Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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mardi 15 décembre 2009

Moon dream


You saw the whole of the moon

jeudi 13 août 2009

Blue Velvet


rosier Depuis plusieurs jours, je savoure chez Caroline Une histoire de bleu, avec le vague désir de rebondir sur le thème car, comme beaucoup, j'aime rêver entre bleu clair et bleu nuit. Et voilà que, de Gilsoub à Mirovinben puis à Anita, se déploie sur la Toile un jeu photographique, où les élus sont invités à publier sept photos "avec du bleu dedans". Je ne relèverai pas le défi, mon APN restant par trop énigmatique et ses résultats plus que hasardeux. Mais avec les mots, pourquoi pas ?

Entrer dans le bleu, c'est un peu, comme Alice au pays des merveilles, passer de l'autre côté du miroir. Je dégringole donc vite fait les escaliers du terrier pour traquer les sept références qui me sont chères.

Le bleu pour moi, ce serait...

L'Heure Bleue, mon tout premier parfum, que je porte encore parfois aujourd'hui, un oriental tendre aux senteurs de vanille et d'héliotrope qui a pour moi un goût profond de séduction, comme une première ébauche de la féminité. C'est aussi le titre d'une chanson de Françoise Hardy que j'écoute encore, mais de Françoise Hardy j'aime tout, donc ce n'est pas très étonnant. C'est l'heure que je préfère, on l'appelle l'heure bleue, où tout devient plus beau, plus doux, plus lumineux. C'est comme un voile de rêve qu'elle mettrait devant les yeux, cette heure bien trop brève et qui s'appelle l'heure bleue...

Le blue-jean, ce fameux pantalon de cow-boy en coton denim, dont je n'ai pas grand chose à dire si ce n'est qu'il constitue la base inépuisable de ma garde-robe. A l'âge de 5 ans j'en portais déjà avec un tricot de marin. Depuis, eh bien le jean, slim de préférence, m'accompagne comme une seconde peau. Confortable et passe-partout.

Les Gauloises Bleues, des cigarettes indissociables du souvenir de ma grand-mère. Grande fumeuse depuis l'âge le plus tendre, elle avait toujours ce petit coin de paquet bleu dépassant de la poche de ses robes (robes qui devaient obligatoirement être bien dotées, pour transporter les cigarettes, le briquet, le couteau, et que sais-je encore). Elle essayait de ne fumer qu'un seul paquet par jour. Je la revois, dans sa cuisine, la mèche blanche de son front jaunie par la fumée, les yeux rieurs et concentrés, faisant d'une main sauter des pommes de terre dans une poêle en fonte noire et de l'autre portant la Gauloise à ses lèvres et aspirant profondément. Oui, je trouvais le mélange délicieux. Pour le grand voyage, elle a eu en poche, comme elle le voulait, son paquet de Gauloises et son briquet. J'en ai souvent été réconfortée.

Le blues, ces notes bleues qui me bercent et m'enchantent, entre tristesse et révolte. De Muddy Waters aux Rollings Stones, aux Doors ou à Bob Dylan et à tant d'autres.

Barbe-Bleue un conte sanglant, mais dont la morale pourrait finalement inviter à respecter le mystère de l'être aimé. Quand celui-ci confie la clé de son petit musée des horreurs, faut-il vraiment aller fouiller dans les secrets de son passé ? L'amour n'est-il pas fait de multiples jeux de dissimulation et dévoilement ? Et puis, la soeur Anne dans la tour appelant les grands frères à la rescousse mais qui ne voit que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie, combien j'y pense quand je me confine dans la plus bête des attentes !

Le bleu Majorelle, cet outremer intense que l'artiste avait étendu sur les murs de sa maison de Marrakech. Je l'associe à la douce lumière éclatante du Maroc où je suis née.

Les Schtroumpfs, ah oui bien sûr ! Pour un peu je restais en rade quand me sont revenues en mémoire les créatures bleues de Peyo. Mais c'est avec Johan et Pirlouit que je les ai aimés, quand ils étaient encore de vrais petits lutins.

Et vous, me direz-vous, en mots ou en photos, quels sont les bleus que vous aimez ? Oui, bien sûr, je pense à certains, par exemple, Valérie ? Jipes ? Dieudeschats ? Dr CaSo ? Loupiotte ?... Mais ce n'est pas limitatif... Allez, allez, tous au boulot !

Image : Chat Bleu de Andy Wharol

Edit : du bleu du bleu du bleu chez Valérie, c'est par ici ! des variations de bleu amoureux chez loupiotte, par  ! chez Jipes, de ce côté, la note sensible du bleu des souvenirs, chez Anthom , les doux bleus de son île

jeudi 2 juillet 2009

Il pleut des larmes de solitude

Tu ouvres
le livre des répétitions
leitmotivs et refrains
ritournelles, rondes
complainte des saisons
des jours et des nuits
éternel retour du temps qui passe
Tu frissonnes dans l'été

jeudi 27 novembre 2008

L'anse des sages

Pas très loin de la maison, après avoir passé le bois de Brazais, puis traversé l'Eure, entre deux bras de la forêt domaniale de Dreux, la petite route aborde une courbe lente. Une clairière couronnée du moutonnement des arbres descend jusqu'à elle en vagues amples. Dorée par la lumière ployante de l'automne, alanguie de trainées de brume l'hiver, translucide sous la pluie grise, cette trouée silencieuse respire une douceur sereine. Une attente discrète y palpite. Parfois en plein après-midi un jeune busard plane à l'aplomb d'une proie effarée, parfois la nuit le vol lourd d'une chouette érafle le toit de la voiture, parfois au petit matin un renard fugitif s'immobilise.
Quand une carte IGN lui a appris le nom de ce lieu, il était enchanté. Chaque fois que nous approchions du cercle magique, l'eau verte de son regard devenait plus limpide, les coins de ses lèvres s'étiraient, il souriait et disait : voilà le clos de Sapience. Ou bien : regarde, regarde, c'est le clos de Sapience. Nous ne parlions plus, nous effleurions nos mains et notre complicité nous aimantait les doigts.
J'aime imaginer qu'un peu de lui vagabonde désormais par là. Sage et fou comme toujours. Entraînant quelques noirs corbeaux freux sur les chemins escarpés de la dialectique. Touchant le soleil du bout des ailes et jouant à chat avec la lune.
Aujourd'hui, je traverse le clos de Sapience comme un songe, les yeux ouverts sur d'invisibles signes. Je peux continuer la route sans jamais rien oublier.

jeudi 17 avril 2008

Forever Young


dylan

Une éclaircie dans le ciel de plomb. Les temps ne changent pas, non ils empirent, mais un jour ils devront bien changer.
Le jury du prix Pulitzer a distingué cette année Bob Dylan par une mention spéciale "pour son profond impact sur la musique populaire et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétique extraordinaire". Il est le premier artiste rock à recevoir cette récompense prestigieuse. Il rejoint les jazzmen John Coltrane et Thelonious Monk, le dessinateur de BD Art Spiegelman, le romancier Ray Bradbury.

Même si je m'en fous des médailles, je suis contente. Tant de chansons de Dylan qui se sont gravées dans ma mémoire et ma sensibilité, tant d'instants qui en ont été marqués et qui demeurent, bien vivants. Cette voix nasale, traînante. Ces mots tendres et durs. Ce personnage secret, dégingandé, les mains dans les poches, qui marche, une jeune femme aux cheveux longs accrochée à son bras. Si proche et si lointain.

Plutôt que de chercher un sens dans des détails de ma vie, on peut trouver des clefs dans mes textes. Je sais, on me considère comme un être volontairement énigmatique, ironique, sarcastique, allusif, ambigu, un taiseux, et pourtant, des clefs, j'en ai laissé. Les gens peuvent tout connaître de moi à travers mes chansons, à condition de savoir regarder, a raconté Dylan dans un entretien ici. Ce doit être cela. L'homme est dans ses chansons. Forever young. Ses chansons chantent le monde.

lundi 26 mars 2007

Le souffle du vinyle

Je ne suis pas convaincue par le CD. Cet objet qui tient entre deux doigts et disparaît dans la machine où il tourne, invisible, sans émettre aucun autre son que celui de la musique. Trop de perfection, de technicité, de froideur.

Avec le disque vinyle, par contre, c'est l'émotion. La pochette et la sous pochette de cellophane. L'éclat sombre du disque noir qu'enjolive l'étiquette colorée. La petite cérémonie de l'écoute. Extraire l'objet de la pochette, éprouver sa fragilité, faire attention à ne pas poser ses doigts partout. L'ajuster sur la platine. Poser la tête de lecture très exactement au début de la plage lisse sans la faire glisser ni tomber, attendre le moment où la petite aiguille va déployer le premier son. Regarder, regarder la galette tourner, voir les stries du microsillon onduler, l'étiquette se gondoler et le diamant parcourir sa course en spirale. 33 tours, face A et face B.

Et puis les grésillements, les miaulements. Les imperfections certes mais surtout le souffle, l'ampleur et la vibration du son. C'est un peu crasseux mais c'est chaud. C'est bon.

Patti Smith Horses
Tous ces grands groupes que j'ai tant aimés, mes premières découvertes du rock, du punk, toutes ces chansons qui inspiraient la rébellion, la tristesse, le plaisir, comment les écouter en CD sans ôter leur étincelle de vie, leur souffle de liberté ? Blonde on Blonde, Ziggy Stardust, Berlin, Revolver, Let it bleed, London Calling... Et tant d'autres... Et Patti Smith... La rage au ventre. Poésie et violence.

mardi 30 janvier 2007

Ma première (et dernière) expérience de voile

brol nous invite à nous souvenir d'une première fois. Encore un jeu auquel je ne peux résister. Alors, ni le premier amour rencontré, ni le premier baiser échangé et plus si affinités, ni le premier tour de vélo sans les petites roulettes ni la première découverte de la neige... Ce que j'aurais bien aimé aussi raconter, mais il faut bien faire des choix dans la vie.

Ce sera donc la première fois où j'ai approché un voilier de près. Oh pas n'importe quel voilier, je suis sûre que les amateurs de voile m'envieront. Un deux-mâts d'au moins 20 mètres (enfin, à la louche), un ketch dessiné et construit par William Fife en 1936. Une beauté, une silhouette fine et élancée, un superbe voilier ancien, celui de mon frère, longtemps skipper.

De ce que j'en ai entrevu, l'univers des marins est plutôt viril, et le vocabulaire bien particulier. Un domaine d'initiés où les filles, les moussaillons et les pieds tendres se font tout le temps enguirlander. Malheureux, ne parlez jamais de cordes ou, bien pire, de ficelles, ce sont des bouts. N'envisagez pas une seconde fouler un pont en teck avec des chaussures aux pieds même conçues pour. N'imaginez pas vous laver les cheveux à l'eau douce. Et surtout surtout, sachez que le bateau est absolument sacré et que la parole du capitaine fait loi.

Me voilà donc aux Iles Vierges, accompagnée de mon chéri. Nous retrouvons le voilier, mon frère et sa copine. Le programme prévoit de rejoindre par petites étapes une île des Caraïbes qui est leur port d'attache, histoire de se familiariser en douceur avec le voilier (à l'époque, ne doutant de rien, j'ambitionnais de les accompagner plus tard dans une traversée de l'Atlantique).

L'imminence d'un énorme cyclone nous contraint cependant à nous abriter à quelques encablures, dans une île sauvage réputée depuis le temps des pirates pour ses "trous" à cyclones, des anfractuosités protectrices. Déjà un poil stressant, mais en fait la meilleure partie de l'aventure. Nous y sommes restés une petite semaine, le bateau solidement amarré aux palétuviers de la rive par des cordages qui l'enserraient de toutes parts pour résister à la force des vents. Tranquilles, à écouter siffler la tempête, à nous baigner. A observer plusieurs sauvetages aussi.

Il fallut ensuite cravacher pour rejoindre notre destination. Mon chéri, terrassé par le mal de mer, gisait sur sa couchette et n'a été d'aucun secours il faut bien le dire, occupé à perdre un kilo après l'autre. Cinq jours de voile non stop pour moi qui n'ai pas vraiment le pied marin, des manoeuvres à faire alors que déjà en langage normal je ne distingue pas immédiatement la droite de la gauche, ce fut vraiment dur. A quatre pattes sur le pont, j'essayais de tenir mes quarts, persuadée que j'emmenais direct le voilier en enfer, que j'allais le laisser s'empaler sur le premier obstacle. A moitié verte et nauséeuse, je naviguais dans les odeurs de boeuf bourguignon que mon frère et sa copine m'ont semblé déguster pendant toute la traversée (je n'en raffolais déjà pas, je n'ai jamais pu en remanger depuis).

A l'arrivée, incapable d'affaler la voile avant (ne me demandez pas son nom), je voyais le bateau filer direct sur la plage. Pendant ce temps, mon chéri qui avait émergé de son coma était réquisitionné pour contrôler le dinghy pendant les manoeuvres d'approche et l'empêcher de venir cogner dans la coque. Comme il n'y arrivait pas à partir du pont, il s'est retrouvé je ne sais comment dans le dinghy et il a réussi à le faire chavirer. Bien sûr, il aurait pu se noyer, mais c'est le moteur du dinghy qu'il a noyé déclenchant l'ire du capitaine. Quand enfin le bateau a été à l'ancre, que je ne pensais qu'à m'effondrer sur la terre ferme, nous avons dû séance tenante, rincer à l'eau douce toutes - absolument toutes - les boiseries extérieures et tous les vernis (il n'y a que ça) et les essuyer à la peau de chamois, tout nettoyer à bord, nous occuper des voiles et que sais-je encore. Puis nous entendre proposer du boeuf bourguignon !

Depuis, je suis retournée sur le voilier mais en choisissant soigneusement les moments où il était à quai. Et je n'ai jamais plus envisagé, même en rêve, la traversée de l'Atlantique.

dimanche 24 décembre 2006

En passant par le cimetière

En vagabondant sur les traces de ce voyage où d'intéressants aperçus et paysages vous attendent, je pensais aux cimetières. Je suis donc allée me promener dans le cimetière militaire allemand qui se trouve à une dizaine de kilomètres de chez moi. Dans la campagne, loin en retrait de la petite route. Sous un ciel gris plombé peut-être annonciateur de neige et par un froid vif bien agréable.

Un calme incroyable. Un profond silence. Pas un chat en cette veille de Noël. Juste la compagnie de quelques corbeaux. Et 19 809 croix tombales grisâtres plantées dans l’herbe et dessinant de grandes figures géométriques. Des croix en pierre calcaire coquillée, portant de chaque côté, le nom, le grade, les dates de naissance et de décès de deux soldats inhumés l’un à côté de l’autre. Certains inconnus. Des soldats venant de différents endroits de Normandie où ils sont tombés pour la plupart au cours du Débarquement en 1944. Presque 20 000 soldats morts. Des très jeunes, 18 ans, 19 ans, 20 ans, 30 ans… A côté de certaines tombes, de sobres couronnes en feuilles ou branches tressées.

Je ne m’y sens pas si mal dans ce cimetière. L’endroit est majestueusement beau et triste. En pleine nature, avec de grands arbres, l'herbe est verte et toute entrelacée de mousses comme dans mon jardin. Au printemps et à l’automne, les couleurs sont magnifiques. Il y règne maintenant la paix. Et puis, au moins, il y a de l’espace. Ces morts ne sont pas entassés les uns sur les autres comme dans les cimetières modernes où il faut subir la promiscuité. Ils respirent !

Je pense à ces jeunes soldats, à mon grand-père qui a fait les quatre années de la Grande Guerre, car je marche en ce moment sur ses traces, et à ses camarades, les poilus. A tous les autres. A tous ceux qui ne sont pas soldats et que la guerre n'épargne pas pour autant. A toutes les guerres. Partout, tout le temps. A leur absurdité.

Happy Xmas, war is over a chanté, un jour mais il y a bien longtemps, John Lennon.