Outrelande

Histoires d'ici et d'ailleurs

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samedi 6 mars 2010

Bruits de coulisses


harebrain.JPG Léon : Ah beh ouais mais qu'est ce qui se passe donc ici les zamis ? Y'a la boite mail qui déborde (enfin presque faut pas exagérer non plus), puis toute une pile de commentaires qui s'entassent bien esseulés sans réponse.
Outrelande serait abandonnée, les clés jetées par-dessus les moulins ?
Meerkat aurait disparu à ce que j'entends dans les terriers ?



margaret.JPG Margaret : Ah oui, tiens donc, j'ai entendu dire ça aussi. Elle aurait pris ses cliques et ses claques et elle serait partie ailleurs avec Valentine Chacureuil sous le bras. Faut pas vous inquiéter vous savez, faut pas penser qu'elle est malade, non. Moi je l'ai vue, encore pas plus tard que tout à l'heure, elle ne va pas si mal. Enfin je ne parle pas du ciboulot, ça c'est autre chose. Mais physiquement, pour son âge, elle tient encore la route.


lambchop.JPG Hector : T'as raison le gallinacé, moi je la trouve gironde. Mais le caractère par contre ouhlala, c'est une autre paire de manche. Mars c'est le mois des fous, c'est sûr, elle ne faillit pas à la tradition ! Elle sait pas ce qu'elle veut, un coup elle rit, un coup elle pleure. Et puis pour vous claquer brutalement la porte sur le nez, elle est champion du monde. Quand je pense à tous ceux qui croient qu'elle est douce comme un agneau, ils se foutent le doigt dans l'oeil et jusqu'au coude.


glamourplus.JPG Sigmund : Oh toi dis donc le mouton, réfléchis cinq minutes. Tu sais bien qu'elle est traumatisée d'enfance. Elle croit qu'elle n'a pas de place. Elle croit qu'elle est en trop. Une place, elle n'en veut pas d'ailleurs, l'est jamais capable d'en demander une, c'est ça le truc. Alors tu penses bien, ici, au bout de tout ce temps, ça lui devenait pesant. Va savoir Charles, elle se sentait un peu contrainte, et puis elle n'a plus envie de parler d'elle.


fatrat.JPG Séraphine : Ah, je t'arrête tout de suite mon cher, avec nous elle est super cool, on s'amuse bien. Et elle a tout un paquet de mots dans sa besace qui font bien notre affaire, j'aime bien quand elle nous raconte des histoires au coin de la cheminée en mangeant des crêpes. Si elle vire vraiment sauvage, on est mal partis nous zotres.


mysticmog.JPG Evariste : Patate, c'est une zumaine, l'est pas tout à fait comme nous. Elle a pris le vent du large, elle veut voir de verts pâturages, franchir la ligne des océans. Faut juste lui laisser du temps. Puis elle reviendra. Voilà tout. Elle a la chance d'avoir des amis par ici et sur la grande toile. Puis je peux vous dire à vous, lecteurs et commentateurs, qu'elle vous envoie des bisous. Et qu'il ne faut pas vous inquiéter pour elle.


Alors nous, les petits papoteurs, nous nous sommes tous échappés du pinceau de Kay McDonagh pour venir occuper un peu la place. Non mais, ici c'est un peu chez nous, quand même !

samedi 30 janvier 2010

Bonheur du soir

Sur le chemin de la forêt un Anima à grandes oreilles a déposé une merveille. On ne peut plus alléchée, je me précipite au rayon littérature latino-américaine de la bibliothèque de la maison. Zut, de Luis Sepúlveda n'a été engrangé qu'un seul ouvrage, je ne sais comment cela est possible mais il me faudra pallier ce manque. Évidemment je regarde la petite troupe solidaire qui se presse sur ce même rayonnage. Je suis déjà en lecture avec Alejo Carpentier. Tiens, Cent ans de solitude, quel bonheur ce livre, vraiment je devrais le relire. Ah mais là, c'est Julio Cortázar. Hop, Les armes secrètes passe sur le haut de ma pile à lire. Puis je tire Cronopes et Fameux, je feuillète, je tombe sur un discours qui pour le coup me fait sourire jusqu'aux oreilles.

Tout d'abord, le quatrième de couverture de Cronopes et Fameux :

Savez-vous lire l'heure en effeuillant un artichaut ? Tuer les fourmis à Rome ? Monter un escalier en connaissance de cause ? Poser correctement un tigre ? Vous faut-il des instructions pour pleurer ? Pour avoir peur comme il faut ? Vous arrive-t-il de jeter les timbres-poste que vous trouvez laids ? De tremper un toast dans vos larmes naturelles ? Avez-vous parfois envie de dessiner sur le dos d'une tortue une hirondelle ?
Si vous répondez " oui " à six de ces questions vous êtes un Cronope, un de ces êtres qui font, depuis quinze ans, carrière en Amérique latine : on dit -on écrit même dans la presse- que Monsieur X ou Y est ou n'est pas un Cronope authentique. Cela suffit pour que le lecteur sache à qui il a affaire.
Dans le cas contraire, vous risquez d'être un de ces Fameux qui conservent leurs souvenirs enveloppés dans un drap noir : pour votre tranquillité, mieux vaut s'abstenir de lire ce livre.


Et puis le texte, intitulé Discours de l'ours :

C'est moi l'ours des tuyauteries de l'immeuble, des tuyaux de l'eau chaude, du chauffage, de l'air frais, je vais par les tuyaux d'étage en étage, je suis l'ours qui va par les tuyaux.
je crois qu'on m'apprécie car mon poil nettoie impeccablement les conduits, je cours dans les tuyaux sans répit et sans trêve et rien ne me plaît tant que de passer d'étage en étage en glissant le long des tuyaux. Parfois, je sors une patte par un robinet et la jeune fille du troisième crie qu'elle s'est brûlée, ou je grogne à la hauteur du fourneau du deuxième et la cuisinière Wilhelmine se plaint qu'il tire mal. La nuit, je vais en silence, je vais sur la pointe des pattes, je sors mon nez sur le toit pour voir si la lune danse là-haut, puis je me laisse glisser dans la cheminée, comme le vent, jusqu'aux chaudières du sous-sol. Et l'été, je nage la nuit dans le réservoir piqueté d'étoiles, je me lave le museau, d'abord avec une patte, puis avec l'autre, puis avec les deux à la fois ce qui me remplit d'une joie extrême.
Après quoi, je dégringole par tous les tuyaux de la maison en grognant d'aise et les maris-et-femmes s'agitent dans leurs lits et pestent contre la plomberie défectueuse. Il y en a même qui allument et notent sur un petit papier : penser à se plaindre au gérant. Je cherche le robinet qui est resté ouvert à quelque étage -il y en a toujours un- je mets le nez dehors et je regarde l'obscurité des chambres où vivent ces êtres qui ne peuvent se promener dans les tuyaux et j'ai un peu pitié d'eux à les voir si grands et si maladroits, à les entendre ronfler et rêver à voix haute, ils sont si seuls. Lorsque le matin ils se lavent la figure, je leur caresse les joues, je leur lèche le nez, et je m'en vais, vaguement assuré de leur avoir fait un peu de bien.

Julio Cortázar, Discours de l'ours, in Cronopes et Fameux, NRF/Gallimard



La bibliothèque est certainement la plus forte présence dans la maison des bois. Elle a sa vie, ses espaces, ses habitudes maniaques, ses grains de folie. Je la connais assez mal, n'en ayant pas percé tous les mystères et d'ailleurs ne le souhaitant pas. Je soupçonne quelques livres de s'amuser à voyager la nuit, en quête de bonne compagnie, certains d'ailleurs s'oublient par terre. Tandis que d'autres, étroitement accolés, refuseraient absolument de se quitter. Nos relations sont fluctuantes, cette bibliothèque je ne l'aime pas toujours, surtout quand elle m'oppose une façade butée et refuse de donner suite à mes recherches. Bien des fois tous ses livres me pèsent et je me promets de les rôtir dans un grand feu. Souvent sa puissance me réconforte, elle est si chaleureuse quand elle est de bonne humeur. Mais chaque fois que, furetant auprès d'elle, je suis attirée par un livre que je ne savais pas être là, ou que je trouve précisément le livre que je désirais, je sens, au plus profond de ma poitrine, mon cœur se bouleverser. Le lien avec Sevi se retisse immédiatement. A chaque fois, je suis émerveillée de la justesse de ses choix, de l'étendue de ses curiosités. De la somptuosité éclectique de celle qui demeure sa bibliothèque et qui reflète si bien ce qu'il était.

Ainsi, entre la vitalité heureuse de mon souvenir et la gaieté farfelue de ma lecture, je passe ce soir une soirée délicieuse.

Avant d'aller dormir, je glisserai ce discours à ma chaudière, je sais qu'elle en ronronnera de plaisir et qu'elle passera le mot à la tuyauterie, j'espère bien que demain matin, un ours me posera sur le nez un bisou tout mouillé.

mardi 26 janvier 2010

J'irai par les forêts... #1

Je voudrais m'enfouir dans le sanctuaire d'une forêt. Je voudrais redevenir toute petite au pied d'un tronc immense, levant les yeux sur des branches dressées vers le ciel épanouies en aérien bosquet. Je voudrais fouler le tissu élastique d'un tapis tissé d'humus et d'écailles semé de racines, humer à plein cœur des senteurs d'âcres ténèbres et de vertes feuillées, sentir battre sous mes doigts de rugueuses écorces, fendre l'écran des branches et des feuilles enchevêtrées en de vivantes lianes. Je voudrais me perdre dans une forêt, traverser l'épaisseur des futaies, rejaillir transformée à l'orée des plaines, emplie du désir de vivre.
Alors, j'ai mis mes pas dans les pas des écrivains [1] partis à la rencontre des forêts du temps perdu... Fangorn, Brocéliande, Athshe, Amazonie... Forêt douce, forêt dévorante, forêt vierge, forêt profonde où coulent les secrets...

Me voilà dans les traces de Henri Michaux passant avec lui les frontières d'une botanique imaginaire. Etrangeté d'une forêt probablement située entre l'Équateur et la Grande Garabagne, dans un Ailleurs végétal où les arbres, s'évadant des contraintes de leur règne, sont devenus autres. Extraordinaires mutants dépourvus de feuilles, ils vivent intensément leur vie singulière, expérimentant de puissants pouvoirs mimétiques, déployant de curieux appendices, tranquilles ou affamés, agressifs ou rieurs. En cette forêt des métamorphoses, façonnée par les désirs de l'instant, tout est mouvements et changements, reptations inquiétantes et bourgeonnements joyeux...

Dans ce pays, il n'y a pas de feuilles. J'ai parcouru plusieurs forêts. Les arbres paraissent morts. Erreur. Ils vivent. Mais ils n'ont pas de feuilles.
La plupart, avec un tronc très dur, vous ont partout des appendices minces comme des peaux. Les Barimes semblables à des spectres, tout entiers couverts de ces voiles végétaux ; on les soulève, on veut voir la personne cachée. Non, dessous ce n'est qu'un tronc.
Il y a aussi, dans la forêt de Ravgor, de tout petits arbres trapus et creux et sans branches qui ressemblent à des paniers.
Les Karrets droits jusqu'à la hauteur de cinq ou six mètres, là tout à coup obliquent, pointent et vous partent en espadons contre les voisins.
D'autres avec de grandes branches dansantes, souples comme tout, serpentines.
D'autres avec de courts rameaux fermes et tout en fourchettes.
.../...
D'autres qui se tendent sous la pluie comme des courroies et grincent ; on se croirait dans une forêt en cuir.
Les arbres à chapelets, et les arbres à relais.
Les arbres à boules terminales creuses, munies de deux rubans. Par grand vent étaient emportées ces boules, et volaient, ou plutôt flottaient lentement, semblables à des poissons, des poissons qui vont enfin regagner la rivière après un voyage pénible, mais le vent les chassait et elles allaient s'empaler sur les arbres à fourchettes, ou roulaient à terre par centaines, formant un immense plancher de billes, se bousculant et comme rieuses.


bialobrzeski.jpg

Les Badèges ont des racines grimpantes. Une racine sort tout à coup, vient s'appuyer contre une branche d'un air décidé, l'air d'une monstrueuse carotte.
.../...
L'arbre le plus agréable, c'est le Vibon. L'arbre à laine. On voudrait vivre dans sa couronne. Quantité innombrable de rameaux ont ses branches, et chacune secrète une antenne de laine, si bien qu'il y a là une grosse tête laineuse. c'est le Bouddha de la forêt. Mais il arrive que les Balicolica (ce sont des oiseaux) y viennent habiter. Ils crottent partout. Alors c'est une odeur infecte qui se forme là, et il faut brûler l'arbre.
L'arbre à baleines de parapluie ; d'autres tout en lamelles, si vous y donnez un coup fort, tombent en s'ouvrant comme un paquet de cartes.
.../...
Les Romans, sans aucune hauteur, à peine la couronne sort de terre, ça leur suffit, mais larges... larges.
Parfois, vous ne voyez que plaines et c'est une forêt, une forêt de Romans. Les branches reposent sur le sol, allongées comme des serpents, les plus jeunes on peut les voir avancer, et on les entend si le sol est sablonneux et sec.
Dans les branches en cerceaux des Ricoites, les singes passent et sautent continuellement.
.../...


Texte : Notes de Botanique de Henri Michaux dans Mes propriétés (extraits) in La nuit remue, chez Poésie/Gallimard
Illustration : Paradise Now de Peter Bialobrzeski (son site)

Notes

[1] J'ai l'intention de démarrer une petite série présentant des textes que j'aime sur la forêt, la rencontre entre la forêt et l'eau. Si par hasard vous avez dans vos boites à images de quoi les illustrer et que le jeu vous tente, merci de me contacter ou de vous signaler en commentaire. Le prochain texte concernera certainement l'Orénoquie luxuriante de Alejo Carpentier.

mercredi 20 janvier 2010

Les trois cousettes


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La première cousette est ma mère. Lorsque nous vivions en Côte d'Ivoire, je me sentais comme un poisson dans l'eau au cœur de la brousse africaine. Mais on disait la chaleur si brûlante qu'il fallait à son apogée s'en protéger. Après le déjeuner, quand je ne prenais pas la poudre d'escampette, je restais donc dans la maison, établissant mes quartiers dans l'entrée. Les clayettes levées laissaient passer un léger courant d'air tout en filtrant une douce pénombre. Un illustré de Kit Carson à portée de mains, j'élevais sur le sol les défenses du Fort Alamo de Davy Crockett et postais les Indiens en embuscade dans les escaliers du sous-sol. Ou alors, avec de petits bouts de bois et des cailloux ramassés près du seuil, j'inventais des maisons et des vies de famille. De temps en temps, ma mère me proposait un brin de broderie. Assise sur le carrelage, cramponnée à mon aiguillée de rouge, de vert, de jaune ou de bleu, je tentais de dompter un petit rectangle de canevas qui se dérobait, le fil de coton se nouait ou s'ébouriffait, les points se chevauchaient tout contorsionnés. Arrivée au bout de la courte ligne brodée, je laissais tomber l'ouvrage et retournais à mes jeux. Silencieusement, dans ce rang que j'abandonnais hirsute, ma mère rétablissait l'ordre et la beauté, attendant patiemment la prochaine séance. D'une rangée à l'autre, le canevas malhabile s'est transformé en porte-aiguilles ourlé de festons au crochet. Il est encore là rangé dans le panier de couture de ma mère qui l'utilise toujours, et je le trouve bien joli ce patchwork haut en couleurs, métissé de points de croix et de points de tige.

La seconde cousette est ma grand-mère Noémie. Nous habitions alors dans un village du Vaucluse. J'étais en classe de sixième, pensionnaire la semaine à la grande ville. Le lundi après-midi j'avais un cours de couture que je détestais où nous étaient imposées des confections insensées, chemise de bébé ornée de smocks ou taie d'oreiller brodée de jours, et pratiquement chaque semaine l'exécution d'un point de couture sur une étoffe de coton blanc. Le dimanche en fin d'après-midi, la tristesse me prenait avec l'angoisse de quitter ma maison le lendemain à l'aube, ma pièce de couture inachevée partait en quenouille. Je regardais ma grand-mère et lui tendais cet informe bout de tissu. Elle souriait, en maugréant contre ceux qui accablaient les enfants de travaux imbéciles, tirait sa chaise basse près d'une fenêtre, ajustait ses lunettes, passait le fil rouge par le chas, chaussait son dé argenté et se mettait à coudre pour moi. Assise sur un tabouret tout contre elle j'observais, émerveillée, l'aiguille plonger et replonger dans le tissu, les points qui se dessinaient, la couture qui prenait forme pendant que ma grand-mère me parlait de la vie qui va. En quelques instants, le travail était fait, la pièce surfilée, repassée à la patte-mouille, mon infâme bout de tissu s'était métamorphosé en un bel ouvrage. Je respirais.

La troisième cousette est mon amie Lolilola. Nous étions à ce moment là installés à Aix et c'était l'adolescence. Lolilola et moi nous nous sommes connues sur les bancs de la sixième, nous ne nous sommes plus guère quittées dès la cinquième, et à partir de la quatrième, nous avons fait ensemble les quatre cent coups, et avons aussi parfois tiré l'aiguille. Enfourchant son destrier bleu, les poches emplies de roudoudous, elle arrivait chez moi avec des idées de folle parure et des coupons de tissu. Nous feuilletions les pages du Elle, rêvant de tel ou tel vêtement. Alors Lolilola se lançait, bricolait un patron, inventait des formes, étalait le tissu, posait ses marques à la craie blanche et coupait avec détermination. Elle me dévoilait la célérité du geste, le mystère des découpes, aidait mes doigts hésitants, je faisais comme elle. Les morceaux fixés avec force épingles rendaient piquants nos essayages. Et venait cet instant magique où l'aiguille de la machine à coudre allant et venant à toute vitesse, assemblait les morceaux. Une robe naissait sous nos doigts, qui n'était faite que pour nous. Il ne restait plus qu'à l'enfiler et aller danser. C'était la fête.

C'est ainsi, regardant, écoutant, imitant, bricolant et m'amusant, que j'ai appris des rudiments de couture. Soutenue par ce merveilleux sentiment d'admiration et de gratitude quand, en quelques coups d'aiguille bien ajustés, une brigande aux doigts de fée remettait d'aplomb mon ouvrage tout emberlificoté. Poussée en avant par le plaisir d'inscrire à nouveau mes points sur une toile que mes tendres cousettes avaient rendue comme neuve, accueillante à mes apprentissages.


Illustration : Les trois brigands de Tomi Ungerer

mercredi 13 janvier 2010

Féeries cherchent logis

AVISSE...... A TOUS..... C'EST URGENT !!


Le festival Les Féeries, dont la première édition devait se dérouler au château St Jean le Blanc près d’Orléans, vient de perdre son lieu d’accueil et cherche en urgence une salle (ou un champ !) à louer pour le week-end des 22 et 23 mai 2010.

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Le critère principal : l’accessibilité en transports en commun pour les festivaliers. Région à peu près indifférente.

En termes de logistique, rien de bien sorcier : il faut des murs pour exposer et de la place pour poser des stands… Idéalement il faudrait une surface de minimum 200m² en intérieur et beaucoup d’espace extérieur pour mettre des tables.
Un dossier technique complet peut être envoyé sur simple demande.

Ce festival doit avoir lieu.
Si vous connaissez un lieu pour poser Fééries, si vous avez des idées, des pistes d'un endroit adapté, merci de laisser vos suggestions en commentaires et je transmettrai, ou alors portez directement de bonnes nouvelles chez Naya, ici.

N’hésitez pas à relayer ! Merci pour eux ;-)

mardi 15 décembre 2009

Moon dream


You saw the whole of the moon

dimanche 15 novembre 2009

A l'oeil qui perd une larme

En ce temps-là, je me perdais à perte de vue dans cet horizon que tenaient deux bras.

(La veille du départ, le voyageur regarde en arrière,
c'est comme s'il perdait courage.)

Semblable à la nature, semblable à la nature, semblable à la nature,
A la nature, à la nature, à la nature,
Semblable au duvet,
Semblable à la pensée,
Et semblable aussi en quelque manière au globe de la terre,
Semblable à l'erreur, à la douceur et à la cruauté,
A ce qui n'est pas vrai, n'arrête pas, a la tête d'un clou enfoncé,
Au sommeil qui vous reprend d'autant plus qu'on s'est occupé ailleurs,
A une chanson en langue étrangère,
A une dent qui souffre et reste vigilante,
A l'araucaria qui étend ses branches dans un patio,
Et qui forme son harmonie sans présenter ses comptes et ne fait pas le critique d'art,
A la poussière qu'il y a en été, à un malade qui tremble,
A l'oeil qui perd une larme et se lave ainsi,
A des nuages qui se superposent, rétrécissent l'horizon mais font penser au ciel.
Aux lueurs d'une gare la nuit, quand on arrive, quand on ne sait pas s'il y a encore des trains.
Au mot Hindou, pour celui qui n'alla jamais où l'on en trouve dans toutes les rues.
A ce qu'on raconte de la mort,
A une voile dans le Pacifique,
A une poule sous une feuille de bananier, une après-midi qu'il pleut,
A la caresse d'une grande fatigue, à une promesse de longue échéance,
Au mouvement qu'il y a dans un nid de fourmis,
A une aile de condor quand l'autre aile est déjà au versant opposé de la montagne,
A des mélanges,
A la moelle en même temps qu'au mensonge,
A un jeune bambou en même temps qu'au tigre qui écrase le jeune bambou.
Semblable à moi enfin,
Et plus encore à ce qui n'est pas moi.
By, toi qui étais ma By.....

Henri Michaux

Souvenirs, Ecuador


dimanche 13 septembre 2009

L'âme adore nager


kusterle_inattesadelvolo.jpg

In attesa del volo de Roberto Kusterle

L'âme adore nager.
Pour nager on s'étend sur le ventre. L'âme se déboîte et s'en va. Elle s'en va en nageant. (Si votre âme s'en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l'âme partira avec une démarche et une forme différentes c'est ce que j'établirai plus tard.)
On parle souvent de voler. Ce n'est pas ça. C'est nager qu'elle fait. Et elle nage comme les serpents et les anguilles, jamais autrement.
Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement des paresseux. Quand l'âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c'est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime.
L'âme s'en va nager dans la cage de l'escalier ou dans la rue suivant la timidité ou l'audace de l'homme, car toujours elle garde un fil d'elle à lui, et si ce fil se rompait (il est parfois très ténu, mais c'est une force effroyable qu'il faudrait pour rompre le fil), ce serait terrible pour eux (pour elle et pour lui).
Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l'homme à l'âme s'écoulent des volumes et des volumes d'une sorte de matière spirituelle, comme de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz - jouissance sans fin.
C'est pourquoi le paresseux est indécrottable. Il ne changera jamais. C'est pourquoi aussi la paresse est la mère de tous les vices. Car qu'est-ce qui est plus égoïste que la paresse ?
Elle a des fondements que l'orgueil n'a pas.
Mais les gens s'acharnent sur les paresseux.
Tandis qu'ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l'eau fraîche sur la tête, ils doivent vivement ramener leur âme. Ils vous regardent alors avec ce regard de haine, que l'on connaît bien, et qui se voit surtout chez les enfants.

Henri Michaux, La paresse
Mes propriétés, dans La Nuit remue (Poésie Gallimard)

Ce texte de Michaux me touche au plus profond, où je sens vivre le désir d'abandon dans tout l'élan de sa fluidité. Douceur de l'immersion dans l'intimité aquatique, vitalité du laisser-aller à la jouissance, permanence du lien entre le corps et l'esprit, soulagement de s'ouvrir, se relâcher, cesser de lutter. C'est être plus fort que ses faiblesses de savoir ôter les masques. Etre disponible, résister à ce qui résiste en moi. Je me rappelle du regard outré qu'ont les enfants que l'on dérange dans leurs rêves.

C'est grâce au blog La course des nuages que j'ai découvert les étranges monochromes du photographe Roberto Kusterle, que j'ai associé à Henri Michaux.
Deux imaginations poétiques qui sont pour moi entrées en résonance.
Vers quels fantastiques rivages ces oiseaux en attente dressés en oriflamme vont-ils plonger ? Où vont-ils laisser voguer l'âme des songes ?

lundi 6 juillet 2009

Le long de ton cou

Je reniflerai ton odeur. Je presserai doucement mon corps contre le tien pour le tatouer à ton encre olfactive. Je broderai des contes au parfum sensoriel de ma mémoire de toi.

Dans ton cou, j'aimerais caresser l'odeur de ta peau. Je frotterai mes doigts à la rouille poussiéreuse des greniers de l'été. Je les enduirai du parfum onctueux de la poudre neuve et de l'huile froide, je les alourdirai de la résine poisseuse des pommes de pin. Je laverai mes paumes à ta fraîcheur. Puis je partirai dans un lointain voyage. Je sentirai la moiteur d'une savane nigérienne sous les trombes d'un orage. Je suivrai le sillage ambré d'un port grec au soleil couchant de juillet. Tu aurais une odeur de soleil et d'eau pure. Et tandis que mes doigts s'apaiseraient contre la douceur givrée de ton ventre, je pourrai lécher sur tes lèvres une senteur anisée d'ouzo.

Dans ton cou, j'aimerais boire l'odeur de ton sexe. M'assouvir de ses puissants fumets. Fronçant le nez comme un chat, je laisserai ces arômes nicher sous mon palais, de la pointe de la langue je saurai un à un les défaire puis les recomposer en vibrants assemblages. J'éprouverai les palpitations savoureuses de leurs barbares exhalaisons, les exquis frémissements de leurs fringants accords. Je sentirai s'épandre leurs clairs volutes. Tu aurais une odeur perlée de citron et de chèvrefeuille. J'en agripperai les émanations au creux de moi, jouissant du fondant tiède et de l'acide âpreté.

Dans ton cou, j'aimerais être ton odeur animale. J'épouserai la saveur liquide de sel glissant que dessine dans l'air le bond du poisson chat. Le souffle musqué de la chauve-souris sur l'aile croquante des papillons de nuit. Le râle mâtiné d'herbes fraichement mâchées que murmure le lièvre harponnant tendrement la hase. Je te mordrai un peu. Je sentirai tout ton corps, tes muscles, tes os, ta peau. Tu aurais une odeur de forêt et de vent. Je viendrai à toi. Ce serait comme si un vol de ramiers noirs m'emportait au profond pays des aurores boréales.

rouille
Une magnifique douceur pèserait sur nous. Dans les odeurs de ton cou, je te garderai bien serré. Il serait temps de nous endormir. J'irai fermer la porte. Je jetterai la clé. Je ne te laisserai plus partir.

Photographie "Une étude en rouille" de Anita
Merci Anita.

jeudi 16 avril 2009

Sauter dans le vide


villa_amalia

VILLA AMALIA, un film de Benoit Jacquot

Une femme qui part et se transforme.
Je veux couper.
Je veux éteindre ma vie d'avant.
Partir avec la volonté que personne ne vous retrouvera.
Larguer les amarres.
Trancher. Tout liquider. Faire le vide.
Ne rien expliquer, ne rien justifier.
Partir pour se redéployer ailleurs.
Disparaître pour renaître.

« A une certaine heure de la vie, il faut sauter dans le vide avec pour seul parachute le désir de s'élever.
C'est difficile, mais c'est la seule façon de connaître que l'on peut voler. »
Lorette Nobécourt