désagréablement surprises et les regards très désapprobateurs des greffiers
- Monter sur la grande échelle pour interdire à la vigne de dépasser les limites autorisées, impossible de franchir le septième échelon, je suis obligée de me contorsionner mais sans faire de gestes désordonnés ni regarder par terre

chat_bibliotheque

J'aime bien:

- Laver ma voiture dans une station-service, parfois je m'emmêle dans le tuyau, mais le jet est tellement puissant qu'il me pousse en avant, je vaque déambulant autour de l'engin d'un air martial, dézinguant la boue des bas de caisse, et j'ai l'impression d'être un super macho
- Planter des bulbes, j'ai de la terre jusqu'aux oreilles, et c'est un tel plaisir de les voir pointer juste avant les beaux jours
- Lancer une lessive, et encore ma machine n'a pas de hublot qui me permettrait de jouir du spectacle du linge tournoyant c'est dommage, puis étendre le linge, mais pas l'enlever du fil, ni le plier et encore moins le repasser
- Choisir quatre assiettes assorties pour les chats, y disposer leur repas de manière artistique, puis les placer joliment aux différents endroits qu'ils auront bien voulu choisir pour prendre leur dîner, et observer le spectacle
- Eplucher des carottes avec un couteau économe, mais pas des pommes de terre
- Faire briller les robinets avec un petit chiffon tout doux
- Regarder Jack Malone le lundi soir en mâchant des Carambar et tomber d'accord avec Valentine Chacureuil qu'il doit avoir des genoux confortables

Et vous ? Vos plaisirs et déplaisirs ménagers, quels sont-ils ?

Dessin de Charles Wysocki

dimanche 14 décembre 2008

Au temps d'ici

Tu sais, tu ne manques pas grand chose par ici. Peut-être les promenades en forêt quand même. Maintenant les arbres sont dénudés, le sol est toujours tapissé d'une jonchée de bruns mêlée de quelques touches jaunies luisante de pluie et, quand je descends le petit chemin derrière, que le ciel est bleu, que le soleil perce lentement entre les branches, je vois chatoyer de l'or roussi, je sens flamber des senteurs pourrissantes. En bas, le coup d'œil sur la vallée ouvre une grande étendue tranquille, bordée de la ligne à peine visible de la route. La terre est boueuse, glissante, je rentre crottée, heureuse comme un chat mouillé.

Mais sinon, bah, la grosse maison prétentieuse de l'entrée du village, celle qui s'est offert une tour en se prenant pour un château, s'est enguirlandée de nouvelles fluorescences festives qui jettent mille feux vulgaires. Les décorations ne sont pas encore accrochées aux lampadaires de la grande rue. Un lampadaire sur deux. Elles seront tristes comme d'habitude. Toujours dans la rue principale, ils ont amassé sur la chaussée trois épaisses séries de ralentisseurs, histoire d'emboutir les quelques voitures qui se hasardent par là. Je ne sais d'où vient cette détestable frénésie de chicanes et de ronds-points dans les villages. Tu ne crois pas qu'il y aurait comme une compétition secrète entre les communes, à celle qui en alignera le plus ? Mais quel peut être le prix remporté par le vainqueur ?

J'écris des projets à tour de bras. De grands chantiers en perspective dès la mi-décembre et pour le premier trimestre. Tous auront lieu en même temps. Je suis tellement bassinée de la crise financière qui va nous terrasser inéluctablement que je ne refuse pas. D'abord, bêtement, je suis presque émerveillée d'être sollicitée, poursuivie, réclamée alors que je ne suis qu'un franc-tireur qui peine et élucubre. Et puis, je ne suis pas vraiment en position de refuser. Je sais tellement que rien ne dure, même si cela dure depuis des années. Dans ma tête, je me sens toujours comme un oiseau sur la branche. Aucune visibilité. Aucune certitude. Aucun engagement sur la durée. Pas grand chose aujourd'hui, demain croulant au fond de la mine à débusquer les idées sous les gravats des mots. Après-demain, rien peut-être.

Les livres de maths et de géométrie ont manqué finir à la déchetterie, je les avais relégués au garage, puis finalement, je les ai ramenés dans la maison. Après tout, leur place restait vacante, on voyait un vide. Par contre les livres de grammaire allemande sont éjectés. J'ai toujours préféré les fados portugais.

La greffière Félicité a le cœur qui bat la breloque, à présent elle ronflotte quand elle dort. Elle dort très profondément. Si je lui pose une caresse sur la tête, - quand je la vois si alanguie roulée en boule je ne résiste pas -, elle pousse un grognement et, comme arrachée à ses songes, se dresse un peu hagarde, un bout de langue parfois tiré à l'extérieur, tendre petit buvard rose sur le col blanc.

Si tu voyais la bruine qui ruisselle, si tu voyais combien le jardin est fantomatique sous la grisaille... Mais en vrai, le temps qu'il fait me laisse indifférente. Je pense au temps qui passe. Je me réjouis, par la fenêtre, des acrobaties des mésanges qui cabriolent autour des distributeurs de cacahuètes tant elles en raffolent. Et les merles, déjà amoureux, se poursuivent entre les buissons.

Là tout de suite, je n'ai rien envie de faire. Il y a bien ce projet à terminer pour demain. Peut-être un feu dans la cheminée, mais je m'y prends si mal qu'il va brûler rachitique. Je vais y balancer un zip pour une belle flambée, ça te fera rire. Et puis les chats réclament des crêpes au sucre, alors j'y vais.